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11/09/2018 12:40 EDT | Actualisé 11/09/2018 12:42 EDT

Technologie dans les écoles: la tyrannie des écrans

Dans un contexte où les écrans dominent presque tous les aspects de nos vies, les écoles québécoises ont commis une grave erreur en introduisant la technologie dans les lieux d’apprentissage.

Comment gérer l'arrivée des nouvelles technologies dans la vie de nos enfants?
Wavebreakmedia via Getty Images
Comment gérer l'arrivée des nouvelles technologies dans la vie de nos enfants?

Mon conjoint et moi avons volontairement élevé nos enfants sans écrans. Jusqu'à ce que l'aîné ait huit ans, nous n'avions pas de télévision à la maison et le seul ordinateur était celui «du travail de papa», donc hors limites pour les enfants. C'était encore avant l'époque du iPad, lancé en avril 2010. À la maison, les enfants faisaient des devoirs, lisaient, jouaient dehors, aux Legos ou aux jeux de société.

Un sujet dominait nos discussions entre amis, car nous faisions tous face à la même interrogation: comment gérer l'arrivée des nouvelles technologies dans la vie de nos enfants? On avait l'impression d'être démunis face aux puissantes machines de marketing corporatif.

Et puis viennent les pressions sociales de «tous les autres de ma classe» qui eux, ont accès à des écrans pour se divertir. Alors tranquillement on baisse les barrières et on cède du terrain. On laisse passer un premier jeu vidéo - éducatif bien sûr! - et puis un autre, moins éducatif celui-là, que fiston reçoit en cadeau d'anniversaire d'un ami.

Insidieusement, le parent se voit contraint de jouer le rôle non pas de mentor, mais de simple gardien des clés.

Insidieusement, le parent se voit contraint de jouer le rôle non pas de mentor, mais de simple gardien des clés. Les accès et mots de passe, le wifi, les limites sur le temps d'écran sont autant de sujets à négociations contentieuses sans fin.

«Mais au moins il y a l'école!», disions-nous pour nous réconforter. Pendant qu'ils y sont, ils sont bien obligés d'interagir avec d'autres êtres humains, les étudiants, enseignants et autres personnels de l'école. L'école restera toujours une oasis d'apprentissages, de stimulation intellectuelle et d'interactions sociales entre jeunes! Sauf que...

Quelle ne fut ma déception quand, en 2015, nous avons reçu un courriel de l'école de notre garçon, un collège prestigieux, nous annonçant un nouveau programme d'intégration du iPad pour la rentrée 2016-2018. J'ai promptement envoyé une réplique, citant l'omniprésence des écrans dans la vie de nos jeunes et priant la direction de l'école de considérer les récentes études à ce sujet.

À la réception de mon courriel, le directeur du collège m'a appelé et nous avons poliment, mais avec conviction, argumenté nos points de vue divergents. Quand j'ai compris qu'il me serait impossible de le faire changer d'idée, j'ai mis fin à la conversation. Pour plein de différentes raisons, nous n'avions pas l'intention de changer notre garçon d'école, et donc je me résignais à accepter de jouer, une fois de plus, à l'arbitre. De perdre, encore une fois, un autre lieu sacré à l'invasion technologique.

Après deux ans, je reviens sur la conversation que j'ai eue avec le directeur du collège et je constate que toutes mes craintes se sont avérées fondées.

Après deux ans, je reviens sur la conversation que j'ai eue avec le directeur du collège et je constate que toutes mes craintes se sont avérées fondées. Charles s'est fait discipliner à maintes reprises pour une mauvaise utilisation du iPad autant au collège qu'à la maison. Il est distrait pendant ses cours et, à la maison, il est impossible de savoir s'il fait des devoirs ou bien s'il a cédé à la tentation de jouer ou de naviguer sur le web, toujours «juste un peu».

Faire l'arbitre de la technologie de nos enfants, surtout ceux qui sont plus enclins à développer des dépendances, résulte en des crises de rage, une atmosphère toujours tendue à la maison et une motivation sapée chez le jeune.

J'étais encouragée d'apprendre que la France a agi dernièrement, afin d'interdire l'utilisation de tout objet connecté (portables, tablettes, montres...) dans les établissements scolaires qui accueillent les élèves jusqu'à l'âge de 14 à 15 ans. Il y a des exceptions pour une utilisation pédagogique et dans le cas de difficultés particulières d'apprentissage - mais le fait de poser une interdiction générale lance un message fort quant aux impacts négatifs de ces appareils sur le développement des jeunes.

«La conscience publique n'a pas encore assimilé le fait que la technologie est une idéologie.» Neil Postman

Comme disait l'auteur et critique culturel américain Neil Postman dans son livre prophétique, publié en 1985, Amusing Ourselves to Death (S'amuser à mort, en français), «La conscience publique n'a pas encore assimilé le fait que la technologie est une idéologie». Loin d'être «un simple outil», la technologie constitue une idéologie, soit un système de représentation de notre rapport avec le monde, et, en tant que telle, elle a le pouvoir de remodeler notre façon de penser et d'agir et d'ébranler les fondements de notre structure sociale.

Les yeux grands ouverts, nous devrions faire preuve de prudence, en protégeant de la tyrannie des écrans les derniers remparts que représentent nos lieux du savoir. C'est l'avenir de nos jeunes - et donc de l'humanité - qui est en jeu.

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