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08/03/2015 08:49 EDT | Actualisé 08/05/2015 05:12 EDT

Égalité: tout n'est pas gagné, mais tout est encore possible

«Est-ce que le féminisme est encore pertinent aujourd'hui?» Pour répondre à la question, il faut en poser une autre: l'égalité entre les femmes et les hommes est-elle entièrement atteinte au Québec et ailleurs dans le monde?

Chaque année, aux alentours du 8 mars, on me demande invariablement : «Est-ce que le féminisme est encore pertinent aujourd'hui?» Pour répondre à la question, il faut en poser une autre: l'égalité entre les femmes et les hommes est-elle entièrement atteinte au Québec et ailleurs dans le monde? Non. Évidemment. Alors, nous avons notre réponse.

La nuance que j'apporterais, c'est que les défis et les inégalités qui persistent dans les rapports femmes-hommes au Québec ne se situent plus là où on les attendait auparavant. Avec les changements sociaux auxquels on a assisté au cours des dernières décennies, les inégalités sont devenues parfois plus subtiles, ou en tout cas, moins visibles aux yeux de certains.

Pourtant, peu importe où l'on regarde, les femmes continuent de vivre des discriminations parce qu'elles sont des femmes. Revenus inférieurs à ceux des hommes, violence sexuelle et conjugale toujours bien présente, discrimination à l'embauche, faible représentation dans les lieux de pouvoir, etc. Le portrait est plus sombre qu'il n'y paraît au premier coup d'œil.

On a longtemps dit (et on dit encore) aux filles que le plus important, c'est d'obtenir un diplôme, pour pouvoir gagner un bon salaire. Le discours a porté ses fruits, puisque les filles sont désormais majoritaires dans les universités. En 2012, elles représentent plus de la moitié des diplômés de maîtrise (54 %). Au doctorat, elles sont près de la parité (47 % en 2012).

Cette forte présence dans les universités n'est pourtant pas garante d'une égalité automatique en matière de revenus. Lorsqu'elles s'insèrent en emploi, les jeunes femmes ne récoltent pas les bénéfices espérés de leur scolarisation poussée. Quel que soit leur niveau d'études, les femmes touchent, à leur entrée sur le marché du travail, un salaire hebdomadaire brut inférieur à celui des hommes. Par exemple, en 2013, celui des femmes diplômées du baccalauréat se chiffre à 880 $ et celui des diplômées de la maîtrise à 1 149 $. Leurs confrères touchent respectivement 995 $ et 1 272 $. Cela signifie que les bachelières touchent, chaque semaine, un salaire correspondant en moyenne à 90 % de celui de leurs confrères.

Concrètement, cela se traduit par le fait que, bien que les femmes soient majoritaires dans les universités, dans les faits la majorité d'entre elles n'ont pas des carrières de politicienne, d'ingénieure, de scientifique, de réalisatrice. Elles sont à 80 % soit secrétaires, infirmières, médecins, enseignantes, caissières, éducatrices en garderie, bref, dans des métiers de service, où l'on prend soin des autres.

Une réalité qui s'observe aussi dans les lieux de pouvoir. En politique, on ne compte que 27 % de femmes députées à l'Assemblée nationale (une baisse de 5 % par rapport à la précédente élection générale). Le Conseil du statut de la femme mène en ce moment une recherche au sujet de la présence des femmes en politique, pour évaluer si des mesures devraient être mises en place. Cette recherche devrait être publiée d'ici l'automne prochain.

Toujours animé par le désir d'améliorer les conditions de vie des femmes, le Conseil mène également des recherches sur d'autres enjeux actuels, notamment, le partage du congé parental, la maternité pour autrui, les agressions à caractère sexuel, et la sexualité des adolescentes.

Prendre acte du chemin qu'il reste à parcourir, ce n'est pas être pessimiste ou fataliste. En réalité, je suis tout à fait optimiste pour l'avenir; surtout quand j'observe les jeunes générations et que je les vois s'approprier de plus en plus l'idée de l'égalité femmes-hommes. Au Conseil, pour la Journée internationale des femmes, nous avons justement décidé cette année de donner la parole aux jeunes, pour voir de quelle façon elles et ils perçoivent les inégalités de sexe. Et ce que ces femmes et ces hommes de demain ont à dire est bien surprenant. Lorsqu'on prend le temps de les laisser s'exprimer sur cette question, les jeunes réalisent - et nous font réaliser - que tout n'est pas gagné, mais que tout est encore possible.

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