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Les Acadiens ne regardent pas passer la parade : la parade, c'est eux

Je suis jalouse des Acadiens. Mon cœur de Québécoise est décidément jaloux (et franchement amoureux) de la fierté acadienne. Je suis jalouse parce qu'hier, j'ai vécu le Tintamarre acadien, sorte de défilé de la St-Jean sur le 220.

Je suis jalouse des Acadiens. Mon cœur de Québécoise est décidément jaloux (et franchement amoureux) de la fierté acadienne.

Je suis jalouse parce qu'hier, j'ai vécu le Tintamarre acadien, sorte de défilé de la St-Jean sur le 220. Vouloir faire partie de la fête du Quinze août (Quinzou) est irrésistible : l'envie de me draper de bleu, blanc, rouge et jaune me prend à mesure que j'entends les klaxons au loin. Les Acadiens de Moncton commencent à prendre la rue pour converger au point de départ de la parade et, à la vue des costumes et trompettes, les automobilistes les encouragent.

Je me joins à cette parade, munie d'une trompette et habillée, comme tout ce beau monde, aux couleurs éclatantes du Drapeau français, oui, mais l'accent est mis sur cette étoile jaune distinctive qui a guidé et guide encore la petite colonie acadienne à travers les orages et les écueils. Le tintamarre n'a rien de convenu. Ce ne sont pas des gens au volant de voitures commanditées qui saluent le peuple. C'est le peuple qui prend la rue en faisant la fête. C'est les maisons décorées aux couleurs acadiennes, arborant des drapeaux avec l'inscription de leur nom de famille : Des Comeau, Des Godin, des Leblanc, des Doucet inscrits en grosses lettres sur le drapeau acadien devant leur maison. À Caraquet, capitale acadienne, ce sont les BBQ de maquereaux sur le trottoir et 20 000 Acadiens venus de partout qui se prennent dans leurs bras.

Cette fierté-là est entre autres portée par les jeunes et c'est ça qui me rend verte d'envie. Je n'en croyais pas mes yeux de voir ces jeunes décomplexés qui s'affichent non pas le plus discrètement possible, mais plutôt le plus outrageusement possible avec, au cours de la soirée, de plus en plus de couleurs, de maquillage et de perruques. C'est une fête exaltante qui donnerait envie à n'importe qui d'être Acadien.

Comme Québécoise, je suis accueillie à bras grands ouverts dans ce tintamarre grisant et je rêve maintenant d'y aller back chaque année.

Au cours de ce grand party de famille où s'enchainaient autant les chouchous acadiennes Les Hay Babies, que Marc à Paul à Jo qui m'a jetée à terre avec sa langue vernaculaire - rock de la région de La Baie -, que Karim Ouellet accompagné du jeune chœur acadien, je ne peux m'empêcher de penser aux fêtes nationales québécoises que j'ai connues dans les dernières années : jamais on ne se fait klaxonner dans la rue en portant les couleurs du Québec. Même le 24 juin. On dirait que la Saint-Jean-Baptiste est devenue un festival parmi tant d'autres. Des drapeaux du Québec commandités par la SAQ nous rappellent la modération. Des chars allégoriques semblent décolorés. Cet enthousiasme d'être Québécois est maintenant perçu comme un repli sur soi. La fierté d'être Québécois est devenue louche et ne semble appartenir qu'à quelques nationalistes vus comme marginaux. Les jeunes sont priés d'être ouverts aux autres cultures. Fêter la leur, c'est out.

« Je sais que partout en Acadie, le monde est dans la rue à faire le tintamarre en même temps, ça me rend fébrile, me dit Christine Comeau, native de Petit-Rocher et résidente de Moncton. On fait du bruit pour faire entendre notre voix. »

Car non, nous ne sommes pas au Québec. Parler français et se faire répondre en français, ça fonctionne à Moncton, mais ça semble loin d'être acquis. Au festival Acadie Rock, quand on a demandé des informations aux gardiens de sécurité on s'est fait répondre « Can you repeat this in english ». Je vois mes camarades acadiennes commander machinalement leur nourriture en anglais en commande à l'auto. Une province bilingue certes, mais où tout est plus pratique en anglais. Fêter le Quinzou semble un puissant exutoire.

Comme Québécoise, je suis accueillie à bras grands ouverts dans ce tintamarre grisant et je rêve maintenant d'y aller back chaque année et d'amener chaque fois un Québécois pour qu'il voit lui aussi ce que ça peut signifier d'être fier de sa langue et de son histoire avec la joie dans le cœur. Les Québécois sont souvent perçus comme arrogants envers les Acadiens parce qu'ils les ignorent. Et c'est vrai, les Québécois tiennent rarement compte de la réalité de francophones hors Québec. Les Québécois auraient pourtant des leçons à prendre des Acadiens et devraient commencer à suivre leur étoile (le Centre de la francophonie des Amériques encourage ainsi le dialogue entre les francophones des Amériques).

La Fête nationale des Acadiens a lieu le 15 août. Ce choix a été le fait saillant de la première Convention nationale des Acadiens, à Memramcook (Nouveau-Brunswick) en 1881. On fête le tintamarre à Caraquet, capitale de l'Acadie depuis 37 ans et à Moncton depuis cinq ans, avec le début du festival Acadie Rock.

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