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29/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 29/03/2018 09:00 EDT

Steven Guilbeault serait-il à deux doigts d’une candidature libérale?

Moi, en tout cas, je mets un petit deux sur une candidature de Guilbeault pour le PLQ dans un comté sur pour l'élection d'octobre.

Steven Guilbeault est le cofondateur d'Équiterre.
La Presse canadienne/Mario Beauregard
Steven Guilbeault est le cofondateur d'Équiterre.

La semaine dernière, le gouvernement libéral a avoué ce que tout le monde savait – il a tellement mal travaillé en matière environnementale qu'il est désormais impossible que le Québec atteigne ses cibles de réduction des Gaz à effet de serre pour 2020. Toute la politique Charest-Couillard des 15 dernières années à ce sujet n'était que de la poudre aux yeux de relations publique.

Les journalistes se sont instinctivement tournés vers Steven Guilbeault pour obtenir son commentaire. Oui, car au cours des années, Guilbeault est devenu le symbole du mouvement écologiste, son porte-parole le plus connu.

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On s'attendait ainsi à une grande sévérité de sa part envers l'escroquerie environnementale libérale.

Étrangement, on a plutôt droit à des louanges...

En effet, au micro de Michel Auger, on l'entend dire : « Le bilan que le ministère a lui-même préparé est d'une grande transparence et d'une grande candeur quant à ce qui fonctionne, mais aussi quant à ce qui ne fonctionne pas [...] Il y a des choses qui fonctionnent bien dans ce qu'on fait, mais la ministre a été très candide, il y a place à l'amélioration. »

Y a-t-il une différence entre cette réponse et les lignes écrites par le service de presse de la ministre? On en doute.

Mais comparons maintenant avec la réaction d'un autre environnementaliste, Normand Mousseau, de l'UdeM: «Le bilan lui-même est extrêmement négatif. En gros, c'est presque un échec total de la politique. »

On pourrait dire de M. Guilbeault qu'il est peut-être mesuré dans sa réaction. Qu'il cherche la convergence, plutôt que la divergence. Ce n'était pourtant pas le cas quelques jours plus tôt. Alors que le Parti Québécois s'apprêtait à annoncer son « Grand déblocage », la tribu écologiste s'est levée ce matin-là en recevant un tweet cassant de Guilbeault le vert :

On savait que Guilbeault avait appuyé le projet du REM depuis longtemps. Plusieurs autres le faisaient, mais par dépit, sachant que le BAPE et plusieurs spécialistes indépendants en avaient dénoncé les travers.

Mais, bon, c'était le seul projet disponible. Mieux que rien. Or, voilà que Guilbeault apprend que le PQ va déposer un projet alternatif, beaucoup plus ambitieux. Le REM est mieux que rien, mais est-il mieux que le projet du PQ?

Le REM est mieux que rien, mais est-il mieux que le projet du PQ?

La réaction du directeur principal d'Équiterre est-elle de d'abord prendre connaissance du projet? De soupeser ses avantages et de les comparer avec ceux du REM? De consulter ses membres? Non.

Guilbeault dénonce avant de savoir. Pourtant, sur place, après la présentation et documents en mains, d'autres écologistes, dont André Bélisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution, voient tout de suite l'extrême supériorité du Grand déblocage face au REM : 9 fois plus de GES éliminés, 80 fois plus de voitures retirées de la circulation, 400 000 déplacements électrifiés de plus.

Pour le même investissement, sur le même échéancier, « la meilleure proposition qu'il nous ait été présenté à date pour répondre à la congestion chronique et grandissante dans la grande région de Montréal, » a affirmé Belisle. Patrick Bonin, de Greenpeace, est à peine moins élogieux.

Florence Joncas-Adenot, l'ex-présidente de l'Agence métropolitaine de transport, est d'ailleurs du même avis. Le REM nuit à une saine planification de la mobilité à Montréal. Le Grand déblocage, lui, répond aux vrais besoins, aux bons endroits.

Guilbeault, lui, est « ahuri » et fait la tournée des médias pour en dire du mal, dans des mots qui auraient pu être écrits, cette fois, par le service de presse de la Caisse.

Le plus drôle dans son tweet est l'affirmation que les gens de l'Est de Montréal appuient le REM. Ce sondage doit exister, mais ils appuient le REM comme ils appuient la NASA, ça ne leur apporte strictement rien.

Que Guilbeault fasse un sondage proposant aux 600 000 résidents de l'Est de Montréal de choisir entre un REM à l'ouest de l'île et un Grand Déblocage qui offre trois projets, dont un tramway, dans l'Est, et on pourra parler sérieusement...

Guilbeault : un récidiviste du compagnonnage libéral?

