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18/11/2018 06:00 EST | Actualisé 18/11/2018 06:00 EST

J'ai crié à l'aide ce soir-là sans trop y croire

«Intolérable» était le qualificatif approprié pour tout ce que je ressentais. J'étais convaincue que je mourais de l'intérieur, que mon âme s'éteignait.

C'est le pire état dépressif que j'ai vécu. Jamais auparavant, je n'avais souhaité en finir avec ma vie.
Photographer is my life. via Getty Images
C'est le pire état dépressif que j'ai vécu. Jamais auparavant, je n'avais souhaité en finir avec ma vie.

«Intolérable» était le qualificatif approprié pour tout ce que je ressentais. J'étais convaincue que je mourais de l'intérieur, que mon âme s'éteignait.

Mais, sans crier gare, cette toute petite pulsion de vie qui s'était faite silencieuse depuis trop longtemps m'en a mis plein les oreilles! Le temps qu'il faut pour composer un numéro d'urgence, je voulais soudainement vivre.

C'est le pire état dépressif que j'ai vécu. Jamais auparavant, je n'avais souhaité en finir avec ma vie. C'est la première fois que j'écris à ce sujet. Je pense sincèrement qu'aussi vraies que fussent mes envies suicidaires, aussi vraie pourrait être l'aide apportée à d'autres par l'intermédiaire de ce texte.

La vie ne tient qu'à un fil

On se fait toujours dire que la vie ne tient qu'à un fil. C'est vrai, je vous l'assure. Et ce fil n'est pas très long ni très fort. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée malade comme dans: MALADE. J'ai eu tellement de douleurs dans mon corps qu'un jour, découragée, voire complètement dévastée, c'est mon âme qui a commencé à souffrir. À un point tel que je suis devenue finalement obsédée par l'arrêt définitif de cette maudite souffrance, à tous les niveaux.

«Pourquoi n'en as-tu pas parlé à quelqu'un?», me direz-vous. C'est bête, je ne voulais pas déranger les gens autour de moi. Et puis j'ai toujours été forte, une battante dans l'âme. J'avais la nette impression qu'ils me verraient comme une personne faible et je ne le voulais pas. Mais vous savez ce que sont les perceptions comme celles que j'avais? De simples chimères inventées par nos expériences passées et nos blessures, nos croyances limitantes et nos peurs...

Je me sentais seule sur un quai à attendre qu'on vienne vers moi. J'avais l'impression que tous mes amis étaient partis sur le même navire de croisière et que le bateau avait coulé. Je sais que je me répète, mais je me sentais si seule, là, avec ma souffrance.

Michael Mihailovich Punga via Getty Images

La pulsion de vie

Ma pulsion de vie a tellement crié en moi que j'ai composé le numéro d'un centre de crise. La douce voix qui m'a répondu ne me jugeait pas, m'avisait que je pouvais parler tant que j'en avais besoin et que je pouvais téléphoner à ce numéro aussi souvent qu'il le fallait.

Rassurée, je me suis ouvert la trappe sur tout ce que j'avais emmagasiné et poussé très profondément en moi. Mais là, j'avais un trop-plein et je me sentais comme un volcan prêt à exploser...

J'ai parlé pendant je ne sais plus combien de temps. Le temps s'était arrêté. J'ai crié, j'ai braillé ma vie de misère, moi, qui me suis souvent fait dire de ne pas me plaindre ou de ne pas faire ma victime. Mais force était de constater que ma misère était réelle, mes plaintes étaient fondées et oui, j'étais victime.

Victime de la vie? Non. Des autres? Non. De mes choix personnels et du sort? Oui, assurément. Trop, il y avait de la peine et du désespoir et c'était beurré épais sur mon cœur en déconfiture.

J'ai crié à l'aide ce soir-là sans trop y croire

Comment une inconnue pouvait-elle me venir en aide en m'écoutant, à entendre des brèches de mon histoire? Car j'avais un discours décousu, parsemé de pleurs et de hoquets.

Ces pleurs et ces hoquets m'ont littéralement sauvé la vie. Après avoir discuté longtemps avec mon interlocutrice, j'étais calmée et je savais pertinemment que ma pulsion de vie, si elle avait crié, c'était parce qu'elle était là pour rester.

La vérité est, et c'est une opinion bien personnelle, que ce sont souvent des forts et des battants dont on doit s'inquiéter.

Néanmoins, le lendemain matin, je téléphonais pour avoir de l'aide psychologique. Une aide hebdomadaire parce que des épisodes du genre, je ne voulais plus en vivre... jamais!

Quand je raconte mon histoire à ceux que j'aime et qu'ils la situent dans le temps, ils tombent des nues. Jamais ils ne se seraient doutés que moi, la forte, la battante, je puisse avoir des envies suicidaires. La vérité est, et c'est une opinion bien personnelle, que ce sont souvent des forts et des battants dont on doit s'inquiéter quand leur monde semble s'écrouler.

On n'est pas obligé d'être fort tout le temps.

J'ai eu ce besoin urgent de vous parler de mon histoire, de ce moment de vie peu réjouissant, parce que bien que j'écrive au sujet de différentes choses qui me tiennent à cœur et qui m'inspirent, je crois que j'aurais aimé lire un jour une histoire comme la mienne.

On n'est pas obligé d'être fort tout le temps. Nous avons le droit de poser un genou par terre et de reprendre notre souffle avant de nous relever. On a le droit de ne pas «feeler». Les gens qui répondent aux lignes de crises ont vraiment la formation nécessaire pour nous écouter sans nous juger et pour nous calmer avant de nous orienter vers des ressources qui feront une grande différence dans nos vies.

À toi qui lis ce texte et qui te reconnais dans celui-ci, je ne te connais peut-être pas personnellement, mais sache que tu es important. Et que tu le sois pour mille personnes ou une seule, pour un chat ou une p***** de perruche, tout cela compte réellement, tu sais? Ta vie, comme la mienne, bien qu'elle ne soit pas trop jojo ces temps-ci te semblera plus belle un jour, crois-moi.

Qu'il fasse jour ou qu'il fasse nuit, si tu sens que tu dérapes, téléphone à Info-Santé pour connaitre les numéros à composer en moment de crise. Et dis-toi bien que tu comptes pour au moins une personne: moi, qui t'écris ce texte, la forte, la battante et la vulnérable survivante.

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