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03/08/2018 09:51 EDT | Actualisé 03/08/2018 10:04 EDT

Villes: le régime minceur de Doug Ford

Si Toronto a besoin d'un régime minceur, Montréal aurait besoin d'un jeûne.

oneinchpunch

Vues d'ici, avec nos élections provinciales déjà à l'horizon, les élections ontariennes ont donné froid dans le dos à certains, et sûrement de l'espoir à d'autres. Depuis l'élection de Doug Ford, nous avons observé de loin, les couvertures tirées jusqu'aux oreilles, les multiples coupures livrées aux programmes sociaux, environnementaux et éducatifs.

Pourtant, quand Ford a annoncé la semaine dernière son intention de réduire de moitié la taille du conseil municipal de Toronto, la réception était tout autre. Non pas parce qu'on se préoccupe de l'efficacité de la Ville de Toronto, mais parce qu'ici, à Montréal, ça fait longtemps qu'on détourne notre regard de cette question épineuse et pénible. Montréal gonfle et boîte, elle est mal en point et manque d'efficacité. Si Toronto a besoin d'un régime minceur, Montréal aurait besoin d'un jeûne.

Faisons une comparaison rapide:

Pour une population de 2,7 millions, Toronto compte 45 élus (il y aurait 47 selon les délimitations nouvellement adoptées); Doug Ford propose de réduire le nombre de conseillers à 25.

À Montréal (population 1,9 million), 65 élus siègent au conseil municipal et nous comptons 103 élus en tout. Car chacun de nos 19 arrondissements est géré par un conseil d'arrondissement présidé par son (ou sa) maire d'arrondissement. Ceci est sans compter les 15 villes liées, qui fonctionnent indépendamment de Montréal, mais sous le parapluie de l'Agglomération - instance fort critiquée par les villes liées.

On peut imaginer la ville comme étant structurée en poupées russes: les conseils d'arrondissement, à l'intérieur de la Ville, ensuite on ajoute les villes liées pour arriver à l'agglomération, plus gros encore c'est la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui englobe toute la région métropolitaine. Et à chaque couche, des élus, des structures à entretenir.

Comme dirait Pierre-Yves McSween: «En as-tu vraiment besoin?» Il me semble que la question serait légitime.

Les (p)artisans du système soutiennent que d'avoir un maire et un conseil dans chacun des 19 arrondissements fait en sorte que les citoyens sont mieux représentés et ont un accès plus facile à leurs élus locaux. C'est possible. Mais il est aussi vrai que ça engendre énormément de chicanes et de dédoublements, créant à la fois des silos et des clans.

Puisque le conseil de la ville de Montréal fonctionne essentiellement comme un parlement, avec des partis politiques formant l'administration et l'opposition, les élus sont tenus à défendre une ligne de parti plutôt que les intérêts locaux, et les séances du Conseil municipal ressemblent davantage à du théâtre qu'à l'administration d'une ville (et du théâtre médiocre par-dessus le marché, NDLR).

Lorsqu'elle était à l'opposition, Mme Louise Harel aurait tenté de soulever la question d'un remaniement structurel, voir une réduction dans le nombre d'élus, mais voilà que le maire Tremblay n'avait qu'à évoquer le spectre de la fusion/des défusions pour que tous fuient le débat, et pouf! la salle du conseil se vida plus vite que lors de son invasion en 2014 par des pompiers en furie.

La dernière personne à tenter de mettre le doigt sur le bobo fut Mme Diane Rodrigue, ancienne candidate de l'équipe Coderre en 2013. Forte de sa longue expérience dans la fonction publique, elle avait proposé de réduire le nombre d'arrondissements à 5 et le nombre d'élus à 31. Ceci s'est avéré être un tonique trop fort pour Denis Coderre, qui a rapidement mis de côté son plan lorsque Mme Rodrigue n'a pas réussi à gagner son siège.

Frileux, les Montréalais? Oui, mais écoeurés aussi.

Je crois sincèrement que les Montréalais seraient mieux servis par un conseil municipal plus efficace, mieux structuré, plus collégial et moins partisan. Ce ne sera pas facile d'y arriver! Nous sommes frileux du changement, malgré ce qu'on dit. Et point de vue marketing, il n'y a rien de moins vendeur pour les électeurs qu'une restructuration gouvernementale.

Il faudra l'aborder non pas à la Ford-qui-met-la-pédale-dans-le-fond, mais à la montréalaise: avec beaucoup de débats, beaucoup de consultations publiques, et probablement beaucoup de déchirements de chemises de la part des principaux concernés, les élus.

Car voici le problème: une fois qu'on met en place une structure qui réussit à tenir, ceux qui maintiennent cette structure y développent un certain attachement, et bientôt on est tous convaincus que cette structure - une invention dans le fond, bricolée par quelqu'un! - est immuable. Dans ce contexte, demander aux élus de voter pour une restructuration du conseil municipal serait comme demander aux dindons de voter pour l'Action de grâce (citation libre de Doug Ford).

Si Toronto n'a pas beaucoup de farce à distribuer, ici à Montréal, je pense qu'on pourrait tranquillement commencer à préparer les atokas.

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