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05/05/2019 08:54 EDT | Actualisé 05/05/2019 08:57 EDT

La violence est omniprésente

J’ai des sueurs froides dans le dos quand je repense à la petite fille de mon enfance et à tout ce qu’elle a enduré juste pour espérer se faire aimer.

Mayur Kakade via Getty Images
J’avais peur qu’elle s’en prenne à moi, encore une fois, alors je lui obéissais et je taisais tout ce dont j’étais témoin car j’avais trop peur des représailles.

Une fillette de sept ans qui décède, ça fait couler beaucoup d'encre, n'est-ce pas? Pourquoi toutes les langues se dénouent-elles maintenant qu'elle est partie? Pourquoi le système a-t-il failli à sa tâche?

Je savais pertinemment que j'allais écrire sur le sujet, mais bon sang que j'ai eu du mal à m'installer pour le faire. Outre toutes les pensées d'horreur qui m'assaillent depuis que j'ai appris sa mort, des souvenirs tout aussi horrifiants me tiennent maintenant réveillée. Chaque nuit qui passe est un calvaire qui se répète. Pas pour moi, pour cette autre fillette que j'ai côtoyée du temps de mon enfance...

Je ne pouvais parler, car j'étais terrorisée. Il y avait un père absent, une mère épouvantable et deux enfants, un petit garçon et une petite fille. Cette mère qui ne méritait pas de porter ce titre n'aimait que son fils. La petite fille était une martyre sur laquelle elle se défoulait.

Nanette (nom fictif de la mère) utilisait tout ce qu'elle avait sous la main pour battre sa fille. Une des armes qu'elle appréciait le plus était une louche à soupe. Un bon coup sur la tête ou sur le coude et elle s'assurait ainsi que sa fillette reste tranquille.

La petite ne voulait que de l'amour et son grand manque se faisait sentir chaque fois que quelqu'un la croisait. Elle était câline et tout ce qu'il y a de gentil, mais sa marâtre de mère avait étendu sa violence à tous les enfants qui étaient dans sa vie, y compris moi. J'avais terriblement peur de cette femme et avec raison!

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Un jour, du haut de mes neuf ans, j'ai tenté de lui parler. Je voyais bien que ça n'allait pas... que rien n'allait en fait. Elle s'est fâchée, puis elle est devenue toute douce afin que je baisse ma garde. Au souper, ce soir-là, elle a fait cuire de la viande hachée et quelques légumes. Elle insistait grandement pour que nous mangions tous et en très grande quantité, la viande qu'elle nous avait servie. Elle et son fils mangeaient autre chose, des pâtes, je crois, sous prétexte qu'il n'y avait pas assez de tout pour tous.

Trente minutes après avoir mangé, nous étions tous malades! Je dis tous, mais son fils et elle non, parce qu'ils n'avaient pas eu le même souper que nous. C'est entre deux trajets à la salle de bain qu'elle m'agrippa par le bras droit pour me dire dans le creux de l'oreille que la viande était avariée et que c'était ma punition pour avoir osé me mêler de ses affaires.

Dès lors, j'étais terrifiée. Mes soupçons de maltraitance envers sa fille se sont encore plus confirmés puisqu'elle ne se cachait plus pour la détester devant moi. J'avais peur qu'elle s'en prenne à moi, encore une fois, alors je lui obéissais et je taisais tout ce dont j'étais témoin, car j'avais trop peur des représailles.

Les grands, les autres, ceux qui interagissaient aussi avec cette famille avaient des soupçons également. Une plainte à la DPJ a été déposée. À ce jour, on ne sait toujours pas qui a décidé de parler. Mais cela n'a rien changé si ce n'est qu'elle était plus tranquille.

Ainsi, elle a cessé de frapper sa fille sur la tête ou tout autre endroit sur son corps frêle où on pourrait y déceler des bleus ou des bosses. Elle ne l'a plus poussée en bas des escaliers qui menaient au sous-sol dont le plancher était en ciment. Elle ne la faisait pas toujours manger, mais ne l'empoisonnait plus.

La petite, quant à elle, était trop jeune pour parler. Moi aussi. De même que les autres enfants qui fréquentaient la maison.

Un jour, elle a quitté mari et enfants sans regarder en arrière. Mais le drame avait été joué. Cette petite fille qui ne demandait que de l'amour en demanderait toute sa vie.

Elle a grandi en faisant confiance à tout le monde, dans un monde de drogues et d'alcool. Elle a grandi avec des blessures qui ne guériront jamais tellement elles sont profondes.

Au même titre que tous les autres enfants qui ont souffert ou qui souffrent encore aujourd'hui, elle mérite qu'on verse de l'encre pour dénoncer. Le drame qui s'est joué cette semaine durait depuis longtemps et n'avait pas raison d'exister.

Les gens n'ont pas su réagir et je ne parle pas juste de la DPJ.

J'ai des sueurs froides dans le dos quand je repense à la petite fille de mon enfance et à tout ce qu'elle a enduré juste pour espérer se faire aimer. Je pense à moi, petite fille aussi, qui a, du haut de mes neuf ans, tenté de «régler» la situation. Et j'ai mal à penser que des «Aurore», il y en a bien plus qu'on le pense. Réagissons!

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