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27/03/2013 12:33 EDT | Actualisé 27/05/2013 05:12 EDT

Titillements constitutionnels et rhétorique séparatiste

Les indépendantistes québécois contemporains nous chantent à perte de voix l'incompatibilité prétendue des valeurs canadiennes et des valeurs québécoises . À l'absolutisme identitaire faussement dichotomique de mes concitoyens sécessionnistes, j'oppose la notion de complémentarité identitaire. Ainsi, de ma fierté canadienne et québécoise, il n'y aurait de honte que dans l'idée d'en renier une en dénaturant l'autre.

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Alors que l'actualité nous «titille» la Constitution, il est pertinent de rappeler que, l'an prochain, les Canadiens de toutes origines - les «frogs», les «têtes carrées», les «paddies», les «boches», les «pollocks», les «wop », etc. - pourront fièrement souligner les 150 ans des 72 résolutions de la Conférence de Québec de 1864, lesquelles allaient ensuite être entérinées et dûment (royalement) sanctionnées par Londres. avant d'entrer en vigueur le 1er juillet 1867.

Contrairement au mythe largement répandu chez certains nationalistes de la Belle Province, la Confédération n'a pas été imposée aux Canadiens-français par la «diabolique» Couronne britannique qui, suite à la Conférence de Londres, a tout simplement donné suite aux recommandations des élus du Canada-Uni (Ontario et Québec), du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.

Dans le registre des faits cocasses, notons que la «canadian» fédération est le fruit d'un compromis négocié en grande partie par deux élus dont la langue maternelle n'était pas l'anglais. Il s'agit bien sûr de Sir George-Étienne Cartier et de Sir John Alexander Macdonald, un Écossais d'origine qui fut le premier premier ministre du Canada et dont la langue maternelle était le gaélique écossais. J'ajouterai au passage que le successeur de Macdonald, Alexander Mackenzie, également originaire d'Écosse, refusa d'être fait chevalier de la Couronne précisément en raison de ses origines écossaises. On repassera donc pour la conspiration royaliste visant, pour reprendre l'expression de Pierre Bourgault, le « génocide culturel ».

Une vingtaine de Très Honorables plus tard, et sans nier les difficultés auxquelles ont jadis fait face les Canadiens-français, nul ne peut nier que le Canada s'est historiquement affirmé en tant que pays progressiste, pluraliste, pacifiste et humaniste.

Pourtant, les indépendantistes québécois contemporains, toutes chapelles confondues, nous chantent l'incompatibilité prétendue des valeurs canadiennes et des valeurs québécoises à perte de voix.

Est-ce à dire qu'à l'inverse des valeurs historiques du Canada, ces sacro-saintes valeurs québécoises seraient réactionnaires, socialement exclusives, belliqueuses et barbares?

Outre certains «falardistes» revanchards et certains «flanaganistes» radicaux n'ayant en commun que leur désir de castrer la Tour de la Paix, il me semble que, a mari usque ad mare, les valeurs réactionnaires, belliqueuses et barbares précitées ne trouveraient pas beaucoup de défenseurs.

Les rhéteurs sécessionnistes qui haranguent régulièrement tout cerveau disponible de ce faux dilemme nous diront que ces valeurs canadiennes auxquelles je fais référence n'existent plus, que je ne suis qu'un larbin colonisé nostalgique d'une autre époque.

Ils ne manqueront pas non plus de me rappeler qu'à leurs yeux, les sept ans de règne de Stephen Harper suffisent à effacer plus d'un siècle de progressisme et qu'au lieu de changer de gouvernement, il faudrait changer de pays.

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Ils argueront que les Laurier, Mackenzie King, Saint-Laurent, Pearson, Trudeau, Mulroney et al. sont autant d'autres larbins de Sa Majesté prenant sciemment part au «génocide culturel» des « nègres blancs d'Amérique» que «Nous» sommes.

