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05/10/2018 13:11 EDT | Actualisé 09/05/2019 16:28 EDT

Élections québécoises: les gagnants, les perdants et les perdus

Force est d'admettre que la politique n'est plus un jeu idéologique ni un jeu stratégique. La politique en 2018 est strictement un jeu émotif.

The Canadian Press Images/Graham Hughes
La CAQ a livré une solide campagne classique, la ligne directrice étant: on ne s'inquiétera pas trop des mises en garde d'une poignée d'intellos, dont les journalistes, les universitaires et les sempiternels écolos; nous, on s'occupera du «vrai monde».

La poussière commence à retomber sur les élections du 1er octobre. Qu'est-ce qui se dessine à présent, et qu'est-ce qui nous attend pour les quatre prochaines années?

Les gagnants

Difficile de déterminer qui a marqué la plus grosse victoire électorale. Si on prend comme mesure la fierté exprimée par leurs chefs, Québec solidaire et la Coalition avenir Québec sont à égalité dans l'accomplissement de leur mission.

Néanmoins, la logique force à reconnaître que Québec solidaire, malgré des gains intéressants pour ce parti résolument de gauche, ne formera pas l'administration ni même l'opposition officielle, sauf peut-être dans l'imaginaire de leurs militants.

De son côté, la CAQ a livré une solide campagne classique, la ligne directrice étant: on ne s'inquiétera pas trop des mises en garde d'une poignée d'intellos, dont les journalistes, les universitaires et les sempiternels écolos; nous, on s'occupera du «vrai monde». Ce «vrai monde» semble avoir peu d'appétit pour le contenu structuré et semble préférer des gestes larges, sans équivoque, mais aussi sans subtilité: non au port de signes religieux, oui à la diminution des seuils d'immigration, plus d'argent dans nos poches et moins à redistribuer dans les programmes gouvernementaux.

Les perdants

Émotif, jeudi matin, lors de l'annonce de son départ de la politique, le premier ministre sortant Philippe Couillard a tout de même de quoi être fier de son parcours en tant que chef du parti libéral, qui aura laissé le Québec dans une situation économique enviable, par rapport à celle dont il a hérité des mains de Jean Charest en 2013.

Le PLQ par contre aura beaucoup de travail à faire pour se relever de cette dure défaite. Du haut de leur tour de contrôle et imbus de leur présomption de supériorité morale et intellectuelle, les libéraux n'ont rien vu venir. Ils sont autant préparés à rebâtir qu'ils l'étaient à perdre: c'est-à-dire aucunement. Car à l'intérieur de ce parti, se trouve non pas une infanterie de bâtisseurs, mais une élite conventionnelle qui s'attendaient à conserver indéfiniment le pouvoir.

Que dire du Parti québécois, dont le destin était quasiment prédéterminé?

Car, sans projet porteur - le projet souverainiste est en perte de vitesse depuis le référendum de 1995 et les célèbres flèches «l'argent et le vote ethnique» envoyées par Parizeau - et malgré une rigueur intellectuelle intéressante, ils ne sont plus capables de soulever les foules. Les purs et durs des premières heures vieillissent inévitablement, et la relève se laisse séduire par d'autres formations, Québec solidaire, notamment.

Et nous, les perdus

Quand on pose la question, à soi-même, à son entourage, à son réseau d'amis, réels ou virtuels: «Vos préoccupations ont-elles été entendues?», la réponse est «Non». Au-delà des baisses de taxes, des référendums, des burka, kirpan, hijab et crucifix, il y a la question fondamentale du bonheur.

Est-ce que notre mode de vie est sain? Sommes-nous heureux? Ce sont des questions larges, certes, mais qui nous mènent à des considérations assez pointues: sur la validité de notre modèle économique, sur l'importance de protéger nos milieux naturels, sur l'urgence de diminuer la congestion routière, autant pour des raisons écologiques que sociales, pour ne nommer que celles-là.

Quelques semaines après la démission fracassante du ministre d'État français Nicolas Hulot, nous, au Québec, discutons encore des «petits pas» et pratiquons de la petite politique pendant que le grand enjeu de la dégradation irréversible de notre planète aurait à peine été évoqué par les principaux intéressés à nous gouverner pendant les quatre prochaines années.

Force est d'admettre que la politique n'est plus un jeu idéologique ni un jeu stratégique. La politique en 2018 est strictement un jeu émotif.

Force est d'admettre que la politique n'est plus un jeu idéologique ni un jeu stratégique. Elle n'est certainement pas quantifiable par les sondages. La politique en 2018 est strictement un jeu émotif. Un chef est sympathique ou bien il est haïssable, et leurs militants adhèrent aux énoncés partisans avec une fureur qui rendrait jaloux des dictateurs.

Au lieu de nous attarder sur la transition d'un gouvernement libéral à un gouvernement caquiste, nous devrions nous poser la question: le gouvernement est au service de qui et au nom de quelle idéologie? Si la réponse ne nous satisfait pas, et bien il serait temps d'arrêter de tolérer les discours passéistes, diviseurs et émotifs, d'arrêter de se faire prendre au jeu et de voter en conséquence.

Il serait temps de nous rallier autour d'un nouveau projet porteur et forcément rassembleur: celui de notre survie. Changeons de discours et nous aurons encore une chance de modifier la direction que prendra ce nouveau gouvernement.

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