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02/04/2019 12:15 EDT | Actualisé 02/04/2019 12:48 EDT

Près de la moitié des adultes autistes luttent contre la dépression

La dépression est plus répandue chez les personnes atteintes d’autisme que nous l’avions pensé précédemment.

De nouvelles études démontrent que la dépression est très fréquente aussi bien chez les enfants que les adultes atteints d’autisme. Et plus courante chez ceux ayant une intelligence supérieure.
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De nouvelles études démontrent que la dépression est très fréquente aussi bien chez les enfants que les adultes atteints d’autisme. Et plus courante chez ceux ayant une intelligence supérieure.

Près de la moitié des adultes atteints d'autisme vont souffrir de dépression clinique au cours de leur vie, selon notre nouvelle recherche publiée dans le Journal of Abnormal Child Psychology.

La dépression peut avoir des conséquences désastreuses pour les personnes atteintes d'autisme, incluant une perte des aptitudes acquises précédemment, une plus grande difficulté à accomplir les tâches quotidiennes, et au pire, le suicide. Les gens atteints d'autisme devraient être examinés régulièrement pour la dépression de manière à avoir accès au traitement approprié.

L'autisme est un trouble qui entraîne des difficultés d'interactions sociales et des modèles de comportement restreints et répétitifs. L'autisme augmente également le risque de grave maladie mentale.

Jusqu'ici, les chercheurs et cliniciens ne savaient pas combien de personnes atteintes d'autisme étaient affectées par la dépression.

Notre étude, qui passe en revue systématiquement près de 8000 articles de recherche, révèle maintenant qu'il est clairement prouvé que la dépression est très fréquente aussi bien chez les enfants que les adultes atteints d'autisme. Elle révèle aussi que la dépression est plus courante chez les personnes atteintes d'autisme ayant une intelligence supérieure.

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Symptômes de dépression et autisme

La dépression clinique est définie dans le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders comme un modèle de comportement d'humeur négative de longue durée.

Parmi d'autres symptômes, on compte une perte d'intérêt pour les activités, des changements physiologiques (ex. sommeil, appétit ou énergie), des changements cognitifs (ex. sentiment de dévalorisation, difficulté d'attention) et pensées ou actions suicidaires.

Au sein de la population générale, la dépression clinique est la principale cause d'incapacité dans le monde.

La dépression dans l'autisme est définie selon les mêmes critères, mais les symptômes sont plus difficiles à détecter.

Les personnes atteintes d'autisme ont de la difficulté à identifier et communiquer leurs sentiments. Les cliniciens peuvent devoir s'appuyer sur des changements de comportement observés, ou sur le témoignage d'autres proches de la personne pour poser un diagnostic.

Les cliniciens doivent aussi faire particulièrement attention de ne pas confondre les symptômes de dépression avec les symptômes d'autisme. Par exemple, les personnes atteintes d'autisme et celles atteintes de dépression ont des difficultés avec les relations sociales.

La différence fondamentale entre ces groupes est pourquoi ils éprouvent des problèmes. Les personnes atteintes d'autisme n'ont pas souvent les aptitudes sociales nécessaires pour échanger avec les autres. Au contraire, les personnes atteintes de dépression s'isolent souvent des autres parce qu'elles ont perdu l'habileté de trouver du plaisir dans leurs interactions sociales.

QI plus élevé, taux de dépression plus élevés

Nous avons déterminé qu'on trouve les taux de dépression les plus élevés chez les personnes atteintes d'autisme qui ont une intelligence supérieure à la moyenne.

Cette constatation est à l'opposé de la population générale, où une intelligence plus faible est associée à des taux de dépression plus élevés.

Même si cette étude ne s'est pas penchée sur les raisons pour lesquelles une intelligence supérieure est associée à des taux de dépression plus élevés dans l'autisme, nous pouvons faire quelques hypothèses.

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Notre étude a également révélé que la dépression est plus souvent diagnostiquée lorsque les cliniciens interrogent directement la personne autiste sur ses symptômes plutôt que de le demander à un soignant.

Il est possible que les personnes atteintes d'autisme qui ont une intelligence supérieure à la moyenne soient plus conscientes des difficultés sociales associées à leur diagnostic d'autisme, et cette prise de conscience cause des taux plus élevés de dépression.

D'autre part, il est possible que les personnes qui ont une intelligence inférieure à la moyenne aient des difficultés à communiquer leurs symptômes, ce qui rend difficile de diagnostiquer une dépression dans ce sous-groupe.

L'incidence des méthodes de recherche

Nous avons aussi appris que la façon dont les études évaluent la dépression influe sur les taux de dépression. Les taux étaient plus élevés dans les études qui utilisaient des entrevues structurées normalisées pour évaluer la dépression, comparativement aux études qui utilisaient des méthodes d'évaluation moins formelles.

Il est possible que les entrevues structurées identifient des symptômes que d'autres méthodes d'évaluation omettent. De plus, les entrevues structurées peuvent influencer la prévalence de la dépression parce que ces entrevues n'ont pas été conçues pour les personnes atteintes d'autisme.

La dépression est aussi plus courante quand les cliniciens demandent à la personne atteinte d'autisme, plutôt qu'à un soignant, de parler de ses symptômes.

Il est possible que les personnes atteintes d'autisme ressentent des symptômes dépressifs que leurs soignants n'ont pas décelés. Il est aussi possible que ces études se basent sur un soignant lorsque les participants ne sont pas en mesure de décrire leurs propres symptômes (par exemple en raison d'une intelligence inférieure).

La dépression est plus répandue chez les personnes atteintes d'autisme que nous l'avions pensé précédemment.

On espère que cette importante recherche incitera les cliniciens à inclure une évaluation de la dépression dans leur pratique clinique courante auprès des personnes atteintes d'autisme. Cette évaluation assurera que les personnes atteintes d'autisme reçoivent le traitement approprié. Près de la moitié des adultes autistes luttent contre la

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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