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20/11/2018 06:00 EST | Actualisé 20/11/2018 06:00 EST

Éducation: M. Roberge, devenez le défenseur du personnel enseignant

Nous avons vu trop de ministres travailler seuls, convaincus de la justesse de leur position élaborée par des fonctionnaires et des «experts» qui ne sont pas dans nos écoles et nos centres.

La valorisation passe par des conditions de travail respectueuses, par la confiance en notre professionnalisme et par la reconnaissance de notre autonomie.
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La valorisation passe par des conditions de travail respectueuses, par la confiance en notre professionnalisme et par la reconnaissance de notre autonomie.

Monsieur le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge,

Nous vous remercions pour les bons mots que vous avez adressés aux enseignantes et enseignants dans votre lettre ouverte, soulignant leur apport inestimable à la réussite de la mission du réseau de l'éducation. Vous avez bien raison de faire l'éloge de leur professionnalisme; ils portent l'école à bout de bras depuis trop longtemps déjà, tandis que leur expertise et leur engagement ne sont plus à démontrer.

En ce début de mandat, vous affirmez être attentif à nos défis pour qu'ensemble, nous nous donnions les moyens de faire encore mieux pour le Québec. Au-delà des mots, le personnel enseignant réclame des actions concrètes, car nos défis sont vraiment nombreux: la composition des classes est clairement problématique, les services sont insuffisants pour répondre aux besoins des élèves et pour soutenir le personnel enseignant, la concurrence découlant de l'école privée et des projets particuliers mine le réseau, la pression à la réussite statistique en fait craquer plus d'un.

La valorisation passe par des conditions de travail respectueuses, par la confiance en notre professionnalisme et par la reconnaissance de notre autonomie.

Les salaires les moins concurrentiels du Canada n'encouragent pas les jeunes à faire carrière en enseignement et ne retiennent pas les plus expérimentés non plus. L'importante précarité désillusionne les plus optimistes, et la violence trop souvent banalisée contamine les milieux de vie. Je ne passerai pas sous silence non plus les défis des enseignantes et enseignants de la formation générale des adultes, qui manquent cruellement de soutien, ou ceux de la formation professionnelle, qui ont besoin de ressources pour aller plus loin.

Notre profession est en souffrance, monsieur le ministre

Au cours de la dernière décennie, on a beaucoup demandé aux enseignantes et enseignants, mais on ne nous a rien donné en retour. La valorisation passe par des conditions de travail respectueuses qui permettent de souffler, par la confiance en notre professionnalisme et par la reconnaissance de notre autonomie.

Il ne s'agira pas d'être le porte-parole de votre gouvernement auprès des enseignantes et enseignants, mais bien d'être le défenseur du personnel enseignant face à celui-ci.

Votre défi à vous sera d'être à l'écoute du personnel enseignant tout au long de votre mandat, et particulièrement durant les négociations. Il ne s'agira pas d'être le porte-parole de votre gouvernement auprès des enseignantes et enseignants, mais bien d'être le défenseur du personnel enseignant face à celui-ci.

Votre défi implique que vous nous consultiez réellement pour bâtir un réseau à la hauteur des ambitions de celles et ceux qui y travaillent. Les structures de la FSE permettent de larges dialogues avec les enseignantes et enseignants de tous les secteurs. Je vous invite à solliciter ces échanges.

Nous avons vu trop de ministres travailler seuls, convaincus de la justesse de leur position élaborée par des fonctionnaires et des «experts» qui ne sont pas dans nos écoles et nos centres. Nous les avons vus se cogner le nez sur la réalité. Nous constatons tous ensemble l'état du réseau qui, heureusement, produit encore son lot de petits miracles quotidiens.

Monsieur le ministre, vous avez cette belle ambition inspirée par ce début de mandat et la page blanche qui l'accompagne. Vous êtes invité à écrire une belle histoire, sans pression ni compression, qui ne soit pas écrite au «je», mais bien au «nous».

Je suis d'accord avec vous, faisons encore plus et mieux pour le Québec d'aujourd'hui et de demain. Faisons-le avec les enseignantes et enseignants.

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