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18/04/2012 08:23 EDT | Actualisé 18/06/2012 05:12 EDT

22 avril: le soulèvement tranquille

Nous sommes à quelques jours du plus grand rassemblement pour l'environnement et le bien commun de notre histoire. À l'épicerie, au restaurant, dans la rue, les gens m'accostent pour me dire qu'ils seront présents. Des jeunes, surtout, mais aussi des baby-boomers qui reprennent du service, comme la mère d'un ami, qui, à 65 ans, a encore en elle la soif de justice qui l'a fait descendre dans la rue il y a quarante ans. Pendant que Montréal est en ébullition, de partout au Québec, on reçoit les échos des régions qui se mobilisent pour ce rassemblement historique du 22 avril.

CP

Nous sommes à quelques jours du plus grand rassemblement pour l'environnement et le bien commun de notre histoire. À l'épicerie, au restaurant, dans la rue, les gens m'accostent pour me dire qu'ils seront présents. Des jeunes, surtout, mais aussi des baby-boomers qui reprennent du service, comme la mère d'un ami, qui, à 65 ans, a encore en elle la soif de justice qui l'a fait descendre dans la rue il y a quarante ans. Pendant que Montréal est en ébullition, de partout au Québec, on reçoit les échos des régions qui se mobilisent pour ce rassemblement historique du 22 avril . Des perrons d'église de Rimouski jusqu'au centre de Montréal, le Québec entier se soulève.

Pourquoi maintenant? Parce que sous la grisaille de la dernière décennie, où nous semblions paralysés, la volonté de changement a couvé. Et elle éclate aujourd'hui au grand jour. Les exemples abondent de mouvements qui couvent avant de se révéler comme une force de changement irrésistible. Dans « Les gens de mon pays », Gilles Vigneault compare un peuple qui se lève à la débâcle des glaces au printemps. La débâcle commence par une mince craque. Celle-ci peut apparaître à tout moment. Ce moment, nous y sommes peut-être.

Le lecteur me permettra, pour cette chronique un peu spéciale, de reproduire un extrait de la conclusion de mon livre, Une voix pour la Terre, qui a été lancé le 10 avril. Il résume bien mon état d'esprit à quelques jours de ce rendez-vous avec notre histoire.

Le mur de Berlin est tombé le jour où suffisamment de personnes ont cessé de l'accepter. La chute du mur nous a peut-être évité un holocauste nucléaire. Nous devons maintenant faire tomber un autre mur : celui de l'indifférence. Ce mur ne sépare pas l'est et l'ouest. Il sépare le présent de l'avenir. Il sépare notre génération de celles qui viendront après nous. Ce mur invisible doit être brisé en chacun de nous. Chacun de nous est une brique de ce mur invisible.

Il nous faut retrouver le sens de l'indignation, la capacité de nous élever devant l'injustice. Reprendre l'espace qui a été dérobé au citoyen. L'érosion de la démocratie, l'appauvrissement collectif et la destruction des écosystèmes de la planète vont de pair. Partout le pouvoir des citoyens s'effrite, leur endettement augmente. Les lobbys ont pris le contrôle de nos institutions. Le cynisme ambiant, compréhensible, leur facilite la tâche et contribue à notre asservissement.

Nous devons fonder un nouveau mouvement d'objecteurs de conscience et recourir au besoin à la désobéissance civile. L'objection de conscience est le refus d'accomplir certains actes allant à l'encontre d'impératifs religieux, moraux ou éthiques dictés par sa conscience. La désobéissance civile est le refus de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent.

Des objecteurs de conscience ont refusé de prendre les armes, de payer des impôts ou de mettre leur force de travail au service de l'effort de guerre. Des mouvements de désobéissance civile pacifique ont mis un terme à des dictatures. Il est temps de refuser le cycle de l'endettement et de la surconsommation, la dictature de la croissance et tout acte qui mène à la disparition de la vie sur Terre. Que nos motifs soient religieux, moraux ou éthiques, nous avons tous en partage la même volonté de léguer à nos enfants un monde qui leur permettra de s'épanouir.

Je me déclare objecteur de conscience.

Je m'objecte au pillage des ressources qui devraient appartenir aux générations futures et qui servent à enrichir une minorité de personnes.

Je considère immoral d'épuiser ces ressources et de mettre en danger les fondements même de la vie sur Terre pour soutenir une économie qui nous a tous asservis dans un cycle infernal de consommation et d'endettement.

Je ne reconnais pas les décisions et les lois des gouvernements qui ont pour unique but de profiter à des intérêts particuliers au détriment des intérêts collectifs.

Je m'engage à dénoncer le mensonge, le cynisme et la malhonnêteté qui ont pollué nos échanges démocratiques.

J'opposerai désormais la force de ma voix aux forces qui mettent la survie de notre espèce et de millions d'autres en péril.

Je me déclare désormais au service des générations à venir pour que leurs droits soient reconnus.

Le temps est venu de donner une voix aux générations futures.

Pour toutes ces raisons, je serai dans la rue le 22 avril avec mes enfants et mes collègues de la

Fondation David Suzuki, entouré de dizaines de milliers de Québécoises et de Québécois qui ont à cœur de protéger l'avenir de nos enfants.

À dimanche!