LES BLOGUES
22/03/2013 01:21 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

Les hockey-macoutes

Shutterstock
close up on hockey puck with...

Contrairement à mon habitude, mon billet de blogue prend aujourd'hui une forme plus personnelle. C'est que je suis bénévole dans le hockey mineur depuis quatre ans. Tout a commencé quand mon petit gars de quatre ans, assis dans le salon, m'a dit, après que j'aie refusé de l'inscrire au hockey: «Ah... moi je voulais apprendre à jouer au hockey pour aller à la télévision et jouer pour le Canadien».

Mon cœur de père a fait 24 tours: un par coupe Stanley. Puis de fil en aiguille je me suis retrouvé bénévole, entraîneur, puis gérant. Comme mon propre coach, Roland Laflamme, quand j'étais petit, j'ai un plaisir immense à leur donner le meilleur de ce que j'ai: je les amène avec leurs familles au Carnaval de Québec. 13 p'tit gars en pyjama dans le hall du Château Frontenac. 13 piranhas sur mes épaules dans la piscine. Cette année ils pensaient même que c'était moi Bonhomme Carnaval!

Ils ont 8-9 ans et ils adorent jouer au hockey. Notre rôle est de leur enseigner ce que nous savons et de leur donner le sourire. Mes amis entraîneurs, tous papas de jeunes joueurs, sont entièrement dévoués à cette mission. C'est magnifique. Nous sommes des milliers au Québec.

C'est là que l'histoire dérape.

On entend souvent des histoires d'horreur sur des parents ou entraîneurs qui se battent dans les gradins. Ce n'est pas une histoire comme ça. C'est une histoire banale d'adultes qui font passer leur égo et les institutions par-dessus les intérêts des enfants et des parents bénévoles. Une histoire sur des gens qui oublient que le hockey est un jeu, et que les petits n'ont que 8 ans.

Le billet de Karel Mayrand se poursuit après la galerie

Le Top 25 des salaires 2012-2013 des Canadiens

Tout commence par un match de séries de niveau Novice disputé le 16 mars dernier. Une date fatidique! Rien ne laissait présager un grave dérapage comme celui qui a justifié des mesures disciplinaires exemplaires... Les personnages sont une arbitre particulièrement autoritaire, appelons-la matricule 728, un marqueur-chronométreur narcoleptique, appelons-le Dr. Zzzz, et un entraîneur bénévole qui sert de bouc émissaire. Appelons-le Malaussène.

Mise au jeu.

Première période: Dr. Zzzz oublie de repartir le chronomètre après un arrêt de jeu. Les parents le signalent aux entraîneurs, qui le signalent à matricule 728, qui le signale à Dr. Zzzzz. Après plusieurs minutes le chronomètre reprend.

Deuxième période: Matricule 728 décerne des punitions aux deux équipes, tour à tour. Dr. Zzzz inscrit les punitions aux mauvaises équipes sur le tableau indicateur, et fait sortir un joueur 45 secondes avant la fin de sa punition. Celui-ci saute sur la patinoire et... marque un but.

Entre en jeu Malaussène et notre équipe d'entraîneurs: ils demandent une audience à Matricule 728 qui la leur refuse. Devant leur insistance, elle expulse Malaussène. Puis, constatant l'erreur de Dr. Zzzz, elle refuse le but, remet 45 secondes au cadran, et décerne une punition de 2:15 (!?!) au petit joueur qui a sauté trop tôt sur la patinoire, et deux minutes de punition et une inconduite de match à notre entraîneur pour avoir trop insisté. Matricule 728 n'entend pas à rire. L'inconduite de match, c'est le poivre de Cayenne du hockey.

Bref, le chaos, mais pas de quoi écrire à sa mère. Je vous rappelle qu'il s'agit d'un match opposant des enfants, des e-n-f-a-n-t-s de 8 ans. Tout le monde prend une grande respiration et on reprend. Le match se termine, les enfants ont eu du plaisir même s'ils sont déçus d'avoir perdu. Ils ont JOUÉ au hockey. C'est le principal.

