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18/06/2013 12:05 EDT | Actualisé 17/08/2013 05:12 EDT

Radio-intimidation

Quand j'étais en secondaire-1, un gars dont j'oublie le nom faisait régner la terreur dans la classe. Je me souviens encore de lui: blond, les cheveux en spikes, un look qui le plaçait quelque part entre un membre de Platinum Blonde et une sorte de Billy Idol extra spray-net. Il menaçait les autres élèves pour obtenir des réponses pendant les examens. Il pognait les fesses des filles. La grande classe. Un vendredi après-midi, alors que le professeur était sorti pour faire je ne sais quoi, il m'avait mis la tête sur un bureau, était monté et m'avait marché dessus. Devant une classe de 30 personnes. Personne n'avait rien dit.

Personne ne disait rien d'ailleurs, de peur de représailles. C'est justement ça l'intimidation : l'usage de menaces pour contrôler les comportements des autres. Une génération plus tard, il n'est pas surprenant que la pierre angulaire de la lutte à l'intimidation dans nos écoles soit d'encourager les victimes à la dénoncer.

J'en viens à mon propos.

Depuis des années, les radios parlées de Québec et d'ailleurs pratiquent l'intimidation à grande échelle. Comme dans les cours d'école, elles s'en prennent aux plus marginaux et aux plus faibles d'entre nous. Les propos xénophobes, homophobes, racistes, sexistes, les attaques contre les étudiants, les assistés sociaux, les écologistes, les cyclistes, les femmes, les immigrants, les syndicats, font le pain et le beurre de ces corporate bullies, à grand renfort de publicités de bars de danseuses. La liste est longue des victimes qui se sont fait salir publiquement. Comme les intimidateurs des cours d'école, jamais les radios ne s'en prennent aux plus forts qu'elles. Elles me font beaucoup penser à mon pseudo Billy Idol d'adolescence.

Et tout le monde tolère l'intolérable par crainte de représailles. Il faut avoir goûté à leur médecine pour comprendre le climat de peur qui sévit à Québec et ailleurs où ces radios ont une influence dominante.

Un citoyen fait ce qui doit être fait contre l'intimidation: il a lancé une page Facebook pour dénoncer les abus des radios-poubelles. La page, intitulée Québec s'excuse pour sa radio poubelle, a fait grand bruit. L'individu en question fait maintenant face à une poursuite de 250 000 $. Il a reçu des balles de billard dans ses fenêtres et sa serrure a été forcée. Suite aux attaques des radios qui ont révélé l'identité de son employeur, il a été congédié par Desjardins. Après neuf années passées à Québec, il dit devoir revenir à Montréal par crainte pour sa sécurité.

Comme à l'école...

Le lancement de cette page Facebook a été suivi de la création d'une page web, «Sortons les Poubelles», qui cible les commanditaires de ces radios en leur demandant de se dissocier des propos tenus en ondes par leurs animateurs. Quand une personne a le courage de dénoncer l'intimidation, d'autres suivent. Voici l'une des réponses obtenues:

Eti Michaud (bradstar99@yahoo.fr)

Mon esti de crotté, si tu continues à envoyer des messages de marde aux clients de CHOI FM, je te garantie que je vais m'organiser pour te retrouver pis chu pas sûr que tu vas avoir du fun.......................

Justin

Comme au secondaire: des menaces et du français écrit au son.

C'est sans compter les courriels anonymes et les commentaires de trolls placés un peu partout sur le web par des partisans des radios-intimidatrices. Un blitzkrieg incessant qui détruit des réputations à force de mensonges, de préjugés et de calomnies.

Ce qui nous amène à poser une question à la direction de CHOI FM et des autres radios impliquées dans ce dossier: Cautionnez-vous les menaces ou les actes criminels qui ont été perpétrés en votre nom? Où allez-vous les dénoncer publiquement? J'ajouterais une autre question: vous qui attaquez à chaque jour tant de gens, n'avez-vous pas le minimum de guts pour accepter vous-mêmes d'être attaqués publiquement? If you can't stand the heat...

Nous sommes une majorité au Québec à avoir été victimes d'intimidation au secondaire. Nous comprenons tous le sentiment d'isolement, de peur et de honte qui nous accable lorsque les gros bras s'abattent sur nous. Alors que le Québec fait campagne contre l'intimidation dans ses écoles, il tolère des radios qui en font un phénomène acceptable et lucratif. On pratique le taxage collectif, et des milliers d'enfants comprennent en écoutant la radio que le salissage, la violence verbale et les menaces sont acceptables.

L'intimidation existe, et elle doit être dénoncée.

Une personne a eu le courage de le faire, et elle en paie le prix en quittant Québec avec le goudron et les plumes. Mais nous sommes plus nombreux à souhaiter vivre dans une société où chacun peut exprimer librement ses opinions sans crainte de représailles.

N'était-ce pas cela la principale revendication de Radio-X?

Liberté je crie ton nom.

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