Comment expliquer que Steven Guilbeault soit si prompt à excuser les libéraux et à défendre le projet de la Caisse de dépôt? Difficile à dire, si on ne place pas ses positions dans une trame plus longue.

Comment expliquer que Steven Guilbeault soit si prompt à excuser les libéraux et à défendre le projet de la Caisse de dépôt?

Le mouvement environnemental se souvient fort bien que Guilbeault leur a plusieurs fois faussé compagnie. Alors que la société civile se mobilisait en 2003 contre la construction au Suroît d'une centrale électrique au gaz naturel, Guilbeault avait affaibli leur front commun en affirmant qu'il « n'était pas dogmatique » envers cet hydrocarbure et qu'il pourrait y avoir de bonnes raisons de choisir cette voie. Sans lui, et un peu malgré lui, le projet de centrale du Suroît est mort et enterré.

Dans le dossier du port méthanier de Rabaska, en 2007, toutes les organisations environnementales s'opposaient à cet investissement majeur dans une usine de liquéfaction de gaz naturel et prévoyaient une manifestation demandant un moratoire sur l'établissement de ports méthaniers au Québec. Mais la veille de la manif, Guilbeault envoie à ses membres un message étonnant où on lit que « ce dossier est très complexe et nous préférons l'analyser avant de descendre dans la rue. » Ah bon?

Peu après, Guilbeault cosigne une lettre ouverte avec le président d'alors de la FTQ, favorable au projet, pour en vanter les mérites.

Dans les milieux écolos, on raconte que ce retournement fut la goutte de gaz liquéfié qui a fait déborder le vase de Laure Waridel. Elle a alors quitté d'Équiterre, dont elle était pourtant la cofondatrice.

Mais c'est dans le dossier très chaud des gaz de schiste que la proximité entre Guilbeault et le gouvernement libéral a été la plus choquante. La pression populaire fut terrible pour faire reculer le gouvernement Charest en 2010-2011.

Afin de sauver la face, le gouvernement décide de tenir une Évaluation Environnementale Stratégique sur le sujet et offre un poste de commissaire au mouvement écologiste. Pas moins de 44 groupes font ainsi un consensus sur deux candidats pour le poste.

Cependant, Guilbeault court-circuite ses alliés en proposant à la place son ami François Tanguay, également issu du mouvement écologiste, mais devenu depuis, régisseur à la Régie de l'Énergie. La nomination suscite un tollé, mais fait l'affaire, bien entendu du gouvernement Charest.

Guilbeault : la caution écologiste au REM

Depuis le début, l'enthousiasme de Steven Guilbeault envers le REM est suspect. Le rapport du BAPE était dévastateur envers le projet. Citons seulement cet extrait : « La part du transfert modal de l'automobile vers le REM serait minime selon les études commandées par CDPQ Infra. La quasi-totalité de l'achalandage du REM proviendrait des usagers actuels du transport en commun qui empruntent déjà̀ le pont Champlain. Plusieurs usagers qui accèdent actuellement au centre-ville par un lien direct en autobus devront prendre une correspondance à l'une des stations du REM pour faire le même trajet. Selon certains experts, ce changement pourrait entraîner un temps de parcours plus long pour ces usagers ».

Le BAPE n'était pas le seul à soulever des craintes. Dans son évaluation, le Ministère des Transports du Québec affirmait que « le choix du mode [le skytrain] n'est pas clairement démontré comme étant le seul mode pouvant répondre aux besoins. Un comparatif entre les différents modes serait pertinent. » Ce comparatif n'a jamais eu lieu. Quant au Ministère de l'Environnement, il s'inquiétait de la faiblesse de la réduction des GES. Avec raison.

Il est quand même curieux qu'un écologiste comme Guilbeault soit moins sévère envers le REM que les ministères eux-mêmes, sans parler du BAPE.

Il est quand même curieux qu'un écologiste comme Guilbeault soit moins sévère envers le REM que les ministères eux-mêmes, sans parler du BAPE. En fait, le label « Équiterre » qu'il offre à la Caisse de dépôt est inestimable pour donner un vernis vert à un projet aussi peu écologique. On accuse les entreprises de faire du « green washing » pour moins que ça.

Mais si le jupon ne dépassait pas suffisamment pour être vu au grand jour, l'attaque préventive de Guilbeault contre le projet du PQ – qu'il ne connaissait même pas, rappelons-le – offre sans doute la pièce à conviction la plus décisive.

Ce matin-là, Steven Guilbeault n'était pas au service de l'écologie, du bien commun, de la lutte au réchauffement climatique. Il était au service des libéraux et de la Caisse de dépôt.

Moi, en tout cas, je mets un petit deux sur une candidature de Guilbeault pour le PLQ dans un comté sur pour l'élection d'octobre.

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