Entrent en jeu les hockey macoutes de Hockey Montréal. Dans le livre des règlements, qui fait 120 pages, une expulsion d'un entraîneur pour une punition de code D-66 entraîne automatiquement une suspension de deux matchs. Évidemment, comme entraîneur bénévole, j'aimerais vous garantir que j'ai mémorisé le tout comme le petit-catéchisme. Mais évidemment ce n'est pas le cas, et personne ne nous informe de la suspension.

Match suivant: Malaussène commet la faute suprême! Ne sachant pas qu'il est suspendu pour «inconduite grossière ayant tourné le match en dérision» (c'est dans le livre des règlements... ça ne s'invente pas !), il se présente pour accompagner son équipe. Les petits jouent encore au hockey, sont heureux, mission accomplie.

Pas pour les hockey macoutes.

Cinq jours plus tard, nous apprenons que nos petits gars sont disqualifiés en raison de la présence de ce dangereux perturbateur. Ils s'appellent Brandon, Émile, Vincent, William, Sacha, Simon-Olivier, Noah, Zachary, David, Kevin, Rémi et Dario. Ils se lèvent à 6h le samedi matin avec leurs parents et leurs entraîneurs bénévoles pour pratiquer le sport qu'ils aiment. Leur saison est terminée.

Comme ça. That's it that's all. Le règlement c'est le règlement. Game over. Hockey Montréal, dont l'intégrité a été mise en cause depuis un an, qui est incapable de rencontrer sa propre responsabilité d'assurer des conditions normales pour le déroulement d'une partie de hockey, pénalise enfants, parents et bénévoles pour les conséquences de son ineptie.

Certains diront que Malaussène a couru après et que les règles doivent être appliquées à la lettre. Mais voici où tout cela me semble problématique: on pénalise des enfants pour une série de cafouillages commis par des adultes. On accuse des parents bénévoles d'être des tricheurs alors qu'ils consacrent des dizaines d'heures par année pour soutenir les enfants.

Surtout, surtout, on applique à la lettre et sans discernement des règles pour une situation sans conséquences réelles, alors que les exemples abondent à chaque année de laxisme à l'endroit d'entraîneurs ou de parents qui posent des gestes d'intimidation envers les enfants ou leurs parents, qui posent des gestes violents sur la glace ou hors glace, bref, qui déshonorent le hockey. Nous en connaissons tous. Nous en observons tous.

Ce n'est pas la violence qui tue le hockey, c'est le manque de jugement. Hockey Montréal est une organisation récidiviste sur ce point.

On se demande ensuite pourquoi un si beau sport a si mauvaise réputation et pourquoi il est si difficile de recruter des bénévoles. Allez voir du côté d'Hockey Montréal et vous comprendrez. Les parents qui ont tenté de défendre leurs enfants ont été reçus avec un manque de politesse et de respect qui en disent long sur la culture de l'organisation. C'est la dictature des hockey macoutes.

Une des raisons pour lesquelles je suis bénévole au hockey, c'est pour accompagner mon fils dans son apprentissage. Après quatre ans, je considère que c'est lui qui m'a fait un cadeau lorsqu'il m'a convaincu de l'inscrire au hockey.

Et comme Roland Laflamme, mon entraîneur il y a 30 ans, j'aime chacun de ces enfants. J'aimerais avoir 8 ans pour jouer avec eux sur la glace. À 8 ans, je rêvais de jouer dans la LNH. Aujourd'hui je rêve de jouer dans une équipe Novice. C'est toute la magie du hockey.

Demain matin, je dois expliquer à mon petit gars de 8 ans qu'il ne jouera plus cette saison.

Roland, qu'est-ce que tu m'aurais dit?

VOIR AUSSI

Un survol de la saison en 10 points