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22/02/2019 11:14 EST | Actualisé 22/02/2019 11:21 EST

Mon genre et non celui de l’État

Pourquoi les personnes n'entrant pas dans le cadre de famille traditionnelle sont-elles forcées de nier leur identité pour établir leur lien de filiation avec leur enfant?

svetikd via Getty Images
Imaginez si l'État vous affirmait que votre famille n'entre pas dans son cadre juridique et administratif.

En quoi est-il nécessaire pour l'État de connaître ce qui se trouve entre les jambes de la société? En quoi est-il absolument nécessaire de s'accrocher aux mots «pères» et «mères», sans ouverture pour le mot «parents»? Pourquoi les personnes n'entrant pas dans le cadre de famille traditionnelle sont-elles forcées de nier leur identité pour établir leur lien de filiation avec leur enfant? Le droit s'accroche à une appartenance obligatoire binaire et il est temps que cela change.

Mises en situation. Claire est une femme trans. Elle a légalement changé de sexe et son certificat de naissance en fait état. Claire est la mère de Florence. Pourtant, sur le certificat de naissance de Florence, Claire est désignée comme père. Néanmoins, Claire est considérée comme la mère de sa deuxième fille, Julia. Pourquoi en est-il ainsi? Parce que Claire a effectué sa transition après la naissance de sa première fille.

Marc et Daniel forment un couple de même sexe. Ils ont un enfant. Lors de l'inscription de l'enfant à un hôpital, on demande au couple qui est le père et qui est la mère de l'enfant.

Comment serait-il possible de régler cette situation? En permettant aux parents de choisir la désignation qui leur convient le mieux. Le gouvernement du Québec pourrait aussi, comme plusieurs autres provinces canadiennes, permettre d'inscrire «X» lorsque le genre d'une personne est demandé.

Marginaliser des citoyens

Les interactions entre la société et l'état sont primordiales. L'État régule toutes les sphères de notre vie. L'État est responsable des systèmes de santé, l'État nous permet d'exercer notre droit de vote, l'État nous délivre le droit de conduire, l'État atteste de notre existence-même. L'État, en ne permettant pas l'utilisation des inscriptions «parents» et «X» nient l'existence d'une grande partie de la société. L'État rappelle à ces personnes que la société traditionnelle n'est pas faite pour leurs réalités et que ces dernières ne sont pas légitimes. L'État les marginalise. La vision binaire et hétéronormative que perpétue l'état est la source de discriminations qui touches une partie importante de la population.

L'État doit être le reflet de sa société, ce qui implique de s'adapter au gré des changements sociaux. Le gouvernement du Québec n'est actuellement pas proactif. Des dizaines de dossiers se retrouvent présentement devant les tribunaux afin de forcer le Directeur de l'État civil a changé le certificat de naissance des enfants dont les parents sont trans. (À ce sujet, on peut lire cet article. La poursuite englobe plusieurs demandes, dont celle d'autoriser la désignation «parents».)

Imaginez si vous deviez continuellement rappeler à l'État votre existence, si vous deviez continuellement affronter une ancienne réalité qui n'est plus la vôtre.

Un mouvement de grogne généralisé émane des communautés composées de personnes issues de la diversité sexuelle et de genre (DSG) afin de reconnaître légalement la non-binarité dans le genre. Les coalitions de familles homoparentales se battent quotidiennement afin que le modèle de «famille traditionnelle», composé d'un père et d'une mère, fasse place à la «famille moderne». Toute résistance à ces changements doit être perçue comme étant discriminatoire.

Et pour ces personnes qui résistent: imaginez si vous deviez continuellement rappeler à l'État votre existence, si vous deviez continuellement affronter une ancienne réalité qui n'est aujourd'hui plus la vôtre. Imaginez si l'État vous affirmait que votre famille n'entre pas dans son cadre juridique et administratif. Imaginez si l'État vous obligeait à vous battre pour obtenir ce que toute famille composée d'un homme et d'une femme cisgenres obtient d'emblée. Imaginez si l'État vous marginalisait.

Non, la reconnaissance des identités non-binaires n'est pas l'effritement des caractéristiques fondamentales de la société. Le genre n'a pas à être une caractéristique fondamentale de la société. Les caractéristiques sexuelles d'une personne ne regardent personne, ni même l'État. Cela étant dit, l'État se doit de reconnaître et de respecter l'identité de genre de tous ses membres afin de leur assurer sécurité et services de qualité. Les individus ont droit à l'autodétermination. Aux gens qui y verront une tentative infondée d'abolir les genres, cessez de dériver dans une pente glissante. Plus de droits pour une partie de la société ne signifie pas moins de droits pour l'autre.

Une modification de surface

L'article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne a été modifié en 2016 afin d'inclure l'identité et l'expression de genre sous la protection de toute forme de discrimination en raison de ces traits intrinsèques. On ne peut que se réjouir de cette modification législative, mais celle-ci est de surface puisque, de façon pragmatique, il n'en est rien. L'État semble tranquillement s'ouvrir aux changements sociétaux. Le Code civil du Québec reconnaît depuis 2002 l'existence de l'homoparentalité. Le gouvernement du Québec couvre maintenant une partie du processus de chirurgie d'affirmation du genre pour les personnes qui en sentent le besoin.

Mais l'heure de se féliciter n'est pas encore arrivée. Quotidiennement, des personnes vivent encore une marginalisation systémique. François Legault, Sonia Lebel, ne laissez pas le soin aux tribunaux de trouver des solutions créatives aux nouvelles réalités de notre société, puisqu'elles se traduisent souvent par une absence de solutions. Agissez maintenant et modifiez les différentes législations. C'est votre devoir.

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