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31/05/2013 12:29 EDT | Actualisé 31/07/2013 05:12 EDT

Pot-pourri identitaire et majorité parlementaire : un pèlerinage à saveur électorale pour le PQ

Parti Quebecois Leader Pauline Marois returns to complete her speech after being whisked off the stage by security as she delivered her victory speech in Montreal, Que., Tuesday, Sept. 4, 2012. With the win, Marois becomes the first female premier in Quebec history. (AP Photo/Paul Chiasson, The Canadian Press)
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Parti Quebecois Leader Pauline Marois returns to complete her speech after being whisked off the stage by security as she delivered her victory speech in Montreal, Que., Tuesday, Sept. 4, 2012. With the win, Marois becomes the first female premier in Quebec history. (AP Photo/Paul Chiasson, The Canadian Press)

Après neuf mois de gouvernance souverainiste au cours desquels tous ont cru, à un moment ou un autre, que la stratégie du gouvernement Marois était calquée sur un mauvais numéro de danse en ligne - un pas vers l'avant, un pas vers l'arrière, un pas vers la gauche, un pas vers la droite -, il semble que la pensée des stratèges péquistes se clarifie quelque peu.

La popularité grandissante de partis somme toute marginaux, comme Québec solidaire et Option nationale, auprès d'un électorat traditionnellement acquis au Parti québécois est de mauvaise augure pour le gouvernement minoritaire de Mme Marois. Le PQ en est conscient et cherche manifestement à se réapproprier le «terrain identitaire», à brandir de nouveau le sceptre du pèlerinage «monoculturel» que l'Action démocratique du Québec lui avait si profitablement subtilisé en 2007. Projet de Loi 14, charte des valeurs québécoises, réécriture des programmes d'histoire, les manifestations de cette recrudescence d'existentialisme populiste et réactionnaire ne manquent pas.

Sans prétendre à l'objectivité, mais en toute honnêteté, cette analyse ne traitera donc que des tendances électoralistes et «monoculturalistes» se dégageant des trois ingrédients de base du pot-pourri identitaire proposé par le PQ en vue de la rentrée parlementaire automnale, à savoir: la laïcité sélective, le révisionnisme historique et l'unilinguisme coercitif.

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Le meilleur et le pire du gouvernement Marois


Laïcité à géométrie variable

D'abord, les fleurs. Le PQ a le mérite d'avoir vaguement fait mention d'une charte de la laïcité lors de la dernière campagne électorale. Le problème, c'est que le ministre responsable des Institutions démocratiques, de la Participation citoyenne et... de l'uniformité absolue des règles de stationnements dans l'arrondissement Côtes-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Bernard Drainville, nous parle maintenant d'une charte des valeurs québécoises et d'une laïcité incluant la neutralité religieuse de l'État, mais excluant le retrait du crucifix du Salon Bleu. Car ce cadeau du «Cheuf» fait partie de notre patrimoine historique et...religieux. Je ne sais pas vous, mais moi, j'en ai la neutralité religieuse plutôt pantoise.

Puisqu'il invoque souvent cette objection lorsqu'il est question de laïcité et du crucifix de Duplessis, je tiens d'emblée à rassurer M. Drainville. Je n'ai rien contre la croix du Mont-Royal, l'Oratoire Saint-Joseph, les sapins de Noël et la statue du Frère André, mais le crucifix de Duplessis dans l'enceinte même de l'assemblée législative de l'État aspirant supposément à la neutralité religieuse? Seigneur, ayez grâce!

Les valeurs québécoises (égalité des sexes, égalité de tous devant la loi, primauté du droit) sont universelles et sont déjà largement imbriquées dans la Charte québécoise des droits de la personne et dans la Charte canadienne des droits et libertés. Le préambule de cette dernière reconnaît certes la suprématie de Dieu, conférant en ce sens un caractère monothéiste à notre Constitution, mais celle-ci n'en garantit pas moins la primauté du droit, l'égalité de tous devant la loi, l'égalité des sexes et la liberté de religion ou de non-religion, entre autres.

