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09/04/2019 14:20 EDT | Actualisé 09/04/2019 14:41 EDT

Mort de la LCHF: une nouvelle opportunité pour le hockey féminin?

La leçon à tirer est de reconnaître que le modèle de la LCHF n'était pas nouveau et qu'il a échoué dans le passé. Il est maintenant temps de miser sur de nouvelles approches professionnelles et viables du hockey féminin.

CP/Chris Young
Zoe Hickel (à gauche) et Tori Hickel de l'équipe Inferno de Calgary célèbrent après avoir battu les Canadiennes de Montréal (5-2) et ainsi avoir remporté le match de la Coupe Clarkson 2019 à Toronto, le dimanche 24 mars 2019.

L'annonce soudaine par la Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF) qu'elle cesse ses activités a suscité controverse et confusion. Je fais de la recherche universitaire sur les organisations sportives, et j'ai développé un point de vue différent. Je crois que la fermeture de la Ligue ouvre la porte à de nouvelles possibilités innovatrices pour le hockey professionnel féminin.

À première vue, cette histoire se lit comme celle de deux ligues, l'une à but non lucratif, la LCHF, et l'autre à but lucratif, la Ligue nationale de hockey féminin, LNHF.

Lorsque la LCHF a annoncé qu'elle fermait ses portes, son conseil d'administration a déclaré que «le modèle d'affaires s'est révélé non viable sur le plan économique». De nombreux partisans et médias en ont conclu que le modèle à but non lucratif ne fonctionne pas, et que la seule option est l'approche à but lucratif de la LNHF.

Mais c'est une opinion à courte vue.

La fermeture est un catalyseur de changement

La fermeture de la LCHF est un catalyseur qui permet à d'autres acteurs-clés d'entrer sur la scène — ce qui s'est produit à maintes reprises dans le passé pour le hockey professionnel masculin, où des ligues sont apparues, puis ont disparu.

Comme l'indiquent mes premières recherches doctorales, de nombreux intervenants différents — y compris des joueurs, des fédérations, des représentants du gouvernement et de l'industrie — ont influencé l'évolution du hockey au fil du temps.

L'Association canadienne de hockey amateur, créée en 1914, a d'abord résisté aux pressions populaires qui militaient pour l'émergence de ligues payantes. Mais comme les joueurs ont opté pour des ligues indépendantes qui les rémunéraient, l'ACHA a assoupli ses règlements et ouvert la porte à un certain professionnalisme, tout en supervisant le développement du hockey au pays.

Ce changement a ouvert le marché à des gens d'affaires, dont certains possédaient des patinoires et avaient besoin d'un produit attrayant pour attirer les clients. L'activité lucrative a été rapide et désorganisée. Des ligues sont nées (la Ligue nationale de hockey a débuté en 1917) et d'autres ont disparu, comme l'Association nationale de hockey, qui a duré de 1909 à 1918.

La rivalité entre les ligues

Dans son récit sur l'émergence de la LNH, l'universitaire John Wong affirme que des camps distincts se sont affrontés pour tirer profit de la nouvelle popularité du hockey commercial auprès du public.

Ce n'est pas différent de l'interaction — ou, comme certains le font remarquer, de la rivalité commerciale — entre la LCHF et la LNHF, qui s'est développée depuis 2015, aux États-Unis.

Le hockey féminin a également attiré l'attention des promoteurs au début du 20e siècle. Dans sa recherche sur le hockey féminin américain à l'époque de la Première Guerre mondiale, Andrew Holman note que les entrepreneurs cherchaient de nouvelles façons de vendre le jeu.

Le hockey féminin était dès lors considéré comme une entreprise commerciale. Durant cette période, un événement important du «sport business» a été l'ascension et la chute du football féminin, y compris dans sa forme professionnelle.

De son côté, dans son analyse du hockey et de l'industrie du sport, l'historien Andrew Ross souligne que la LNH a déjà été un organisme à but non lucratif, non constitué en société.

Pas un nouveau modèle

La principale leçon à tirer est donc de reconnaître que le modèle de la LCHF n'était pas nouveau et que cette approche, ainsi que d'autres, a existé et a échoué dans le passé. Plus important, ces modèles ouvrent la voie à de nouvelles approches professionnelles et viables du hockey féminin.

Ce qui nous amène à la phase suivante de l'histoire.

Dans mon travail sur le développement mondial du hockey féminin, je constate qu'il n'existe pas de modèle unique. Chaque pays doit se développer à son propre rythme, selon la méthode qui convient le mieux à son système de hockey. Il en va de même pour une ligue professionnelle de hockey féminin.

AP Photo/Ed Kolenovsky
Sur cette photo de 1973, Gordie Howe, vedette de la LNH, regarde ses fils, Marty et Mark, qui ont signé avec l'équipe Houston Aeros, de l'Association mondiale de hockey. La ligue a cessé ses activités en 1979 et certaines de ses équipes ont été absorbées par la LNH.

Toutefois, la fermeture de la LCHF a créé un vide.

Un peu plus de 48 heures après sa décision de fermer ses portes, le conseil d'administration de la LNHF a annoncé un plan d'investissement pour établir deux équipes au Canada, à Montréal et à Toronto, et qu'il a reçu un engagement financier de la LNH.

Rappelons que la LNH a fusionné avec l'Association mondiale de hockey, une ligue de hockey professionnelle masculine rivale qui a existé de 1972 à 1979. L'histoire se répète: une ligue ferme ses portes, tandis qu'une autre acquiert certaines de ses franchises et devient le seul joueur commercial.

Si l'on remonte à 2015, année de la création de la LNHF, il est intéressant de revoir la réaction de la LCHF. La commissaire à l'époque, Brenda Andress, a déclaré que le modèle de la LNHF était erroné et «que pour nous, il s'agit d'abord d'établir de solides fondations opérationnelles et financières, car nous voulons assurer la viabilité à long terme».

Au cours de ses 12 années d'existence, la LCHF a adopté cette approche et, ce faisant, elle a façonné le paysage du hockey féminin professionnel. Il est maintenant temps de passer à l'étape suivante.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation.

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