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06/07/2016 09:57 EDT | Actualisé 07/07/2016 10:37 EDT

Trudeau, l'héritage de son père et la nation québécoise

Le nouveau capitaine Canada sera-t-il subséquemment en mesure d'affronter potentiellement un Lisée tenant les rênes du Québec, visiblement supérieur à lui en matière constitutionnelle et historique?

Il ne peut le cacher et d'ailleurs il ne serait pas premier ministre du Canada s'il n'était pas le rejeton d'une icône libérale; mais Justin Trudeau est bel et bien le fils de Pierre Elliott Trudeau, et pour cause.

Bien qu'il ait finalement reconnu, lors de la conférence de presse portant sur la signature de l'entente Canada-Québec en matière d'infrastructures, que le Québec était bel et bien une nation, Justin Trudeau, rappelons-le, a tout de même déclaré lors des festivités du 1er juillet, que le Canada formait une seule nation et un seul pays.

Force est d'admettre que ce dernier est incapable de trahir l'héritage de son père en matière constitutionnelle et, je dirais même plus, il est manifestement «pogné» avec.

Il l'est tellement d'ailleurs qu'il n'a pu faire fi de son exaspération quand un journaliste lui a demandé des éclaircissements sur cette question lors de la conférence en question.

En effet, Trudeau lui a répondu, visiblement avec contrariété et grand déplaisir que: «le Québec est une nation, le Canada est une nation, je ne peux pas croire qu'on est encore en train de parler de ça...»

La question: pouvait-il faire autrement?

Je pense que non puisque la nation québécoise a été reconnue en 2006 par le précédent gouvernement fédéral de Stephen Harper. Plusieurs libéraux de l'époque s'étaient également montrés favorables à cette motion.

Quoi qu'il en soit, ce revirement agacé de notre premier ministre Trudeau sur la reconnaissance de la nation québécoise n'aurait pas eu lieu si le candidat à la chefferie du Parti québécois, Jean-François Lisée, n'avait pas, comme un chef d'État, semoncé habilement «junior» sur ce manque flagrant de respect du peuple québécois.

Je ne veux évidemment pas ressasser indéfiniment l'histoire, mais rappelons que le Québec vit dans un ensemble politique appelé fédération canadienne, dans laquelle il n'a pas signé la constitution.

Ce qui veut explicitement dire que, si Justin Trudeau pense que les Québécois désirent davantage entendre parler de création d'emplois et d'investissement en infrastructures, il ne pourra pas, en contrepartie, éternellement repousser la question constitutionnelle sous le tapis en pensant que les gens oublieront cette injustice, et ce, à coup de selfies et de politique spectacle...

Tout problème non résorbé, doit inéluctablement l'être un jour, sinon il risque d'éclater au visage de celui ou celle qui refuse de le faire.

D'ailleurs, si Justin est premier ministre grâce à l'héritage de son père, il se peut fort bien que ledit héritage soit également, dans un proche avenir, trop lourd à porter, allant même jusqu'à couler le bateau de la dynastie Trudeau...

Le nouveau capitaine Canada sera-t-il subséquemment en mesure d'affronter potentiellement un Lisée tenant les rênes du Québec, visiblement supérieur à lui en matière constitutionnelle et historique, ou devra-t-il faire appel au vieil allié de son père, Jean Chrétien, afin de pallier à son manque d'expérience et d'instinct politique?

Il faut se le dire, ce ne sera pas continuellement un tenant du statu quo qui sera aux commandes du Québec comme l'est présentement notre bon docteur Couillard. Justin Trudeau devra inévitablement, un jour ou l'autre, amender avec courage les décisions passées de son paternel en matière constitutionnelle; ou bien, continuera-t-il sournoisement à les défendre comme il le fait présentement?

Comme le disait l'Empereur et philosophe Marc Aurèle au sujet de la force et du courage: «que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être, mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre ».

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