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09/09/2018 06:00 EDT | Actualisé 09/09/2018 06:00 EDT

Au cœur d’une crise d’anxiété: la torture d'une salle d'attente

C’est en persistant et en m’entraînant, que les salles d’attente comme celle d'aujourd’hui ne me rendront plus malade d’angoisse.

Trop petite, trop de gens, trop de bruits... C’est à croire que les spécialistes nous donnent tous rendez-vous à la même heure.
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Trop petite, trop de gens, trop de bruits... C’est à croire que les spécialistes nous donnent tous rendez-vous à la même heure.

L'anxiété frappe plusieurs personnes dans notre société. Comment se vit une crise d'anxiété ou une crise de panique? Elle peut s'exprimer de bien des manières et, dans la majorité des cas, se vit difficilement. C'est avec l'objectif de mieux vous faire comprendre cette réalité que j'ai écrit ce témoignage.

Voici la situation: je devais consulter mon médecin cet après-midi. Maudite salle d'attente. Trop petite, trop de gens, trop de bruits... C'est à croire que les spécialistes nous donnent tous rendez-vous à la même heure.

Puisque j'étais accompagnée, je me suis efforcé de trouver deux chaises l'une à côté de l'autre en entrant dans la salle d'attente. Cela m'a fait constater une diversité de comportements: il y a des gens qui prennent beaucoup de place pour être certains que personne ne s'assoit à leurs côtés, en mettant leur sac à main, leur parapluie tout détrempé et leur manteau sur les deux chaises avoisinantes, ceux qui se parfument à fond la caisse ou encore ceux qui nous font la gueule en nous voyant entrer. Mon «choix» s'est arrêté sur les deux chaises au bout d'une allée, avec quelqu'un qui avait l'air parti pour me fixer, assis devant moi.

Il faisait chaud dans la salle d'attente et j'étais en train d'entrer dans une crise d'allergie aigüe parce qu'il y avait trop de parfums dans la pièce. Je cherchais mon air et mes yeux pleuraient sans cesse.

J'entendais tout le monde parler, soupirer et les multiples conversations ont tôt fait de se transformer en bourdonnement assourdissant dans mes oreilles.

Tout à coup, j'ai eu cette idée plate: il ne faut surtout pas que je sois anxieuse. J'écris «plate» parce qu'en fait, c'est exactement cette idée qui m'a fait plonger dans mon anxiété. J'entendais tout le monde parler, soupirer et les multiples conversations ont tôt fait de se transformer en bourdonnement assourdissant dans mes oreilles.

J'ai eu encore plus chaud!

Ce «fixeur», qui n'avait de cesse de me regarder, assis en face de moi, avait maintenant un sourire dans le coin des lèvres qui m'intimidait. Il semblait réellement s'amuser de mes malaises et, plus j'y pensais, plus il me regardait et plus j'avais l'impression de pouvoir lire dans ses pensées.

La nausée s'empara de moi... les étourdissements aussi.

J'ai paranoïé: tout le monde doit me regarder, comme lui! Je me suis mise à observer les gens. Il y en avait qui, effectivement, m'observaient sans gêne et sans scrupule. Ils avaient l'air de remarquer tous mes moindres défauts et, c'est étrange, j'avais l'impression que j'en avais tout un tas, à ce moment.

J'étais là, perdue dans mon anxiété ou perdue à cause de mon anxiété, et j'étais prête à fuir sans avoir les résultats de mes tests tellement je ne me sentais pas bien. Une autre idée folle me vint en tête: je vais perdre conscience!

Et je me suis sentie partir... tout est devenu noir devant mes yeux et les bourdonnements dans mes oreilles sont devenus encore plus intenses. Une chance que j'étais déjà dans la clinique lorsque j'ai failli perdre conscience. Je me suis sentie lourde quand, tout à coup, le médecin m'a sauvé la vie. Il a dit mon nom, j'étais sauvée.

J'ai eu de la misère à marcher jusqu'à son bureau, mais plus j'avançais vers lui, mieux je me sentais.

«Vous n'avez rien de bien dangereux, vous savez madame», me dit-il d'un ton très calme. Quoi? J'étais allée là pour me faire dire que je vais... bien?

Points d'exclamation

J'en ai voulu à mon spécialiste. Intérieurement, je l'ai maudit. Je suis sortie d'un pas rapide de son bureau en tentant de ne pas remarquer le «fixeur» qui me regardait encore. J'étais vraiment fatiguée et j'en avais tellement marre, que j'ai remis à demain les emplettes que je m'étais promis de faire plus tard.

Ce n'est qu'une fois arrivée chez-moi que j'ai soufflé. Et je me suis surprise à penser que j'en devais une à mon médecin. Pas que je lui en voulais autant qu'à l'heure de mon rendez-vous, non. Je ne lui en voulais plus du tout, en fait.

C'est à force de persistance et d'entraînement que les salles d'attente comme celle d'aujourd'hui ne me rendront plus malade d'angoisse.

C'est à force de persistance et d'entraînement que les salles d'attente comme celle d'aujourd'hui ne me rendront plus malade d'angoisse. C'est en répétant le contact avec les autres que ma peur, d'eux et de leurs jugements, diminuera.

Tant mieux. Je m'en suis sortie vivante cette fois-ci. Une victoire de plus à mettre à mon tableau de route. On se revoit dans un an, docteur, et, d'ici là, peut-être vais-je m'être suffisamment entraînée pour que votre salle d'attente ne me fasse plus peur.

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