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12/08/2015 10:41 EDT | Actualisé 12/08/2016 05:12 EDT

École publique à vendre

La véritable question est: veut-on que l'école publique devienne un bassin pour élèves en difficulté issus de milieu populaire?

On commence à parler de rentrée: rentrée parlementaire, déclenchement hâtif des élections fédérales, et je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais même si je suis une grande fan de la rentrée, les spéciaux sur les cahiers Canada qui commencent si tôt, ça me fait un peu capoter. Ça semble toujours arriver trop tôt, même si finalement, la rentrée scolaire, c'est dans deux semaines.

On évoque souvent nos fameux deux mois de vacances, mais mes collègues profs le savent, quand on finit le 29 juin, ça nous prend deux semaines nous en remettre... et deux semaines avant la rentrée, on est déjà rentrés dans notre tête: on commence à planifier l'année qui vient. Juste le fait d'y penser nous sort de nos vacances...

La rentrée approche et vous avez peut-être remarqué qu'elle risque de s'amorcer sur un ton revendicateur. Et vous avez peut-être vu l'excellente (pour une fois) campagne publicitaire opérée par la CSN: des pancartes «à vendre» devant les établissements publics.

L'éducation? À vendre elle aussi! Qui est votre agent? Monsieur Couillard, accompagné de quelques ministres, qui affiche un sourire niais.

Les affiches sont visibles depuis un moment déjà pour montrer que la rentrée se prépare. Aurons-nous, aurez-vous, droit à une rentrée mouvementée, ponctuée de moments de grève?

On a vu en 2012 que beaucoup de gens avaient l'éducation à cœur. Maintenant, en 2015, qu'en est-il? Que doit-on faire pour valoriser l'éducation publique? Et finalement, l'éducation publique est-elle en danger?

Je ne suis pas dans le secret des dieux ministériels, mais ce que je vois, c'est une dévalorisation systématique du système public au profit d'une plus grande valorisation de l'école privée. Les gens issus disons de la classe moyenne sont parfois «game» d'envoyer leur enfant à l'école publique. Ils le font aussi parfois «par principe».

Cela dit, beaucoup optent pour l'école privée parce qu'ils peuvent trouver que leur enfant manque d'opportunités de développement à l'école publique. Ils peuvent aussi penser qu'il y a beaucoup d'élèves «perturbateurs» qui la fréquentent et c'est pourquoi ils vont finir par payer pour l'école privée. Ils ont un enfant, ou deux. Ils souhaitent le meilleur pour eux. Tout ça est compréhensible.

Est-il vrai que, à l'école privée, il y a plus d'opportunités de développement et moins d'élèves perturbateurs? Dans le grande majorité des cas, c'est certain. Ces écoles offrent souvent de superbes options aux élèves et, malgré qu'elles soient majoritairement subventionnées par l'État, elles n'ont finalement aucune réelle responsabilité face aux élèves en difficulté. Elles ont le droit de les accepter ou non, tout comme elles ont le droit de les garder pour cinq ans, ou pas. Et comme elles font en plus passer des examens d'admission, elles s'assurent une certaine qualité d'élèves.

L'école publique se retrouve ainsi obligatoirement avec «les restes». Elle a la responsabilité de s'occuper de tous les élèves québécois. Sa tâche est colossale et ses moyens, souvent limités. Et après, on la blâme pour ses mauvais résultats, les parents ont peur pour leurs enfants, etc.

La véritable question est: veut-on que l'école publique devienne un bassin pour élèves en difficulté issus de milieu populaire?

Un résidant du Vermont m'a récemment fait remarquer que nous, au Québec, jouissions d'une grande liberté, car nous pouvions envoyer gratuitement nos enfants dans de bonnes écoles. Et il a raison: c'est une véritable liberté.

Donc, nos écoles publiques sont-elles aujourd'hui dans un état lamentable? Je vous l'assure, nos écoles publiques sont loin d'être mauvaises. Les profs ne sont pas meilleurs au privé qu'au public, même que d'expérience personnelle, j'ai trouvé plus d'audace, de force morale et de qualités pédagogiques chez mes camarades du public. Cela dit, pour toutes ces raisons que vous comprendrez, j'y ai vu aussi plus d'épuisement, de frustration et de découragement. L'école publique n'est pas dans un état lamentable mais je pense que nous nous devons qu'elle ne le devienne pas.

Je suis toutefois un peu dans le secret des dieux éducationnels et je peux vous le dire, oui, l'automne s'annonce caniculaire. Ce qu'on revendique? Une éducation publique de grande qualité. J'espère que le débat restera centré sur cette idée. Et il est toujours bon de se rappeler que c'est pour nos enfants qu'on fait ça.

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