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12/02/2013 04:28 EST | Actualisé 14/04/2013 05:12 EDT

Pourquoi j'écris

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Tout d'abord, bonjour chers lecteurs du Huffington Post Québec. Pourquoi j'écris? J'écris par nécessité. J'écris parce que, selon moi, il est plus qu'urgent que le peuple québécois prenne en main son destin et s'affranchisse enfin de la tutelle du néocolonialisme canadien qui l'empêche d'exister. Parce que c'est bien de ça dont il est question, exister. Exister en tant que peuple.

L'urgence me saute aux yeux lorsque je regarde Stephen et sa bande gouverner. Je me dis que le peuple québécois doit bien s'apercevoir qu'il n'a rien à voir avec cette farce monumentale qu'est le Canada. Alors j'écris. Avec l'espoir qu'un jour, le peuple se lèvera et se dotera enfin d'un état. Ainsi nous pourrons commencer le vrai travail. Peut-être qu'à ce moment je cesserai d'écrire et je ferai autre chose, mais en attendant, j'ai hâte que le vrai travail commence, alors j'écris.

J'écris aussi par solidarité. Par solidarité avec d'autres êtres humains, ouvriers, paysans, chômeurs, intellectuels, artistes, ici et ailleurs, qui, eux aussi, luttent chaque jour pour leur liberté. Par solidarité avec d'autres peuples qui, eux aussi, aspirent à une vie meilleure, à un monde plus juste. J'écris par conviction, parce que je crois qu'il est irresponsable de laisser le débat public entre les mains d'une clique de mercenaires au service du statu quo. Vous verrez à travers les semaines que j'ai souvent des opinions très tranchées. Je n'ai pas le monopole de la vérité et en toute humilité, je n'ai pas peur de le reconnaître quand j'ai eu tort. Par contre, j'ai rarement tort, parce je ne parle pas de ce que je ne connais pas bien et d'ailleurs je me méfie des donneurs perpétuels d'opinions.

J'écris pour quelque chose - la liberté -, mais j'écris également contre quelque chose. J'écris contre l'injustice. J'écris contre la bêtise. Contre l'hypocrisie. Contre la lâcheté. Contre la trahison. Contre le mensonge. Vaste programme en effet. Je m'assume. J'assume aussi mes prises de position. Toutes.

Je n'ai pas peur de dire que j'ai appuyé le mouvement étudiant pendant le Printemps érable. J'ai marché avec eux, j'ai milité avec eux, j'ai manifesté avec eux. Nous avons manifesté ensemble. Je ne crains pas non plus d'avouer ma sympathie et mon admiration pour des gens comme Malcolm X ou Hugo Chavez. Je ne le crains pas parce que je me réclame d'eux. Ils sont mes maîtres à penser comme le sont Sankara, Arafat, Gandhi, Reggie Chartrand, Emiliano Zapata, Pancho Villa, Bourgault, et aussi mon propre père. Je crois que j'écris aussi parce que je lis. Je suis persuadé qu'on ne lit pas assez en général et qu'on dévalorise la lecture au profit de l'écran. Peut-être que j'écris également parce que vu l'urgence de la situation, écrire est plus simple et moins long que faire des films.

Le billet de Jules Falardeau se poursuit après la galerie

Manifestation étudiante du 22 août 2012

J'écris parce que j'aime les mots et j'aime la langue française. Je parle anglais, très bien même, mais je me refuse à le parler au Québec, par principe. Sans doute parce que j'ai été mal élevé. Ainsi donc à écouter certains mercenaires du merveilleux monde des médias, la connaissance et la pratique de l'anglais démontre une preuve d'ouverture sur le monde. Tiens donc, quel monde? Le monde des affaires? Le monde d'Hollywood, de Wal-Mart et de Pepsi? Le monde « mondialisé » dirigé par l'impérialisme culturel, idéologique et militaire anglo-américain? Dans ce cas-ci parler français devient un acte de résistance. Tant pis, je resterai dans mon monde, avec d'autres, et nous continuerons à utiliser notre dialecte tribal, notre sale parlure.

Mes enfants aussi seront mal élevés et resteront en dehors de cette formidable terre d'opportunité qu'est le Commonwealth. Tant pis. À la place d'apprendre la lâcheté et la soumission, ils apprendront la dignité et la fierté. Je les enverrai vivre en Bolivie. Ils apprendront l'espagnol, le quechua ou le guarani, histoire de se fermer davantage sur le monde. D'ailleurs, les Boliviens nous ont récemment démontré leur étroitesse d'esprit : la chaîne de restauration rapide McDonald's a été obligée de fermer ses succursales dans le pays parce que les Boliviens n'y allaient pas assez. Quelle bande de sauvages. Refuser ainsi la civilisation. Quel manque de gratitude. Vous remarquerez sans doute que j'affectionne particulièrement le sarcasme et qu'il m'arrive de m'égarer. Vous me pardonnerez, je ne suis qu'un descendant de porteur d'eau.

Je vous laisserai sur une observation et un questionnement. Vous vous souvenez de Richard Henry Bain? Ce sympathique personnage qui tua une personne, en blessa une autre et tenta d'abattre la première ministre. Avez-vous remarqué la même chose que moi dans la vidéo de son arrestation? Les policiers l'escortent presque cordialement et lorsque Bain prononce sa célèbre phrase « les Anglais se réveillent », on entend clairement un policier l'interpeller par son prénom (à la 47e seconde) . Richard, Richard. Et avec l'accent en plus, « Ritcherde ». J'aimerais bien qu'on m'explique cette proximité et cette familiarité des agents du SPVM à l'égard d'un meurtrier. Est-ce dans le code de déontologie? Lorsqu'on a affaire à un meurtrier, on l'appelle par son prénom? Je n'ai pas senti une seule fois cette courtoisie et cette proximité lorsque les policiers appréhendaient des manifestants pacifiques lors de la crise étudiante. Peut-être est-ce dans la psychologie du corps policier d'entretenir un bon rapport lorsqu'on arrête un meurtrier. Je me demande lorsque Robert Pickton a été arrêté, l'appelaient-ils Bobby? Ou peut-être est-ce le fait que Bain ait voulu abattre des « séparatistes », qui lui a valu ce traitement cordial. Si vous avez la réponse à cette question, n'hésitez pas à me la faire connaître.

Pour conclure, je me dois de remercier Arielle Grenier, sans qui je n'aurais peut-être pas accès à cette tribune. Alors que tout nous oppose politiquement et idéologiquement, elle n'a pas hésité à me mettre en contact avec l'équipe de rédaction. C'est un geste qui l'honore et qui sait, peut-être qu'à force de lire mes chroniques, son carré passera tranquillement du vert au rouge.

Je vous laisse sur une citation.

« Nous avons jusqu'ici tendu l'autre joue. Les gifles ont été redoublées. Mais le cœur du méchant ne s'est pas attendri » - Thomas Sankara.

À bientôt