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24/10/2015 09:09 EDT | Actualisé 24/10/2016 05:12 EDT

Pourquoi nous faisons grève et ne fêterons pas l'Halloween avec les élèves

On ne fêtera pas l'Halloween parce que le nerf de la guerre, c'est le bénévolat. Nos opposants ne reconnaissent pas que le métier de prof en est, par définition, un de don de soi, donc d'heures impossibles à calculer.

Je vous l'accorde, ce macaron est incompréhensible. Cela dit, il exprime - maladroitement il est vrai - ce qui est au cœur du conflit : être professeur n'est pas un travail machinal, ou encore automatique. Rappelons qu'un des enjeux principaux du conflit de travail est le nombre d'heures passées à l'école. J'ai l'impression que certains de nos opposants pensent qu'étant payés un certain nombre d'heures, il est naturel que nous devions toutes les passer à l'intérieur des murs de l'école. Vous êtes payés 35h pour être au bureau, vous passez 35h au bureau. C'est la même chose pour les profs, non? En gros, ça veut aussi dire finies les sorties après l'école avec les élèves, finies les corrections et les planifications de cours en dehors de nos heures de travail dans le bâtiment.

Fort probablement que de telles idées sur le métier d'enseignant mèneront au fait que vous, chers parents, ne pourrez plus voir les corrections des travaux de vos enfants parce qu'ils ne seront pas corrigés.

Je n'ai connu aucun prof en 11 ans qui ne corrigeait pas à la maison.

Pourquoi ne corrigez-vous pas à l'école me direz-vous? Vous pourriez poser cette question à tous les profs que vous connaissez, ils auront tous une réponse différente ou peut-être un peu semblable à la mienne : corriger nécessite de la concentration et du calme. J'ignore quel est votre souvenir d'une école secondaire, mais je peux vous dire que c'est particulièrement bruyant. Nous sommes aussi en présence d'élèves, de collègues avec lesquels il y a toujours du travail à faire. Au bureau, c'est sans doute la même chose pour vous. Tant que vous êtes dans les murs, il y a du travail à faire.

La différence avec nous, c'est que même si on quitte le bureau très tard, on a encore du travail à faire.

Et pour avoir travaillé dans un bureau pendant six ans avant de me lancer dans l'enseignement, je peux vous assurer que les heures passées au bureau n'ont pas la même valeur en termes d'énergie que les heures passées devant une classe de 34 adolescents de 15 ans.

Une heure passée en classe peut honnêtement en paraitre huit. Il faut agir en modèle, bien réagir face aux élèves, les mettre au travail, leur expliquer la matière, les mettre en silence, intervenir, répéter et répéter les mêmes consignes, leur montrer à se respecter eux-mêmes, respecter leurs camarades et respecter leurs enseignants, les motiver, trouver la meilleure façon d'expliquer, de les faire interagir et de participer pour ensuite s'assurer qu'ils comprennent, qu'ils fassent leurs devoirs, qu'ils prennent en note les réponses, qu'ils n'empêchent pas leur camarade de travailler et qu'ils aient tout leur matériel en classe. Quand ce n'est pas le cas, on doit sévir, équitablement, sans perdre patience (parce qu'il en faut tout un voyage de patience, vous vous en doutez), en donnant des conséquences conséquentes. Il faut aussi vous appeler, vous les parents, et recommencer le lendemain. Et je n'ai même pas parlé de la mission sociale éducative que nous avons : faire en sorte que le monde de demain sera meilleur que celui d'aujourd'hui. Comme si c'était banal! La partie la plus prenante de notre journée est cela dit celle-ci : enseigner est devenu un « travail social ». Les élèves en difficulté nous prennent tout notre jus. Quand un élève nous envoie promener, qu'il n'a rien à manger, qu'il se bat ou se fait intimider, c'est nous qui sommes au cœur de l'action.

Et donc le soir, ce ne sont pas que des corrections qu'on amène à la maison.

C'est le doute. La remise en question : « suis-je intervenu adéquatement? » On sort de l'école la tête et le cœur épuisés et parfois même frustrés de ne pas avoir les moyens de nos ambitions. Non, nous ne sommes pas des automates. Ce n'est pas un travail d'usine où on punch in et on punch out.

On ne fêtera pas l'Halloween parce que le nerf de la guerre, c'est le bénévolat. Nos opposants ne reconnaissent pas que le métier de prof en est, par définition, un de don de soi, donc d'heures impossibles à calculer. Organiser une fête d'Halloween est un excellent exemple de bénévolat qu'on fait simplement par amour des élèves. Vous êtes scandalisés qu'on n'organise pas cette fête parce que vous nous prenez pour acquis : vous envoyez vos enfants à l'école comme si c'était une garderie et vous assumez que nous allons faire ces extras parce que nous sommes dévoués.

NOUS SOMMES DÉVOUÉS. On prend soin de vos enfants, on les éduque pour en faire des citoyens éclairés, intelligents et sensibles à leurs camarades. On souhaite les rendre assez compétents pour qu'ils explorent, inventent et transforment pour le mieux ce monde. Tout ce qu'on demande, c'est la reconnaissance que c'est un travail à temps plein. Plus d'heures à l'école et plus d'élèves en difficultés pour un gel de salaire, c'est loin d'être une reconnaissance. Cela démontre une profonde incompréhension et insensibilité de ce qu'est notre métier. Peut-être que notre ministre de l'Éducation pourrait commencer par visiter une école de la CSDM avant de nous proposer de telles mesures...

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