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18/02/2013 12:57 EST | Actualisé 20/04/2013 05:12 EDT

Je ne suis pas Américain

AP

Cette chronique est une réponse au commentaire d'un lecteur sur ma précédente chronique. Ne vous inquiétez pas, je ne ferai pas cela chaque semaine, mais je me dois de préciser quelques points. Ainsi donc mes maîtres à penser ne seraient pas « valables », sauf Gandhi. Très bien cher ami. J'accepte la critique. Vous avez entièrement le droit d'être en désaccord avec moi, liberté d'expression oblige, cependant ça ne veut pas dire que vous ayez raison.

Sur certains sujets, les opinions se valent. Si vous préférez Wayne Gretzky à Mario Lemieux, si vous préférez Rihanna à Beyoncé, ou si préférez le chocolat à la vanille, qui pourrait, rationnellement, s'opposer à une telle prise de position? Dans d'autres cas, ce n'est pas vrai que toutes les opinions se valent. Nier ainsi la contribution historique des révolutionnaires mexicains fait la preuve, soit d'une méconnaissance totale de l'histoire de ce pays, soit d'une malhonnêteté évidente. Dois-je vous rappeler que c'est grâce à ces gens et à leurs actions que le Mexique a pu se sortir d'une dictature de plus de 30 ans communément appelée « Porfiriat ». Qu'est-ce qui n'est pas valable là-dedans? La réforme agraire qui devait aider les paysans à vivre enfin décemment? Il aurait fallu que ces types restent assis, baissent la tête et continuent de se faire saigner à blanc par le pouvoir en place?

Et que dire de Thomas Sankara. Probablement l'un des plus grands hommes d'État africain, assassiné par son meilleur ami, Blaise Compaoré, supporté par la France, qui règne sur le Burkina Faso depuis 1987. Qu'a donc fait Sankara pour ne pas avoir le droit d'être valable à vos yeux? Tenter de trouver des solutions pour sortir de la faim l'un des peuples les plus pauvres du globe, ce n'est pas valable? L'autosuffisance alimentaire, est-ce valable? Les réformes qui permirent l'émancipation des femmes, est-ce valable? La réduction des privilèges pour les élus, remplaçant par exemple les Mercedes de fonction par des voitures plus modestes, est-ce valable?

Peut-être que vous avez raison cher ami, peut-être que ces grands hommes ne sont pas valables. Peut-être auriez-vous été d'accord avec moi si j'avais eu pour maître à penser Steve Jobs, Warren Buffet, Donald Trump, Martha Stewart, Barrack Obama ou le clown Ronald McDonald. Peut-être que ça vous aurait moins choqué. Désolé, je suis ainsi fait. Je prends le parti des opprimés et non des oppresseurs. C'est pour cette raison que je ne suis pas Américain. Je ne le serai jamais. Je refuse d'être appelé ainsi.

J'ai de la sympathie pour le peuple des États-Unis, mais je déteste ses dirigeants. Je ne déteste pas tout ce qui est Américain, mais je déteste le système qu'ils ont mis en place ( je devrais peut-être utiliser le mot « étatsunien », mais je trouve le mot trop horrible). Je déteste leur star-système, je déteste leur opulence, leur impérialisme culturel, leur arrogance, leur attitude belliqueuse. Désolé, mais les États-Unis n'apportent pas la démocratie à l'étranger, il n'a jamais été question de cela.

Jamais je ne leur pardonnerai ce qu'ils ont fait en Iran en 1953, ce qu'ils ont fait au Vietnam, au Chili en 73, au Congo en 61, au Nicaragua, au Guatemala, en Grèce, en Haïti, à Panama, et j'en passe. Le principe est toujours le même. Lorsqu'un dirigeant n'est pas sous leurs ordres et se met même, ô offense suprême, à court-circuiter leurs compagnies minières, pétrolières ou mêmes fruitières, en nationalisant certaines ressources naturelles, ils se mettent d'abord à le diaboliser à travers leurs médias de masse. Ce qui est ensuite repris par d'autres médias corporatistes du monde entier. Puis ils se donnent la légitimité morale d'intervenir à travers les organismes qu'ils financent et qu'ils contrôlent, l'ONU, Human Right Watch, Reporters sans frontières, le FMI, la Banque Mondiale, qui tous en cœur se mettent à « dénoncer » des violations commises et font pression sur le régime du dirigeant en question.

Techniquement, ils ne sont pas forcés d'intervenir directement, ils peuvent armer et financer l'opposition, ça paraît parfois plus démocratique aux yeux de la communauté internationale. Voilà ce qu'ils avaient tenté une fois de plus en 2002, au Venezuela. Voilà pourquoi j'accorde autant d'importance à cet événement, parce que les Vénézuéliens ne sont pas tombés dans le panneau et ont résisté. Voilà pourquoi mes maîtres à penser sont mes maîtres à penser. Valable ou pas à vos yeux cher ami, mais ils auront au moins le mérite d'avoir résisté à quelque chose, à un ordre établi, à une pensée unique, à une oligarchie en place.

Et en passant, un pays comme les États-Unis, au bord de l'éclatement social et où règne un tel niveau d'inégalité, ne devrait plus jamais être mentionné comme un exemple de réussite. Soyons cohérents.

PS. Si le sujet du coup d'État manqué de 2002 vous intéresse, il existe un très bon documentaire intitulé « La révolution ne sera pas télévisée ». https://www.youtube.com/watch?v=ElCkAgUx7og