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22/06/2016 04:40 EDT | Actualisé 23/06/2017 01:12 EDT

La «fièvre politique» et le cynisme des révélations libérales

La série cherche à démontrer le côté humain de ce métier de fou qu'est la politique, en mettant, entre autres, l'accent sur les côtés moins connus des politiciens, c'est-à-dire, la famille, les coulisses, les pressions médiatiques et des motivations de l'implication de ces hommes et femmes.

Depuis le 26 mai dernier, Télé-Québec nous a présenté quatre émissions animées par nul autre que la chatoyante Esther Bégin, où d'ex-politiciens et politiciennes ayant œuvré dans les sphères municipale, provinciale ou fédérale, racontent des moments cruciaux de leur vie publique, et font également part de leurs erreurs et de leurs bons coups.

Évidemment, pour un passionné de politique comme moi, je n'ai pas à vous dire que j'ai regardé religieusement ces émissions.

La série cherchait à démontrer le côté humain de ce métier de fou qu'est la politique, en mettant, entre autres, l'accent sur les côtés moins connus des politiciens, c'est-à-dire, la famille, les coulisses, les pressions médiatiques et des motivations de l'implication de ces hommes et femmes; des êtres avec des forces et des faiblesses.

Il y a d'ailleurs des moments très touchants dans ces émissions, dont ceux où nous pouvons apercevoir quelques ex-politiciens et politiciennes sangloter. Par exemple, un Gilles Duceppe, qui devient très émotif au moment où il raconte sa détresse suite à sa défaite de 2011. Ce dernier avoue avoir eu des idées noires et que c'est sa femme, voyant le désespoir dans ses yeux, qui lui remontait le moral en lui laissant toujours des petits mots d'amour sur son oreiller avant de partir le matin. Il y a également l'extrait où Mario Dumont raconte à chaudes larmes, la dure soirée de défaite adéquiste du 8 décembre 2008, où ce dernier avait, sans avoir averti sa garde rapprochée, informé les partisans et les médias nationaux de son départ de la vie politique; soirée d'ailleurs où j'étais moi-même présent.

Au total, pour ce qui est du côté humain, nous sommes très bien servis dans cette série qui, à mon sens, devrait un jour ou l'autre être intégrée dans un cours de science politique à l'université.

Cependant, bien que l'émission veuille d'une certaine façon faire abstraction d'un certain cynisme envers ces politiciens en démontrant le côté sensible et tendre de plusieurs, permettez-moi ici de relever quelques extraits qui démontrent une autre facette de ce beau milieu, où le meilleur et le pire de l'être humain se rencontrent.

Jean Chrétien

Député, ministre ainsi que premier ministre, la carrière de celui qu'on nommait le «p'tit gars de Shawinigan » n'a pas été sans heurts. Personnage clef de la nuit des longs couteaux et des deux référendums, Jean Chrétien aura laissé sa marque dans l'histoire de la politique du Canada ainsi que celle du Québec. Dans cette série, Jean Chrétien explique d'une façon un peu humoristique, son positionnement au moment où George W. Bush lui a demandé de faire partie de la coalition en vue de déloger Saddam Hussein de l'Irak. Jean Chrétien raconte ainsi qu'il ne pouvait engager son pays dans cette guerre sans l'aval des Nations unies, et que les preuves de possessions d'armes de destruction massive manœuvrées par les Américains n'auraient même pas passé le test d'un « juge de la Cour municipale de sa circonscription ».

Aimez ou n'aimez pas Jean Chrétien, nous pouvons tout de même être fiers de celui qui s'est tenu debout devant la première puissance mondiale face à cette imposture. D'ailleurs, il explique à peine voilé que cette décision du gouvernement américain était directement liée à la question du pétrole.

Par contre, là où le cynisme prend toute la place est probablement l'instant où monsieur Chrétien avoue, et ce de façon candide, avoir joué à l'idiot une bonne partie de sa carrière afin de se faire élire; misant volontairement sur l'idée du populiste. Évidemment, cet état de fait est bien connu des analystes politiques, mais la confession suivante en dit davantage sur ce qu'est la réalité politique : «je gagnais les élections, vous savez, c'est bien beau d'avoir raison et de perdre, les NPD ont toujours perdu, ils ont toujours eu raison, mais ils ont toujours perdu. Alors, ce n'est pas bien ben utile de perdre en politique, c'est pas mal mieux d'être élu...»