Plusieurs sont d'avis que ces garanties sont entièrement satisfaisantes puisque, sur le plan juridique, en vertu de la primauté du droit et de l'égalité de tous devant la loi, et indépendamment de la possible hétérogénéité des valeurs morales, religieuses ou culturelles de chacun, tous sont soumis aux mêmes prescriptions normatives. Le rôle du gouvernement est donc de garantir le respect des droits et libertés que la loi confère également à tous les citoyens, pas de légiférer sur la valeur de leurs valeurs.

Même si l'on admet la prémisse qui se dégage des résultats du sondage récemment commandé par le PQ, à savoir qu'il y aurait un consensus défavorable aux accommodements religieux au sein de la population, on voit mal comment la démarche de M. Drainville peut avoir d'autres conséquences que d'opposer le «nous » des Québécois dits de souches aux «autres», c'est-à-dire. les minorités culturelles et religieuses. Dans un tel débat, du fait de ses propositions déjà connues et ouvertement favorables à ce «nous», le gouvernement serait juge et partie, au grand détriment de la liberté de conscience de tous les citoyens du Québec.

Révisionnisme historique

Dans le cas des réformes relatives à l'enseignement de l'histoire au niveau secondaire et collégial, Marie Malavoy et Pierre Duchesne se partagent le sceptre du pèlerin. Force est toutefois d'admettre que, malgré leur volonté commune d'accentuer le biais nationaliste des programmes d'histoire dispensés par le gouvernement et de les purger de toutes références positives au Canada, c'est incontestablement le chevalier Duchesne qui fait preuve du plus grand zèle dans cette quête passionnelle du Graal «monoculturel». Mentions honorables à MM. Alexandre Cloutier et Frédéric Bastien pour l'affaire découlant de l'œuvre intitulée "La Bataille de Londres": A storm in a teapot.

Unilinguisme coercitif

La langue française est une richesse pour les Québécois de toutes origines et, s'il est vrai qu'il nous faut la protéger, il nous faut aussi éviter de l'enfermer dans un microcosme ultranationaliste. Il faut l'entretenir, la soigner et la promouvoir tant sur le plan individuel que collectif. Le tout sans oublier les millions d'autres Canadiens qui la parlent quotidiennement et les quelques centaines de millions d'autres qui la parlent mondialement. Après tout, ce n'est pas comme si nous étions 8 millions à parler un dialecte inconnu du reste du monde.

Pourquoi ne pas miser davantage sur l'incitation, l'accompagnement et le pouvoir d'attraction du français en tant que langue dont l'histoire est porteuse de valeurs pluralistes et plurilinguistiques empruntées à autant de cultures qu'il y a d'accents français de par le monde?

Sachant que le taux de francisation des nouveaux-arrivants progresse depuis des années et n'a jamais été aussi élevé, cela ne serait-il pas plus productif que d'enfoncer Larousse et Bescherelle dans la gorge des allophones et des anglophones?

Malgré d'indéniables talents rhétoriques, le ministre responsable des Relations internationales, de la région de Montréal et des Relations avec la communauté étrangère de l'Ouest de la rue St-Laurent, Jean-François Lisée, ne réussit pas à camoufler la nature ethnocentriste du projet de Loi 14. Au mieux, il réussit à nous faire oublier que c'est Mme De Courcy qui est responsable du dossier et que René Lévesque a lui-même dit de l'unilinguisme qu'il serait un choix «collectivement stupide» pour le Québec.

Même le Barreau a senti le besoin d'exprimer son inquiétude, estimant que le projet de Loi 14 pourrait contrevenir à certaines dispositions de la Charte québécoise des droits de la personne et de la Charte canadienne des droits et libertés.

Je vous le demande donc, comment ne pas être porté à croire que le PQ cherche à raviver artificiellement les braises d'un feu éteint à des fins strictement idéologiques et électoralistes?

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