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21/03/2012 11:44 EDT | Actualisé 21/05/2012 05:12 EDT

Plan Nord: Avatar au Québec

Chaque fois que j'entends parler du Plan Nord, ce plan sensé définir le Québec de l'avenir, je ne peux m'empêcher de penser au film Avatar de James Cameron. Dans ce film qui se déroule en 2154, les Terriens exploitent sur la planète Pandora un minerai pour assouvir leurs besoins énergétiques. Aveuglés par leur soif de minerai, les Terriens passent à côté de la principale richesse de la planète : l'extraordinaire biodiversité de Pandora et la capacité des êtres vivants à communiquer entre eux.

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Chaque fois que j'entends parler du Plan Nord, ce plan sensé définir le Québec de l'avenir, je ne peux m'empêcher de penser au film Avatar de James Cameron. Dans ce film qui se déroule en 2154, les Terriens exploitent sur la planète Pandora un minerai pour assouvir leurs besoins énergétiques. Aveuglés par leur soif de minerai, les Terriens passent à côté de la principale richesse de la planète : l'extraordinaire biodiversité de Pandora et la capacité des êtres vivants à communiquer entre eux. Quelques poignées de matière inerte ont plus de valeur à leurs yeux que toutes les applications qui peuvent découler de la compréhension du monde naturel qui les entoure.

Revenons au Québec, en 2012. Québec fait du Plan Nord le projet structurant d'une génération, notre tremplin vers la richesse, le tout enrobé d'une bonne couche de marketing vert. Le Plan Nord, ce sont des routes, des infrastructures, et un accès à un nouveau territoire au nord du 49ème parallèle, subventionné à coup de milliards de fonds publics, au profit des minières et des forestières. Le gouvernement s'est engagé à soustraire 50 % de ce territoire aux activités industrielles. Mais en réalité, c'est 100 % de ce territoire qui est présentement protégé, faute d'accès et de financement. Ce que le Plan Nord fait est d'ouvrir l'un des derniers territoires vierges existant sur Terre à l'activité industrielle.

Québec ouvre la boîte de Pandora

Sur notre Pandora québécoise, on retrouve la plus grande forêt primaire encore intacte au monde, la forêt boréale. Cet écosystème unique, qui recèle des richesses d'une valeur insoupçonnée, est vu par l'industrie et le gouvernement comme un puits de fibre, de minerai et d'hydroélectricité. Le mot d'ordre est : développer maintenant, protéger ce qui restera plus tard. Peu importe si cette industrialisation du dernier territoire vierge du Québec prive les prochaines générations de leur héritage naturel pour quelques poignées de dollars qui iront à des actionnaires étrangers.

Selon une analyse du service d'études économiques du Mouvement Desjardins , le Québec ne retirera que 530 millions de dollars par année pendant 25 ans du Plan Nord, ou 0,8 % de ses dépenses annuelles. Cette même analyse souligne que le régime de redevances en place au Québec ne nous permet pas de maximiser les retombées financières pour la province. L'institut de recherches socio-économiques arrive quant à lui à la conclusion que le Plan Nord sera déficitaire pour le Québec.

Le Plan Nord s'apprête à sacrifier nos dernières forêts vierges pour une opération qui aura au mieux un impact marginal sur les finances publiques ou qui sera déficitaire dans le pire des scénarios. On ouvrira bientôt un immense territoire au pillage des compagnies étrangères, le tout subventionné par nos impôts. Et on nous dit qu'il s'agit d'une forme nécessaire d'enrichissement.

Tout cela rappelle un autre film : Retour vers le futur.

En 1670, déjà, la couronne britannique offrait à la Compagnie de la Baie d'Hudson la majeure partie du Nord pour en extraire les fourrures. L'Amérique entière s'est fondée sur le mythe de terres vierges à conquérir, le plus souvent au détriment des populations autochtones et des écosystèmes. Depuis toujours, le Québec a tenté d'asseoir son développement économique sur l'exploitation de ressources naturelles offertes à bas prix à des intérêts étrangers qui paient des salaires et parfois des taxes et des redevances, mais qui exportent leurs profits à l'étranger. Appelons cela la doctrine Duplessis...

C'est ce que Félix Leclerc dénonçait il y a une génération dans L'encan :

Approchez messieurs dames...

Une belle p'tite rivière à saumon à vendre pas cher

Pleine de beaux p'tits saumons qui viennent frayer ici depuis des siècles

À vendre avec des îles, du bois, des chutes,

Sur une centaine de milles sans compter les croches

Laissons pas aller ça nous autres

Si le Québec n'est pas plus riche, c'est qu'il a souvent été prêt à sacrifier ses ressources et ses écosystèmes pour une poignée de dollars, sans penser aux impacts sur les générations à venir. Vendre des bouts de terre pour payer l'épicerie. Défricher à tout prix. Donner ce qui appartient à nos enfants et leur léguer une dette écologique.

Lorsque de nouvelles routes rejoindront les rivières et les forêts millénaires du Nord, elles atteindront la dernière frontière naturelle encore intacte du Québec. Les écosystèmes du Nord en seront à jamais appauvris pour en extraire des métaux, des arbres et des mégawatts. La nature nous procure des services inestimables bien documentés scientifiquement, mais ceux-ci n'ont pas de valeur sur les marchés. La nature millénaire contre quelques décennies d'extraction. Le Québec sera-t-il la prochaine Pandora?