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10/04/2017 10:08 EDT | Actualisé 10/04/2017 10:08 EDT

Mi-scions: R-Hache!

ABC est une entreprise familiale fondée dans un sous-sol empestant la cigarette pas de filtre. Il y a plus de 40 ans, elle a vu l'effectif de sa main-d'œuvre doubler ces 5 dernières années. Conséquences de l'expansion de l'entreprise, la forte culture entrepreneuriale, les relations familiales et les échanges informels tendent à disparaître dans le nouveau modèle d'affaires. Ces caractéristiques laissent de plus en plus de place au travail en silo, aux communications formelles et souvent impersonnelles, et à une compétition souvent malsaine. Ces dernières années, malgré le bon rendement économique et le carnet de commandes bien remplis, l'environnement de travail et les relations de travail se sont envenimés, dans cette entreprise autrefois familiale, maintenant génériquement rentable, mais sans saveur.

On y retrouve Bob, dévoué depuis 39 ans, la fameuse Nicole, fidèle au rendez-vous depuis 32 ans, Pierre, Yves, et Minh réglés au quart de tour depuis 28 ans. Nous retrouvons Richard, dit monsieur discipline, qui se vante d'avoir un dossier disciplinaire vierge depuis 23 ans. Chantale, la femme de fer en matière de finance depuis 40 ans. Mokhtar, qui a débuté en bas de l'échelle il y a déjà 16 ans, avant de progresser jusqu'au poste de directeur des opérations. Et la liste continue.

Nous retrouvons aussi Francis, Isabelle, Monique, Paul, Ingrid, Baptiste, Éric, et une ribambelle d'employés qui se sont greffés à l'équipe ces 5-6 dernières années. ABC a maintenant la crème de la crème (ça, c'est riche en gras...) entre ses 4 murs (ou plutôt 64 murs après décompte). Nouvelles cultures, nouvelles visions, diverses définitions de l'entrepreneuriat, nouvelle façon d'aborder les mêmes problèmes, nouvelles solutions, nouveaux produits, nouveaux clients.

Nouveaux problèmes

Lucien, président de l'entreprise ABC, veut des solutions, drette-là et pas demain matin. J'ai bien dit Lucien; non pas Bob ou Pierre, ou Chantale, ou n'importe quel autre employé qui aime bien chialer sans comprendre l'origine du besoin. Le call vient du président, d'abord pour la pérennité de son business, mais aussi pour retrouver la convivialité au sein de l'entreprise. Il veut redresser la barre, se remettre à flot et poursuivre vers l'horizon. Si cela implique que des têtes doivent tomber; elles tomberont. Si cela implique une simple (quoique douloureuse) réorganisation; eh bien agissons!

Coureur des bois et trappeur muni d'une hache version moderne!

Résumons et sautons dans le temps.

Ainsi, Véronique est la nouvelle directrice RH et elle est en position depuis bientôt 18 mois. Elle n'est pas arrivée comme la sauveuse, mais elle est arrivée avec un plan et un objectif précis. Elle détient à son actif: 6 congédiements, 2 démissions, 1 rétrogradation, quelques périodes de probation disciplinaire évidemment mal accueillies et une palpable impression d'étiquetage de bourreau sans merci à l'endroit des RH.

Qui sont-ils? Ceux qui se sont fait montrer la porte? Les pommes pourries encore en poste qui sentent le souffle du bourreau chatouiller leur cou?

Qui sont-ils? Ceux qui se sont fait montrer la porte? Les pommes pourries encore en poste qui sentent le souffle du bourreau chatouiller leur cou? Ou bien ceux et celles qui souhaitaient un grand ménage afin de retrouver l'esprit convivial?

De quoi en voulons à la directrice RH?

De faire ce pour quoi elle avait été embauchée? D'agir dans le sens souhaité par le président et pour le bien de l'entreprise? De faire le sale job, celle que personne ne veut faire? De prendre des décisions déchirantes et de devoir en porter le fardeau. Le fardeau du bourreau quand ce n'est pas beau au bureau...

Et il y a ceux qui remercient silencieusement la directrice RH!

Ainsi, Véronique est la nouvelle directrice RH et est en position depuis bientôt 18 mois. Elle a à son actif : 6 nouvelles et très prometteuses recrues expérimentées; un directeur nouvellement promu qui n'y croit pas encore puisqu'il faisait du surplace depuis 3 ans; et deux mouvements latéraux ayant permis d'augmenter l'efficacité du processus de production tout en donnant un nouveau sens au travail de ces deux employés. Elle a dorénavant des employés heureux, mobilisés et l'esprit libéré de tous ces employés nocifs.

Question de perspective; capacité à voir l'ensemble du portrait; considération à la fois du détail et de l'impact sur le collectif. Pour chaque victime du R-Hache qui lui en tient mortellement rancune (pauvre petite bête), dix autres le remercient pour son audace et son maintien vers le cap malgré le déchaînement frénétique de certaines vagues.

Le bois -surtout le bois mort- ne vous en veut pas de le scier et de passer la hache dedans. Dans cette action de coupe, je ne m'en veux pas et je n'en veux aucunement au bois. Si je le coupe, ce n'est pas parce que je m'en prends à lui. Si je le coupe, c'est parce que c'est la chose à faire, point. Pas de sentiment, sèche comme ça. Évidemment que c'est différent avec un humain, mais quand c'est pour le bien collectif... je me dis que couper le bois mort aide la forêt à mieux respirer.

Ce qui n'empêche pas de donner une seconde vie et utilité au bois coupé.

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