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14/12/2017 10:24 EST | Actualisé 14/12/2017 10:24 EST

Mosquées et extrême droite: et s'il était trop tard?

«Est-il trop tard pour que quelqu’un vienne désamorcer cette bombe à retardement?»

La mosquée Ahl-ill Bait
Google Street View
La mosquée Ahl-ill Bait

Ces mots, «trop tard», sont-ils devenus fondamentaux à la compréhension de la vie politique et sociale du Québec? Est-ce qu'on a droit à l'erreur? Est-ce qu'une personne peut dire quelque chose et rectifier le tir? Ou est-ce qu'il est trop tard? Trop tard pour se respecter les un et les autres, inclure toutes les communautés sans regard à leurs croyances, trop tard pour utiliser sa capacité analytique lorsqu'on en a besoin, lorsqu'un média diffuse une nouvelle, que tous les autres médias démentent. Le mal est-il déjà fait, trop tard pour l'arrêter ?

En début de semaine, TVA a publié une nouvelle concernant des travailleuses de la construction qui auraient été exclues à la demande de deux mosquées. Sans trop se faire attendre, les «fervents défenseurs de la Charte canadienne des droits et libertés» que sont les groupes La Meute et Storm Alliance ont organisé des mobilisations et ont monté une haine viscérale contre ces mosquées.

Est-il trop tard pour que quelqu'un vienne désamorcer cette bombe à retardement?

Est-il trop tard, alors qu'une mosquée nie impérativement ces demandes et qu'on attend toujours les résultats de l'enquête? Oui, il est trop tard. Toutes les enquêtes ou le congédiement des diffuseurs de cette nouvelle ne serviraient à rien : il est trop tard. Depuis le début de la semaine, lorsque TVA a décidé de publier cet article, il était trop tard pour la mosquée. La voilà condamnée à être une étiquette de l'extrémisme religieux, victime d'un populisme médiatique sans scrupule tapant sur les anxiétés du petit peuple pour obtenir le plus de cotes d'écoute.

Est-il trop tard pour inclure les musulmans dans notre société, leur assurer qu'ils se sentiront bien? Le clivage social s'est creusé davantage, miné par les groupes d'extrême droite en pleine effervescence depuis les dernières années dans la province.

Tout ça, ça marche dans les deux sens, les groupes d'extrême droite profitent de cette cohue médiatique pour recruter de nouveaux membres, légitimant leurs actions de défenseurs du peuple québécois de souche. Mais les groupes extrémistes musulmans en profitent pour toucher les cordes sensibles des croyants, sentant qu'ils n'ont plus leur place dans la société. Comme je l'ai dit dans un blogue précédent, vous, groupes d'extrême droite, vous créez exactement ce dont vous redoutez tant. Vous êtes ce que vous redoutez et vous le créez. Et vous êtes trop concentrés dans vos idéaux de libérateurs du peuple pour le réaliser, portant vos signes de pattes-de-loup sur vos chandails alors que vous manifestez contre les signes ostentatoires.

Analysons les groupes d'extrême droite

Les groupes d'extrême droite les plus influents au Québec sont La Meute et Storm Alliance ; deux groupes s'opposant à l'immigration, au changement, à l'adaptation aux nouvelles formes de vies que les technologies et les innovations politiques nous apportent et prônant la défense de livres de droit très souvent mal compris.

Ces groupes ont une approche populiste ultranationaliste. Un peu comme la stratégie de Donald Trump lors de sa campagne électorale, ils vont jouer avec l'anxiété, les craintes des gens, attiser celles-ci pour les mobiliser.

Ils adoptent une stratégie de confrontation indéniable : ils font plusieurs manifestations par année – sans trop dire quelque chose et toujours avec les mêmes pancartes. L'important pour eux, c'est de mobiliser les gens, leur faire sentir qu'ils appartiennent à un groupe, qu'ils font partie de la mobilisation, qu'ils changent les choses.

La Meute utilise un discours classique du populisme ; dénonçant les élites comme étant corrompues et ayant usurpé le pouvoir au peuple pur et étant au service des étrangers et non plus du peuple. Le groupe tente de montrer que ces élites sont contre eux, qu'elles doivent être changées. On y légitime l'opinion par la majorité au détriment des minorités et des actions prises pour protéger celles-ci. Rien de plus classique et linéaire.

Le problème du populisme c'est ce qui s'ensuit, on parlera de démagogie populiste, de fasciste à un certain point ; certains interprèteront l'idéologie d'une façon extrême ; viendra la représentation politique, les idées violentes et donc le débalancement de la sphère politique de l'État. Est-il trop tard pour éviter ça?

Un ami à moi m'expliquait qu'il a raccompagné un couple, fier partisan de La Meute, dans le cadre d'Opération Nez Rouge. La femme lui aurait dit que s'il voulait assurer un avenir à ses enfants, il devrait s'opposer aux politiques libérales d'immigration apportant le mal dans notre société. C'est d'un ridicule qui m'en casse les oreilles. Où va ce combat de La Meute, en quoi va-t-il se terminer? Ces mêmes gens ne veulent ou ne peuvent pas faire la plupart des emplois que les immigrants viennent combler. Vous, gens d'extrême droite, expliquez-moi votre plan économique pour garder le Québec à flot dans cette vague imminente de mondialisation. Expliquez-moi comment vous voyez un État renfermé sur lui-même, refusant tout contact avec ce qui lui est différent dans une aire où les frontières s'estompent tranquillement.

Pour terminer ainsi, est-il trop tard pour éviter des débordements des contremanifestations vendredi devant la mosquée? Est-il trop tard pour montrer à ces gens qu'on les respecte, qu'ils sont possiblement victimes d'une manipulation de mots ; peut-être un canular monté par quelques membres de droite travaillant dans ce chantier – pures spéculations. Qu'ils sont victimes d'extrapolations, de généralisations? Est-il trop tard pour se réveiller, pour réveiller les gens autour de nous?