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16/04/2019 11:55 EDT | Actualisé 16/04/2019 11:55 EDT

Dormir au travail

Qu'importe ce qui s'est passé et ce qu'on a fait dans la journée, pourvu qu'il y ait eu notre période de repos, nous pourrons dire que nous avons passé une bonne journée.

Au-delà des us et coutumes, des pratiques culturelles, des stéréotypes véhiculés, des que-dira-t-on, le repos ou la petite sieste à fait ses preuves depuis bien longtemps.
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Au-delà des us et coutumes, des pratiques culturelles, des stéréotypes véhiculés, des que-dira-t-on, le repos ou la petite sieste à fait ses preuves depuis bien longtemps.

- Salut, ma belle Marie, t'as passé une bonne journée?
- Oui!
- Qu'as-tu fait aujourd'hui à l'école?
- Rien
- Tu es partie toute la journée et tu n'as rien fait? Je suis certain que si tu te forces un peu, tu vas te souvenir de quelque chose.
- Je ne me souviens pas. Non, à vrai dire, il y a eu le repos.

Ce fameux repos! Et cette fameuse conversation, que j'aie au quotidien avec ma petite fille de cinq ans, lorsqu'elle revient de la maternelle, m'a fait réfléchir quelque peu.

À titre de M. Bonheur dans ce merveilleux monde du travail, je veille à la santé de mes employés, donc les questions concernant le repos et le bien-être au travail ne sont pas nouvelles pour moi. Ce qui m'a frappé, ce ne sont pas tant le repos et ses bienfaits prouvés, mais bien l'importance et la valeur qu'on lui accorde dès notre jeune âge.

Je n'ai pas une très bonne mémoire, et encore moins lorsqu'il faut que je creuse dans mes souvenirs. Quoi que très utile dans mon développement social et scolaire à venir, je ne suis pas en mesure de mettre le doigt sur un développement ou un comportement acquis en particulier alors que j'étais à la maternelle.

Pourtant, tout comme ma fille 33 ans plus tard, la période de relaxation m'a aussi marquée. Je n'ai pas de souvenir particulier sur ce vide intérieur ni d'événements choquants ou traumatisants. Uniquement un souvenir d'une période de temps consacré à ne rien faire, détendu sur un matelas, le tout, en écoutant une musique, ou plutôt un arrangement de sons qu'un enfant de cinq ans n'écoute évidemment pas. Ces périodes de relaxation, de détente et de vide se sont poursuivies quelques années au primaire avant de disparaître du système scolaire à la suite d'une énième refonte administrative.

On ne se questionne pas sur le bienfait ou non de cette activité à cet âge, nos parents le font pour nous. Ainsi, pour beaucoup d'entre nous, ces cours ont disparu, alors que nous n'avions pas encore soufflé nos dixièmes bougies d'anniversaire. Habituellement, lorsque nous valsons entre l'enfance et le début de l'adolescence, nous ne pensons pas et n'entendons pas parler de yoga, de tai-chi, de méditation. Ces activités peuvent sporadiquement revenir chez certains adolescents et jeunes adultes, mais nous parlons bien ici d'un groupe restreint.

Les années passent, le travail remplit nos cases horaires, et puis un jour, nous avons l'impression de toujours chercher notre souffle, de toujours courir après le temps. Pour faire plus de choses, pour effectuer des tâches, pour être disponible et présent à des fêtes, pour relaxer, pour dormir.

Au-delà des us et coutumes, des pratiques culturelles, des stéréotypes véhiculés, des que-dira-t-on, le repos ou la petite sieste à fait ses preuves depuis bien longtemps.

Si vous doutez toujours, et que vous êtes un employeur frileux à l'idée d'aménager des aires de repos ou des espaces de relaxation au travail, je vous inviterais à lire ou relire sur le sujet, entre autres «Why sleeping at work could actually make you better at your job», paru dans le World Economic Forum le 10 avril dernier.

Parfois, plutôt que de travailler sur ses tâches, nous travaillons à lutter contre le sommeil. Dans de pareilles situations, l'un des premiers réflexes du superviseur ou du gestionnaire est de dire à l'employé de prendre sa pause ou bien d'aller prendre de l'air. D'accord, mais entre 15 minutes à ne rien faire ou 15 minutes en position fœtale sur un canapé douillet dans une salle insonorisée, que prendriez-vous?

Patron, plutôt que d'avoir des employés endormis, baillant lors de vos rencontres, pourquoi ne pas prévenir ces désagréments et, du même coup, éviter de les sanctionner?

Sur la route, lorsque vous vous endormez, que dit la loi? Accélérez et bonne chance à celui qui se trouvera devant votre véhicule lorsque vous le faucherez ou bien arrêtez dans une aire de service pour vous détendre?

Finalement, c'est un peu comme ma fille, qu'importe ce qui s'est passé et ce qu'on a fait dans la journée, pourvu qu'il y ait eu notre période de repos, nous pourrons dire que nous avons passé une bonne journée.

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