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19/02/2015 01:19 EST | Actualisé 21/04/2015 05:12 EDT

Des milliers d'Argentins descendent dans la rue en pleine saga Nisman

Près de 400 000 Argentins ont inondé les rues de la capitale sous une pluie torrentielle afin de commémorer la mystérieuse mort du procureur Alberto Nisman, il y a un mois, et fustiger la présidente, soupçonnée d'être impliquée dans cet acte.

BUENOS AIRES - Près de 400 000 Argentins ont inondé les rues de la capitale sous une pluie torrentielle le 18 février 2015 afin de commémorer la mystérieuse mort du procureur Alberto Nisman, il y a un mois, et fustiger la présidente, soupçonnée d'être impliquée dans cet acte.

La police a trouvé Mr. Nisman mort, gisant dans son bain, dans son appartement à Buenos Aires. Il enquêtait sur l'attaque terroriste la plus meurtrière en Argentine - le bombardement de l'Association mutuelle juive argentine en 1994 dans la capitale. Celle-ci a fait 85 morts et plus de 300 blessés.

Alors que l'atmosphère est des plus tendues, les théories du complot se multiplient autour de cette mort. M. Nisman est, en effet, décédé un jour avant d'accuser, à huis clos au congrès national, la présidente Cristina Fernandez de Kirchner ainsi que le ministre des Affaires étrangères Hector Timerman, pour avoir protégé des suspects iraniens dans l'attentat en échange d'importations de pétrole bon marché d'Iran. La présidente aurait signé des accords avec la République islamique afin de surmonter la crise énergique et les difficultés économiques auxquelles fait face la nation d'Amérique latine.

Un bourbier politique

L'impressionnante mobilisation de ce mercredi a eu lieu une semaine après que la présidente argentine ait été formellement accusée d'avoir joué un rôle dans l'attentat terroriste de 1994.

La « marche du silence » est l'une des manifestations les plus importantes contre le gouvernement argentin depuis l'élection de Mme Fernandez de Kirchner il y a sept ans. Ce rassemblement pourrait mettre en péril son parti politique populiste quelques mois avant l'élection présidentielle d'octobre 2015. Un sondage de l'agence argentine Management and Fit, conduit plus tôt ce mois-ci, indique que près de 55% des Argentins pense que la présidente a couvert le rôle des suspects iraniens dans l'attaque terroriste de 1994. L'organisation a interrogé 2400 personnes.

Dans un tel climat de psychose, une marée humaine de manifestants, sous des parapluies colorés, ont agité le drapeau national et brandit des pancartes sur lesquelles était écrit « Justice! » et « Vérité! ». Ils ont défilé de la place du congrès national à la Plaza de Mayo, en face du palais présidentiel, dans le centre de Buenos Aires.

« Nous sommes ici pour protester contre la corruption du gouvernement, » a déclaré Xavier, un ingénieur en agronomie, sous son parapluie violet. « Nous souhaitons qu'ils [les politiciens] partent et nous disent la vérité [sur la mort de Nisman], » a t-il ajouté, alors que les manifestants commençaient à chanter l'hymne national en cœur.

Des dizaines de milliers d'Argentins se sont également rassemblés dans d'autres villes du pays, notamment Santa Fe, Cordoba, Rosario et Mar del Plata. L'ancienne épouse de M. Nisman ainsi que ses anciens collègues ont appelé à marcher, car ils réfutent les déclarations selon lesquelles le procureur se serait suicidé - ce que le gouvernement argentin a soutenu au premier abord. La présidente Fernandez de Kirchner a déclaré que le rassemblement était un « coup d'État » pour affaiblir le gouvernement à quelques mois de l'élection présidentielle.

Toutefois, les quelque 400 000 manifestants ont exprimé leur désaccord avec cette allégation. « Nous en avons assez de ce gouvernement et de son ingérence dans les affaires du pouvoir judiciaire, » a soutenu Paula, une ingénieure dans un imperméable bleu, bravant le froid et la pluie.

La saga Nisman a ainsi polarisé un pays déjà fortement divisé selon les croyances économiques. Les partisans de la présidente - principalement la classe ouvrière - rendent hommage à ses tentatives de lutter contre la pauvreté. Ses opposants pointent du doigt l'inflation galopante, la dévaluation du peso de même que le combat juridique avec les tribunaux américains pour rembourser la dette nationale.

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