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28/07/2015 10:41 EDT | Actualisé 30/07/2016 05:12 EDT

Eh oui, je suis prof au secondaire et j'en ai mangé de la m...

Chaque année, je vois les élèves rejeter, avec détachement, le français, et pas seulement au profit de l'anglais. Ils n'aiment pas cette langue et ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent l'apprendre.

Vous êtes d'ailleurs les premiers à l'assumer: «ishh, ouch, t'es prof au secondaire, ça doit pas être facile....Des adolescents? Je ne serais pas capable.» C'est ahurissant de voir à quel point vous parlez avec dédain des jeunes (vos enfants) et avez pitié de nous. C'est toujours avec une petite tape sur l'épaule, du genre «merci pour le sacrifice, vous êtes de vrais missionnaires», que vous accueillez cette terrible nouvelle.

«Je ne sais pas comment tu fais», me dites-vous avec découragement.

Et quand je vous dis que j'enseigne le français, c'est le moment où vous vous déchaînez. Vous avez tellement de choses à dire là-dessus! Vous connaissez bien la situation du français au Québec, qui est une véritable catastrophe, vous en êtes certains. «Aïe, aïe, aïe, qu'ils doivent être poches, les élèves! Je suis vraiment inquiet, avec les textos, pis toute... Les jeunes ne savent plus écrire», clamez-vous (depuis toujours?) en chœur.

Vous voulez le savoir? Les jeunes ne sont pas poches en français. Pas plus poches que les vieux. Pas plus poches que les Français non plus. Par exemple, je suis présentement tutrice d'une jeune Lyonnaise qui, bien qu'elle ait réussi le baccalauréat français avec aisance, vient d'échouer pour la troisième fois l'épreuve uniforme de français du cégep. «Ils sont très sévères avec la ponctuation», pense-t-elle.

Elle a raison, la correction est sévère et je mets du coup au défi nos lecteurs d'écrire un texte de 900 mots avec moins de 30 erreurs. Et, à ce sujet, je vous suggère de jeter un coup d'œil aux résultats des tests internationaux PISA où nos élèves, en lecture entre autres, se classent premiers dans les pays francophones.

Les élèves québécois maîtrisent le français comme à peu près n'importe quel adulte. Et je vais vous dire, ce n'est pas la grammaire qui est difficile à enseigner. Ce qui est difficile, c'est «vendre» l'utilité du français. Chaque année, je vois les élèves rejeter, avec détachement, le français, et pas seulement au profit de l'anglais. Ils n'aiment pas cette langue et ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent l'apprendre. C'est trop compliqué pour rien, pensent-ils. «Pourquoi madame vous nous obligez à parler français?», ai-je entendu cette année. Qu'auriez-vous répondu à ça?

J'ai même entendu des commentaires similaires de la part d'élèves fréquentant les meilleures écoles privées du Québec. Pourquoi apprendre le français au Québec?

Peut-être qu'au lieu de vous relater que les élèves ne savent pas écrire, vous pourriez nous donner un coup de pouce pour valoriser notre langue? Si vous y réfléchissez bien, vous constatez que c'est loin d'être une tâche évidente. Ça devient émotif et politique.

Et comme prof, on a le droit d'être ni l'un ni l'autre.

Donc, est-ce que j'en ai mangé de la m..., selon vous? De votre part, de celle des parents et des élèves eux-mêmes? Je ne suis jamais là pour me plaindre, mais vous connaissez déjà la réponse. Les gens sont rarement satisfaits de notre travail.

Et à ceux qui me disent: «Ouais, t'as deux mois de vacances l'été, t'es vraiment bien», je réponds que c'est vrai, tout en leur suggérant, avec le sourire, de venir donner un cours à 8 heures le lendemain matin, devant 32 jeunes de 15 ans. Qu'ils s'essaient donc, s'ils pensent qu'on se la coule douce...

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