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20/01/2014 03:16 EST | Actualisé 22/03/2014 05:12 EDT

Manifeste pour sortir de la dépendance au pétrole

Le 8 janvier 2014, onze personnalités publiques ont signé le Manifeste pour tirer collectivement profit du pétrole. Les auteurs, prétextant l'ampleur de la dette et le déclin démographique, proposent l'exploration et l'exploitation des ressources pétrolières du Québec.

Nous réagissons

Notre mode de vie et nos choix économiques doivent prendre en considération l'incontestable réalité des changements climatiques et l'impact économique et social des limites de nos ressources. Le Québec ne peut s'enliser davantage dans la voie du pétrole. Notre responsabilité collective est de diminuer notre consommation d'énergie et de favoriser l'utilisation des solutions de remplacement aux énergies fossiles. Sur cette question, il y a réellement urgence.

La dépendance au pétrole n'est pas une fatalité

L'importation de pétrole coûte plusieurs milliards de trop à la population québécoise. Il est cependant irresponsable d'affirmer, car il n'y a aucune preuve ni garantie, que l'exploitation de pétrole en sol québécois réduira durablement et significativement ce déficit commercial. La vraie solution pour mettre fin à la saignée de notre économie serait de diminuer notre consommation.

Ni la croissance, ni même le maintien de notre consommation de pétrole ne sont inévitables. Au contraire, il est urgent que le Québec profite de ses avantages naturels pour utiliser des énergies plus propres dont il dispose en surplus.

Nous souhaitons construire une société qui produit et consomme moins et mieux, et qui partage équitablement la richesse. Nous souhaitons sortir le Québec de sa dépendance au pétrole en réduisant notre consommation d'énergie, créer des emplois durables par de vastes chantiers écologiques et faire la promotion de l'utilisation des énergies vertes.

L'exemple de la Norvège: ni souhaitable, ni possible

La Norvège n'est pas un modèle environnemental en matière d'énergie. On évoque souvent les sommes colossales accumulées par la Norvège dans un Fonds souverain comme argument pour exploiter le pétrole. Or, accumuler un tel fonds au Québec est illusoire. On ne connait pas avec certitude le potentiel pétrolier du Québec, mais il semble modeste. De plus, les entreprises privées détiennent l'essentiel des droits d'exploitation au Québec et les redevances pétrolières ne rapporteraient jamais autant que les revenus de Statoil, détenu à 100 % par l'État norvégien jusqu'en 2001.

Débat équilibré et vision collective

Pour décider ensemble sur des bases scientifiques et démocratiques, nous invitons les signataires du «Manifeste pour tirer collectivement profit du pétrole» à réclamer comme nous:

- Une étude environnementale stratégique sur l'ensemble de la filière des hydrocarbures qui couvrirait tous les impacts sociaux, environnementaux et économiques liés à l'utilisation du pétrole et aux conséquences dans le fonctionnement de notre société ainsi que des audiences publiques en bonne et due forme sous forme de BAPE par projets afin de trancher sur le fond de cette question : voulons-nous collectivement faire du Québec un état pétrolier?

- Pour agir avec cohérence et responsabilité, avant toute adoption de cadres législatifs et règlementaires pour les activités d'exploration et d'exploitation pétrolière en milieu marin et terrestre, que le gouvernement du Québec :

  • adopte une stratégie énergétique qui prévoit un plan d'action et des cibles de réduction de la consommation de pétrole. Une cible réaliste pourrait être la réduction de 30 % de la consommation de pétrole d'ici 2020 et de 60 % d'ici 2030.
  • adopte le plus rapidement possible une politique de mobilité durable ambitieuse pour donner aux sociétés de transport en commun des moyens financiers suffisants et prévisibles pour améliorer l'offre de transport et maintenir leur accessibilité financière.
  • adopte officiellement une cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre d'au moins 25 % d'ici 2020 par rapport à 1990 et adopte un Plan de lutte aux changements climatiques permettant d'atteindre cette cible.

- Le maintien du moratoire sur l'exploration pétrolière dans la portion québécoise du Golfe du Saint-Laurent, notamment pour la réalisation des objectifs de création d'aires marines protégées.

- L'adoption d'un moratoire permanent sur toute forme de fracturation hydraulique, et ce, sur l'ensemble du territoire.

- Que tout projet d'exploration et d'exploitation des ressources pétrolières affectant le territoire des communautés autochtones soit conditionnel à une entente préalable avec ces communautés, et ce, dans une perspective de respect des droits ancestraux autochtones et de relation de nation à nation.

>Lire le manifeste dans sa version intégrale

Les signataires du Manifeste


Yves-Marie Abraham, Ph.D, professeur agrégé à HEC Montréal; Sylvain Archambault, Biologiste; André Bélisle, Président de l'Association Québécoise de Lutte contre la Pollution Atmosphérique, AQLPA; Patrick Bonin, Responsable campagnes Climat-Énergie et Arctique, Greenpeace Canada; Michel Camus, PhD, épidémiologiste, professeur associé à la Chaire d'évaluation de risques toxicologiques et au dép. de Santé environnementale et santé au travail de l'Université de Montréal; Félicien Cardin, Maire de Saint-Bonaventure; Dominic Champagne; Alexa Conradi, Présidente de la Fédération des femmes du Québec; Kim Cornelissen, Consultante en développement régional et pays nordiques, Finaliste au Prix des femmes d'affaires du Québec 2012 et Lauréate du Prix 2008 de l'Institut de recherche en économie contemporaine ; Pierre Curzi; Richard Desjardins, Vice-président de l'Action boréale de l'Abitibi-Témiscamingue; Alain Deneault, Auteur d'essais, dont Paradis fiscaux : la filière canadienne, à paraître cette année chez Écosociété; Andres Fontecilla, Président et porte-parole de Québec solidaire et Coordonnateur du conseil communautaire Solidarités Villeray jusqu'en 2012; Daniel Green, Co-président, Société pour Vaincre la Pollution; Henri Jacob, Président de l'Action boréale de l'Abitibi-Témiscamingue; Tania Kontoyani; Lisette Lapointe; Widia Larivière, Co-organsiatrice pour Idle No More Québec; Hugo Latulippe; Karel Mayrand, Directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki; Harvey L Mead, Auteur, L'indice de progrès véritable : Quand l'économie dépasse l'écologie, 2011 (MultiMondes), Commissaire au développement durable, 2007-2008 et Président (Chair), Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie de 2002-2005; Vivianne Michel, Présidente de Femmes autochtones du Québec; Melissa Mollen Dupuis, Co-organsiatrice pour Idle No More Québec; Gabriel Nadeau-Dubois; Eric Pineault, Sociologie, UQAM; Gaëtan Ruest, Maire d'Amqui; Anne-Marie Saint-Cerny, Directrice de la Société pour Vaincre la Pollution et Vice-présidente et directrice de la Fondation Rivière de 2002 à 2010 ; Laure Waridel.

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