Au fédéralisme canadien, ils opposeront ce «Nous» menacé par tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans l'ethnocentrisme du nationalisme québécois contemporain. Ce «Nous» est désormais exclusivement propriétaire de l'identité québécoise, et non plus seulement canadienne-française, puisque «Nous» n'aurions aucune histoire commune avec ce presque million de Francos canadiens et ces Canadians qui vivent dans cette lointaine contrée à laquelle mes concitoyens séparatistes ont habilement accolé le concept chimérique du ROC.

Lionel Groulx, l'un des premiers nationalistes soucieux de la «race canadienne-française» disait pourtant que «nous ne sommes pas entrés dans la Confédération pour en sortir, mais pour nous y épanouir».

Désirant s'extirper du carcan ethnocentriste auquel ils seraient confinés - non pas en raison d'un certain sectarisme, mais seulement en raison de la mauvaise foi des « traîtres » de mon espèce -, certains jouent aujourd'hui la carte du nationalisme inclusif de type républicain. Or, à leur grand désarroi, c'est de leur propre camp que proviennent les principales objections à cette «entreouverture à l'ouverture». J'en tiens pour preuve le désopilant incident du « Notre Home » qui a valu à M. Jean-François Lisée l'insigne honneur d'être qualifié de «bon-ententiste» par son ancien patron, quintessence du nationalisme québécois qu'est ce cher M. Parizeau, même s'il a tragiquement failli à la tâche «à cause de l'argent pis (sic) des votes ethniques».

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À l'idée d'apposer la signature du Québec à la Constitution de 1982, les séparatistes nous répéteront que l'Assemblée nationale a unanimement rejeté la Constitution, mais ils ne feront évidemment pas mention des 73 députés fédéraux du Québec (sur 75) qui ont voté en sa faveur.

Ils nous rappelleront cette «gifle monumentale» assénée au Québec lors de la « Nuit des longs couteaux», car lorsque leur misérabilisme ne compare pas le traitement des francophones du Canada à celui des Afro-Américains à l'époque de l'esclavagisme, c'est aux assassinats politiques perpétrés durant la nuit du 30 juin 1934 par nul autre qu'Adolf Hitler et ses proches qu'ils comparent les discussions de la nuit du 4 au 5 novembre 1981 au Château Laurier d'Ottawa.

Or, en rétrospective, que le Québec appose ou non sa signature à la Constitution de 1982, je n'en suis pas moins Canadien, ce qui, pour autant, ne veut pas dire que je ne souhaite pas qu'il le fasse un jour.

Alors que le Canada moderne faisait du respect des différences et de la diversité culturelle son mantra politique tout en officialisant son attachement au français et à l'anglais, les séparatistes québécois rêvaient - et rêvent encore - d'un État culturellement homogène. En témoigne cet argument de définition récurrent voulant que les mesures législatives provinciales contraires à la Charte canadienne des droits et libertés individuelles ne relèvent pas d'un nationalisme ethnocentriste, mais s'inscrivent plutôt dans un processus essentiel «d'affirmation nationale».

N'en déplaise aux défenseurs de l'absolutisme identitaire, en tant que Canadien et Québécois, c'est par ces mots que j'exprime humblement le souhait que tous et chacun puissent être à même de s'approprier leur identité sans se voir imposer une conception faussement dichotomique de celle-ci. L'histoire de notre pays est marquée par l'héritage de certaines des plus grandes civilisations européennes. Le drapeau de ma ville me rappelle quotidiennement l'apport de mes prédécesseurs Français, Anglais, Écossais et Irlandais au développement culturel et économique du Canada. À l'absolutisme identitaire faussement dichotomique de mes concitoyens sécessionnistes, j'oppose la notion de complémentarité identitaire voulant que les identités multiples s'agrémentent et ne soient pas mutuellement exclusives. Ainsi, de ma fierté canadienne et québécoise, il n'y aurait de honte que dans l'idée d'en renier une en dénaturant l'autre.

Concordia Salus

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