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14/03/2019 15:07 EDT | Actualisé 14/03/2019 15:13 EDT

Le pays s’éloigne et les conclusions de Jean-François Lisée

On ne peut réécrire l’histoire, mais j’estime encore aujourd’hui que Jean-François Lisée aurait fait un grand premier ministre…

Je n’ai pas encore eu la chance de lire le dernier livre de l’ex-chef du Parti Québécois qui s’intitule Qui veut la peau du Parti Québécois, mais j’ai cependant regardé l’entrevue de Jean-François Lisée à «Tout le monde en parle».
KARINE DUFOUR VIA RADIO-CANADA/TMEP
Je n’ai pas encore eu la chance de lire le dernier livre de l’ex-chef du Parti Québécois qui s’intitule Qui veut la peau du Parti Québécois, mais j’ai cependant regardé l’entrevue de Jean-François Lisée à «Tout le monde en parle».

Il est pathétique et consternant de voir le mouvement indépendantiste s'entredéchirer par des ego meurtris ayant oublié que la politique est l'art de la conciliation, permettant ainsi de faire avancer une cause.

D'ailleurs, celui-ci n'a pas réellement besoin d'ennemi pour perdre, car il s'autosuffit par lui-même.

Pour preuve, la dernière sortie de la députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier qui claque la porte de la formation politique qui l'a pratiquement mis au monde, le Parti Québécois.

Bien que certains comprennent partiellement ce qui a poussé la jeune députée de 26 ans à quitter le navire amiral de la souveraineté, il n'en demeure pas moins que ses explications n'ont convaincu personne et laissent par ailleurs perplexes la plupart des commentateurs politiques...

Je n'irai pas plus loin dans la logique obscure de Catherine Fournier puisque, comme disait ma défunte mère, une chatte y perdrait ses petits. Toutefois, j'y ajouterais ceci: ce n'est pas en se divisant qu'on se rassemble...

Je crois que Richard Martineau et Jonathan Trudeau ont très bien résumé la situation concernant cette défection...

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Le livre de Jean-François Lisée

Je n'ai pas encore eu la chance de lire le dernier livre de l'ex-chef du Parti Québécois qui s'intitule Qui veut la peau du Parti québécois, mais j'ai cependant regardé l'entrevue de Jean-François Lisée (JFL) à Tout le monde en parle.

Je suis en partie d'accord avec son analyse, surtout concernant les médias, mais je n'arrive toutefois pas aux mêmes conclusions au sujet de la stratégie employée par celui-ci contre Québec solidaire, et je m'explique.

Il est vrai à mon sens que Québec solidaire a poignardé le Parti québécois en manœuvrant pour que la convergence souverainiste échoue. Selon Véronique Hivon en mai 2017, les délégués de QS ont fait fi [...] de la volonté des sympathisants solidaires, qui appuieraient à hauteur de 87% une alliance électorale PQ-QS, selon un sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal. «On s'attendait à ce qu'ils acceptent au moins de s'asseoir pour travailler.»

Il est également vrai que QS — dans la dernière campagne — grimpait dans les sondages et que cette formation chauffait les fesses du PQ

Il faut également se rappeler que dans le comté de Rosemont, le candidat solidaire, qui avait juste avant flirté avec le PLC, Vincent Marrissal était une réelle menace pour monsieur Lisée.

Alors, selon les propos de JFL à Tout le monde en parle, à la lumière des sondages internes, celui-ci aurait, de sa propre initiative et sans en avertir sa garde rapprochée, décidé d'attaquer au débat des chefs, la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé concernant le véritable dirigeant de cette formation.

Toujours selon ses propos, sa stratégie aurait porté ses fruits puisque de ce fait, il aurait arrêté le transfert d'appui de son parti vers QS...

C'est exactement sur cette conclusion que je ne suis pas d'accord et je poursuis mon explication.

Il y a un adage qui dit «vaut mieux viser la Lune et atteindre l'aigle en vol que de viser l'aigle et de le rater». En attaquant Manon Massé lors du débat, JFL est entrée en mode panique et a visé le prix de consolation plutôt que de viser la médaille d'or.

Il ne faut pas oublier que le chef de la CAQ, François Legault, avait fait une solide bourde dans les jours précédents le débat en démontrant à quel point il n'était pas au fait des tenants et aboutissants concernant l'immigration au Canada.

Il faut également comprendre que l'enjeu majeur de cette élection était de déterminer quel parti est en mesure de remplacer les libéraux, puisque la population désirait fortement du changement.

En résumé, les gens ne votaient pas pour un parti, mais votaient contre les libéraux. Il s'agissait donc à ce moment de démontrer qu'elle est la meilleure formation politique pour remplacer le PLQ.

Si Lisée s'était concentré à attaquer Legault et à démontrer à la population qu'il était plus compétent et habile que ce dernier, il est fort probable qu'il serait encore le chef du Parti québécois, soit comme premier ministre dans un gouvernement minoritaire, soit comme chef de l'opposition, également dans un gouvernement minoritaire, et que Québec solidaire n'aurait probablement pas eu autant de députés élus...

Bien que JFL ait eu raison sur le fond avec ses propos concernant le véritable chef de QS, le «timing» de l'attaque et la réaction du modérateur Pierre Bruneau — aimé de tous ou presque — lui a octroyé une très mauvaise perception aux yeux du public. Il était, avec cet égarement, désormais trop tard pour renverser la vapeur.

Il s'agit donc à mon sens, de la grande erreur de JFL lors de cette campagne. Une erreur stratégique motivée par une blessure non cicatrisée — échec de la convergence souverainiste et coup de poignard de QS dans le dos du PQ — et par la panique relative aux sondages internes qui démontraient une montée de QS et à sa possible défaite dans son propre comté.

On ne peut réécrire l'histoire, mais j'estime encore aujourd'hui que Jean-François Lisée aurait fait un grand premier ministre...

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