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23/05/2015 09:21 EDT | Actualisé 21/05/2016 05:12 EDT

Palmyre: entre enjeu stratégique et patrimoine résilient

Trésor archéologique parmi les plus spectaculaires du monde antique, c'est en une des tabloïds que Palmyre s'est édifiée cette semaine, déchaînant craintes et passions conséquentes à la menace jihadiste venue peser de tout son poids sur la cité antique et ses vestiges.

Menace avérée, incarnée par l'assaut lancé par l'État islamique sur Palmyre le 13 mai dernier et par les affrontements qui ont depuis lors suivi entre le groupe ultra-radical sunnite et l'armée syrienne. À ce jour, la désormais dénommée Bataille de Palmyre a vu alors succomber plus de 462 morts. Viscérales furent les réactions face à l'invasion du joyau du désert syrien, car des blessures infligées aux trésors du patrimoine de ce monde, chacun en ressent la douleur en son for intérieur. Dimanche dernier, l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) annonçait qu'après avoir pris le contrôle de plusieurs secteurs dans le nord de la ville, les combattants de l'organisation État islamique se seraient retirés de la zone en moins d'une journée. Selon le directeur des Antiquités syriennes, les ruines, à ce stade, n'avaient pas subi de dommages majeurs. Mais comme dans tout trauma, la lésion restait encore palpable sur le terrain comme dans les esprits, de par l'occupation persistante desdits jihadistes à seulement quelques kilomètres du site archéologique. C'est aujourd'hui que l'OSDH a annoncé l'intrusion de l'ÉI dans l'aéroport militaire et la prison de Palmyre, ainsi que le retrait des troupes du régime syrien.

Les logorrhées médiatiques vont bon train depuis lors, tant sur le symbolisme de cet assaut envers l'un des berceaux de la civilisation occidentale, que sur l'approche «pillarde» qui viserait à s'approprier les ressources en énergie (champs gaziers par exemple) dont regorge cette zone. Attaque symbolique et acquisition de ressources permettant de financer l'organisation terroriste n'enlèvent en rien l'aspect purement stratégique de l'opération. Palmyre peut en effet contribuer à l'ouverture de la route de Damas et créer un nouvel accès au grand désert syrien, aux limites de la province irakienne d'Al-Anbar, en grande partie déjà contrôlée par l'ÉI. Il va de soi que la renommée du site et l'outrage que son occupation soulève viennent également servir la propagande d'État islamique, attirant de fait l'attention de l'œil médiatique de la terre entière.

Quelle résilience peut être alors envisagée pour ce site, inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, et qui fut l'un des plus importants foyers culturels du monde antique? Lors de la conférence mondiale sur la prévention des catastrophes, la question du patrimoine culturel résilient est abordée, avec l'idée que la culture et ses vestiges peuvent agir en tant que catalyseurs de mobilisation des populations locales autour du processus de reconstruction. D'autre part, des partenariats novateurs entre le secteur du patrimoine et des acteurs tels que les gouvernements locaux, les organisations humanitaires, la société civile et le secteur privé peuvent être encouragés pour favoriser cette résilience du patrimoine culturel.

Ainsi, à l'instar des sculptures millénaires du musée de Ninive, à Mossoul en Irak, et des Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, la voie de la résilience apparaît lointaine et ardue pour Palmyre. Les initiatives en faveur de la résilience existent pourtant, telles que celle de l'UNESCO, ayant saisi la Cour pénale internationale à la suite des saccages commis par l'organisation État islamique. Néanmoins, on peut légitimement se demander si, de façon concrète et proche, ces appels à la justice pourront réellement avoir un impact, et si des actions de sauvegarde effectives pourront alors en découler.

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