LES BLOGUES
29/09/2018 06:00 EDT | Actualisé 29/09/2018 06:00 EDT

On fait tous partie du même monde!

Les gens ne savent pas ce que c’est et, souvent, ne savent pas qu’ils sont eux-mêmes autistes.

Getty Images
Bien que nous en entendions davantage parler dans les médias, le spectre de l’autisme demeure encore méconnu.

C'est en discutant avec Liliya Reshetnyak, une Française en visite au Québec la semaine dernière, qu'un certain questionnement s'est imposé à moi. C'est un peu comme si, tout à coup, un voile se levait sur mon être et que je me voyais pour la première fois.

Une carrière

Liliya est autiste Asperger. Diagnostiquée à l'âge de 31 ans, elle est désormais à la tête de l'entreprise Hipip IN, qui facilite l'inclusion des personnes aux profils atypiques dans le monde du travail. Si au Québec, il existe des organismes qui font ce travail mais, en France, c'est une autre histoire. « Il existe bien quelques associations et entreprises qui viennent en aide aux autistes, mais elles sont peu nombreuses. »

Bien que nous en entendions davantage parler dans les médias, le spectre de l'autisme demeure encore méconnu. Les gens ne savent pas ce que c'est et, souvent, ne savent pas qu'ils sont eux-mêmes autistes. Surtout s'il s'agit d'un autisme «à haut niveau de fonctionnement».

Des questions

Loin de moi l'idée de m'octroyer un diagnostic personnel, mais, en conversant avec ma belle amie française, je n'ai pu faire autrement que de faire certaines comparaisons entre son vécu et le mien.

Mon fils est autiste Asperger et il n'y a dans mon entourage immédiat que des hommes qui le soient. Si bien que je n'avais jamais eu la chance ni pris la peine de discuter sincèrement avec une Aspergirl (ce terme a été inventé par Rudy Simone, spécialiste en la matière).

«Les femmes ont des aptitudes en communication qui sont généralement plus grandes que celles des hommes, ce qui ajoute à leur invisibilité.»

L'autiste Asperger se sentira souvent à part des autres, un peu comme s'il venait d'une autre planète. Le décodage social lui est difficile et Liliya m'explique bien cet aspect de sa personnalité d'Aspie: «Je comprends parfois les codes sociaux avec ma tête, mais les comprendre intellectuellement n'est pas suffisant.»

Le meilleur conseil que Liliya donne aux femmes qui se questionnent est le suivant: «Quand les spécialistes rencontrés ne peuvent se mettre d'accord avec les diagnostics donnés, qu'on ait porté différentes étiquettes qui ne nous allaient pas, il importe de lire au sujet de l'autisme et de consulter des professionnels qualifiés et spécialisés dans le domaine. En attendant, on peut consulter des ouvrages à ce sujet... et beaucoup de parents se font diagnostiquer autistes par les spécialistes de leurs enfants lorsque ceux-ci reçoivent un tel diagnostic.»

Le diagnostic est un investissement

Lors de notre recherche d'un spécialiste qualifié et spécialisé dans le cas de mon fils, nous avons déboursé plus de 1000$ pour son évaluation. Cet argent a été un investissement rentable, puisque le diagnostic est venu expliquer beaucoup de choses et apaiser indéniablement l'esprit de la personne concernée.

«Ça ne veut pas dire que c'est devenu plus facile, mais la plupart de mes "pourquoi" ont trouvé réponse», m'explique mon amie française.

Et c'est le cas pour mon fils aussi, si j'en juge par la dépression qui l'a quitté depuis qu'il sait qu'il est autiste Asperger.

Il est évident que de se questionner autant avant de recevoir un diagnostic n'est pas de tout repos. Pour ma part, j'ai des doutes à ce sujet depuis un moment déjà tout en ne sachant pas toujours comment les expliquer.

Depuis que mon fils a été diagnostiqué par un neuropsychologue reconnu dans le milieu de l'autisme, je me questionne sur ma personne. J'ai donc l'intention d'adresser ces questions à ce même spécialiste.

Je parle beaucoup d'autisme, car c'est un sujet qui me touche énormément. Peut-être suis-je plus près dudit sujet que je ne le croyais au départ, quand j'ai commencé à parler d'inclusion.

De toute manière, Aspie ou pas, d'ailleurs ou d'ici, je signerai encore des textes au sujet de l'autisme. J'aime parler du monde au monde et oui, on fait tous partie du même monde!

À LIRE AUSSI:

» Harcèlement moral: l'ingrat fardeau de la preuve

» Miser sur la féminité, un argument à double tranchant?

» L'expression artistique à l'ère post-raciale