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21/03/2018 09:00 EDT | Actualisé 22/03/2018 14:36 EDT

Manon Massé: le degré zéro du leadership

Sa lettre ouverte du 8 mars dans Le Devoir est une pièce d'anthologie de ressentiment et de mépris envers les hommes.

LA PRESSE CANADIENNE

Oui, Manon Massé a vécu une dure semaine. Accuser tous les hommes ayant été au pouvoir depuis 30 ans d'être membre d'une « clique » qui nuit à la cause des femmes est un peu fort de café.

C'est cependant un nuage sur un ciel presque entièrement bleu, tant les médias sont gentils avec elle en temps normal. Même en temps anormal, remarquez, car elle a eu droit à un superbe «publireportage» dans La Presse de ce samedi. Trois articles où était encensée cette femme «douce, honnête et engagée»

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Manon Massé a sûrement de grandes qualités. Il en faut pour se hisser en tête d'un parti où les factions idéologiques sont intransigeantes les unes envers les autres. Mais maintenant qu'elle est sacrée candidate QS au poste de premier ministre, pourquoi personne ne l'interroge-t-il sur son... manque de leadership?

Connaissez-vous une autre figure importante d'un parti qui est resté neutre pendant un débat crucial de son existence?

Connaissez-vous une autre figure importante d'un parti qui est resté neutre pendant un débat crucial de son existence? Ce fut le cas de Manon Massé. C'était juste l'an dernier, lorsque QS devait décider si, oui ou non, le parti devait négocier un pacte avec le PQ pour barrer la route au maintien du PLQ au pouvoir – ou à l'accession de la CAQ.

Dans ce débat capital, Amir Khadir avait une position claire : il était pour le pacte et faisait la tournée des circonscriptions pour le faire savoir, chiffres et graphiques à l'appui. Gabriel Nadeau-Dubois était aussi favorable à l'ouverture de négociations avec le PQ. Il l'a dit à répétition dans sa tournée. Mais il est vrai qu'il est devenu muet comme une carpe au moment du débat sur le plancher du congrès.

Un acteur moins connu, mais important est Andres Fontecilla. Avant l'arrivée de Nadeau-Dubois, Fontecilla était le co-porte-parole masculin de QS. Il était tellement certain de l'importance du pacte qu'il affirmait que l'isolement de QS à l'élection de 2018 allait provoquer une régression du vote QS et peut-être la perte de circonscriptions déjà acquises. D'autant qu'un sondage Léger, publié la veille du Congrès, montrait que neuf électeurs de QS sur 10 appuyaient le pacte. Cela pourrait s'avérer électoralement couteux de leur tourner le dos. Appelons cela la « prophétie de Fontecilla » et voyons si elle se concrétise à l'automne. Ce n'est pas impossible.

Mais Manon? Où était Manon? Elle était neutre. Ne disait ni oui ni non, bien au contraire. Se drapant derrière son rôle de « porte-parole » elle n'avait rien à suggérer à ses membres. Elle incarnait le degré zéro du leadership.

Pourquoi? L'élection du co-porte-parole masculin étant contestée, les candidats devaient se prononcer pour se démarquer les uns des autres. Pour avoir quelque chose à dire. Mais l'élection de laco-porte-parole ne l'était pas. Mme Massé était la seule candidate.

Elle avait donc le choix. Sa victoire étant acquise, elle pouvait faire parler sa conscience, défendre son point de vue, peser sur le débat. Bref, faire preuve de leadership. Au moins, de transparence. (Car nous ne pensons pas un instant qu'elle n'avait pas d'avis sur la question.)

Elle a choisi l'autre voix. Être beige. Neutre. Inodore et incolore. Faire des prouesses de langue de bois pour ne pas répondre aux questions posées.

La neutralité a cependant ses règles : la constance. Et Manon Massé en a manqué. Au moment du vote, au Congrès, la logique aurait voulu qu'elle s'abstienne, pour bien montrer qu'en tant que porte-parole et porte-parole seulement, elle allait se soumettre à la décision quelle qu'elle soit. Mais non ! Sentant le vent, voyant qu'une majorité des délégués au congrès allaient voter contre, elle a voté contre.

Dans le cas contraire, aurait-elle voté pour?

La question est ouverte, car son comportement dans la controverse autour de la « clique » offre une image plutôt intransigeante de la femme « douce » décrite par La Presse. Une volonté d'exclure plutôt que de tendre la main à des alliés potentiels.

Sa lettre ouverte du 8 mars dans Le Devoir est une pièce d'anthologie de ressentiment et de mépris envers les hommes. (Vous ne l'avez pas lu? C'est une lecture essentielle.) La réplique assénée par la candidate péquiste qui lui fait face dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, la féministe et lesbienne assumée Jennifer Drouin, est implacable (ici). Les critiques d'autres féministes, dont la sexologue Jocelyne Robert, alimentent le tollé.

Quelle réaction de Mme Massé? D'abord un statut Facebook vaseux, où elle se justifie, s'explique, noie le poisson. Puis une entrevue terrible à LCN où elle refuse de retirer un seul mot et déclare « j'assume complètement ce que j'ai dit là » !

Le leader masculin d'un autre parti qui se serait entêté dans une erreur aussi gigantesque aurait eu droit à une deuxième volée de bois vert. Pas Manon!

Pour elle, cela lui vaut un «publireportage» dans La Presse.

La vie médiatique rêvée, quoi!

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