Vous comprendrez que dans cet extrait, Jean Chrétien admet d'une certaine façon avoir fait fi régulièrement du réel fond de sa pensée durant l'entièreté de sa carrière politique, puisque la perception, comme plusieurs le savent, est toujours plus utile que d'avoir raison en politique. Comment voulez-vous ne pas être cynique en entendant de tels propos venant d'un de nos anciens premiers ministres?

Line Beauchamp

L'autre extrait qui m'a fait sursauter et qui n'a fait qu'exacerber mon cynisme est celui où Line Bauchamp fait un aveu en racontant un moment clef de la crise étudiante de 2012, période où elle était aux rênes de l'éducation. Elle relate alors qu'elle avait réussi à avoir un arrangement qui aurait pu éviter que le tout dégénère, mais qu'un absolu électoraliste aurait fait en sorte que rien ne se soit concrétisé dans le sens d'un accord: « il y a un moment où j'arrivais avec une entente avec un leader syndical qui me garantissait qu'il pouvait amener le mouvement étudiant derrière lui. C'était assez tôt dans le conflit, nous étions avant Pâques. Et là, je n'ai pas réussi à convaincre le premier ministre (Jean Charest) et l'équipe du premier ministre d'accepter cedit compromis qui aujourd'hui, avec le recul, a de l'air insignifiant.» C'est à ce moment qu'elle dit pourquoi le premier ministre et son équipe ont refusé son accommodement: « mais à l'époque, c'était toute la crainte qu'on dise dans une année électorale que le gouvernement avait reculé, pis c'était tout ça... » Elle renchérit par la suite en admettant involontairement son impuissance : «peut-être même que j'aurais dû appeler des gens très très rapprochés du premier ministre, vraiment, trouver encore plus qui pouvait l'influencer. Ça, ç'a été un moment charnière. Tout le long de la crise étudiante, j'me disais, dire qu'il y a deux mois, nous avions un compromis que, finalement, on a fait, mais toujours trop tard...»

Admettant après coup qu'elle était en désaccord avec la loi 78 sur les manifestations, loi promulguée par son gouvernement, nous apercevons par la suite l'extrait de sa démission où elle affirme la chose suivante: «personnellement, à titre de ministre de l'Éducation, je n'aurai jamais réussi (les étudiants) à leur faire faire un compromis». Pourtant, selon ses propres dires, elle avait bel et bien eu en sa possession un arrangement, mais c'est le premier ministre Charest et son équipe qui avaient antérieurement refusé ledit compromis, et non les étudiants...

Donc, deux choses à retenir dans cet extrait.

Premièrement, que la crise étudiante aurait ainsi pu être évitée, mais qu'un impératif électoraliste a eu raison de la raison. En somme, la stratégie afin de favoriser la réélection du Parti libéral a été supérieure à la raison d'État. Rappelez-vous d'ailleurs que, même avec le printemps érable, le Parti québécois est entré minoritaire au gouvernement. Il faut croire que, dans sa logique électoraliste, les libéraux n'avaient pas tout à fait tort puisqu'ils ont considérablement limité les dégâts et repris le pouvoir en avril 2014. Deuxièmement, un ou une ministre n'a réellement pas le poids qu'on serait en mesure de penser auprès du premier ministre. S'agirait-il ici de marionnettes?

Quoi qu'il en soit, la politique est et demeurera un sport extrême pour tous ceux voulant servir la population.

Cependant, la première raison pour faire de la politique est-elle toujours servir la population, ou bien d'autres raisons se cachent-elles derrières cette digne intention?

En conclusion, comme le disait Oscar Wilde au sujet du cynisme : « le cynisme n'est rien d'autre que l'art de voir les choses comme elles sont plutôt que comme elles devraient l'être».

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