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15/01/2018 10:00 EST | Actualisé 15/01/2018 12:49 EST

Oprah 2020 ou la loi du moindre effort

Qu’est-ce qui pousse les citoyens à appuyer des personnalités publiques n’ayant aucune expérience en politique active qui se présentent à la présidence américaine?

Lucy Nicholson / Reuters
En réaction à l’écoeurantite générale à l’égard de Trump, il se pourrait que la tendance à appuyer des personnalités publiques s’explique au moins en partie, par une rationalité du moindre effort.

On remarque une nouvelle tendance à la « politisation » des personnalités publiques, que ce soit l'élection d'Arnold Schwarzenegger au poste de gouverneur de Californie en 2003, l'élection de Trump lors de l'élection présidentielle de 2016 ou même la nouvelle rumeur selon laquelle Oprah Winfrey se présenterait à la présidence des États-Unis en 2020, à la suite de son discours lors des Golden Globes. Bien que plusieurs se soient penchés sur l'éventuelle candidature hypothétique de Mme Winfrey, soit comme Richard Martineau, sur l'importance de l'expérience ou plutôt comme Mathieu Bock-Côté sur l'américanisation de la société québécoise, ce phénomène n'a toujours pas été démystifié. Qu'est-ce qui pousse les citoyens à appuyer des personnalités publiques n'ayant aucune expérience en politique active qui se présentent à la présidence américaine?

On peut évidemment croire qu'ils cherchent à combattre le feu par le feu, en plaçant deux habitués des plateaux de télévision au sein d'une course à la présidence. Et si c'était plutôt une réaction rationnelle, mais aussi paresseuse, de la part des citoyens?

Et si c'était plutôt une réaction rationnelle, mais aussi paresseuse, de la part des citoyens?

Je m'explique: en science politique, il existe un débat important sur la compétence politique des citoyens, c'est-à-dire la capacité des gens à voter pour un candidat qui représente leurs valeurs, leurs positions sur des enjeux, mais surtout, qui fait preuve des compétences nécessaires afin d'occuper le poste. Puisque plusieurs auteurs s'entendent sur le fait que le citoyen moyen est peu informé sur la politique, on cherche souvent à expliquer la manière par laquelle les électeurs prennent une décision lors du scrutin. Je vous épargne les détails, mais les plus optimistes croient que l'on peut utiliser des heuristiques - des raccourcis cognitifs - afin de prendre une décision plus ou moins informée. Un auteur en particulier, Popkin, a publié un livre en 1994 au sein duquel il présente une théorie selon laquelle les citoyens font preuve de rationalité à faible information. En gros, les gens sont des êtres rationnels qui opèrent au sein d'un environnement informationnel imparfait. On mise alors sur des conversations avec des proches et le contenu des médias pour se former une opinion sur les candidats. Ainsi, avec quelques détails sur la vie privée ou la personnalité d'un candidat, on peut le comparer à ce qu'on croit être un président adéquat.

Le talk-show d'Oprah Winfrey a sans doute fait partie du quotidien de nombreux citoyens pendant plusieurs années, leur permettant de "mieux" la connaître.

Je suis donc portée à croire que ces personnalités publiques, peu importe leurs réelles compétences en politique active, jouissent d'une reconnaissance nationale (voire internationale) en raison de leur présence au sein des médias. En ce sens, le talk-show d'Oprah Winfrey a sans doute fait partie du quotidien de nombreux citoyens pendant plusieurs années, leur permettant de "mieux" la connaître. C'est donc beaucoup plus facile d'appuyer cette présence télévisuelle, plutôt qu'un autre candidat inconnu, ayant le même CV que ses collègues. Bref, en réaction à l'écoeurantite générale à l'égard de Trump, il se pourrait que la tendance à appuyer des personnalités publiques s'explique au moins en partie, par une rationalité du moindre effort.