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10/08/2018 13:48 EDT | Actualisé 10/08/2018 13:57 EDT

Qui suivra Trump dans sa campagne contre l’Iran?

À travers ses récentes décisions de politique étrangère, le président Trump semble vouloir créer des contextes lui permettant de se présenter comme le sauveur de la situation.

À la suite du retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, l'administration Trump a réinstauré, cette semaine, des sanctions économiques contre l'Iran.
Jonathan Ernst / Reuters
À la suite du retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, l'administration Trump a réinstauré, cette semaine, des sanctions économiques contre l'Iran.

À la suite du retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, l'administration Trump a réinstauré, cette semaine, des sanctions économiques contre l'Iran et annoncé une seconde série de sanctions qui entreront en vigueur en novembre.

En faisant pression sur Téhéran, Washington souhaite ramener les Iraniens à la table de négociations en vue de conclure un accord plus complet que celui signé par Obama en 2015. En tenant mordicus à sa promesse électorale, le président Trump risque toutefois de perdre son pari et d'isoler les États-Unis sur le plan diplomatique.

Pourquoi faire pression sur l'Iran maintenant?

En mai dernier, le président Trump annonce le retrait américain de l'accord sur le nucléaire iranien pour forcer une nouvelle ronde de négociations et conclure un meilleur accord que son prédécesseur, ce à quoi il s'était engagé en campagne électorale. Les sanctions réinstaurées cette semaine ont donc pour objectif d'accentuer la pression sur Téhéran: elles visent en premier lieu les transactions financières, le commerce de métaux, le secteur de l'automobile, l'achat d'avions commerciaux et certaines importations, auxquels s'ajouteront les secteurs pétrolier et énergétique en novembre.

Par contre, la liste de demandes de Washington est ambitieuse, voire irréaliste. Comme l'expliquait John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, en entrevue à Fox News, les États-Unis veulent freiner non seulement les ambitions nucléaires iraniennes, mais aussi leur programme de missiles balistiques.

Néanmoins, l'enjeu qui irrite le plus l'administration Trump en ce moment n'est pas le programme d'armement de l'Iran, mais plutôt l'intervention de Téhéran dans la région, notamment en Syrie et au Liban, et l'appui du gouvernement iranien à certains groupes terroristes, dont le Hezbollah. Or, il est impensable que l'Iran accepte de négocier sur ces éléments, puisque cela reviendrait à renoncer à une partie de sa politique étrangère.

L'éternel «vous êtes avec nous ou contre nous»

Dans un tweet publié mardi, le président Trump a affirmé que «quiconque faisant des affaires avec l'Iran ne fera PAS d'affaires avec les États-Unis». Pour l'instant, ses menaces ne semblent pas avoir l'effet escompté.

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En effet, plutôt que de suivre les États-Unis dans leur démarche, l'Union européenne, soucieuse de préserver l'accord avec l'Iran, incite ses compagnies à continuer d'investir et de commercer en Iran. Bruxelles a adopté une loi de «blocage» servant à protéger les compagnies qui souhaitent faire affaire en Iran contre l'effet potentiel de sanctions américaines.

En réponse aux menaces de Trump, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a encouragé cette semaine les compagnies européennes à faire fi des menaces américaines et à accroître leurs activités commerciales en Iran. Cela étant dit, certaines entreprises, dont Siemens, Total et Peugeot, ont déjà annoncé leur intention de quitter l'Iran, par peur de représailles. L'efficacité des sanctions et des menaces américaines dépendra donc en partie des décisions des entreprises multinationales faisant affaire en Iran, ce qui est hors du contrôle de Washington.

Les États-Unis sont seuls à faire pression sur l'Iran.

Les sanctions américaines auront donc probablement un effet moins significatif cette fois-ci, puisque contrairement au contexte entourant la signature l'accord en 2015, les États-Unis sont seuls à faire pression sur l'Iran. Ainsi, bien qu'ils perdent l'accès à l'un des plus importants marchés mondiaux, les Iraniens conservent leurs plus importants partenaires commerciaux, dont la Chine et l'Union européenne.

Un pari risqué

À travers ses récentes décisions de politique étrangère, le président Trump semble vouloir créer des contextes lui permettant de se présenter comme le sauveur de la situation. Pensons notamment à l'escalade verbale avec la Corée du Nord qui a, en fin de compte, mené au sommet entre Trump et Kim Jong-un, ou encore à ses attaques répétées contre les tarifs supposément déloyaux de l'Union européenne, qui se sont subitement transformées en louanges pour la politique commerciale européenne dès sa rencontre avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker.

Habile tactique de relations publiques, mais stratégie de politique étrangère téméraire qui risque de ne pas porter fruit.

Dans ces deux situations, tout comme dans le cas de l'Iran d'ailleurs, la stratégie de Donald Trump semble être de mettre le feu aux poudres, pour ensuite créer un climat propice à la réconciliation et pouvoir démontrer à sa base qu'il peut, grâce à son unique talent de négociateur, résoudre les situations les plus tendues. Habile tactique de relations publiques, mais stratégie de politique étrangère téméraire qui, dans le cas de l'Iran, risque de ne pas porter fruit.

En effet, le président Rohani, pourtant relativement modéré et favorable à l'ouverture de l'Iran, a décliné l'invitation de Trump et refuse d'engager de nouveaux pourparlers. De plus, les autres signataires de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien - l'Union européenne, la Russie et la Chine – ont tous fortement critiqué le retrait des États-Unis de l'accord en mai dernier, et font tout en leur pouvoir depuis ce temps pour tenter de maintenir cet accord en donnant à l'Iran de bonnes raisons de respecter ses engagements quant à son programme nucléaire.

Après avoir claqué la porte et renié les engagements américains, l'administration Trump a perdu son pari et fait maintenant cavalier seul dans ce dossier. Avec aussi peu de carottes et un énorme bâton, il y a fort à parier qu'il faudra beaucoup de temps avant que Washington rétablisse un lien de confiance et obtienne des concessions de Téhéran.

Donald Trump a basé sa carrière – et tente maintenant de construire sa politique étrangère – sur son talent de négociateur. L'Iran serait-il son Waterloo?

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