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17/03/2019 06:00 EDT | Actualisé 17/03/2019 09:22 EDT

L'amitié entre neurotypiques et neuroatypiques, ça se peut?

Pour la neuroatypique que je suis, l’amitié, souvent, m’est très pénible à vivre... En fait, je n’y comprenais absolument rien.

Westend61 via Getty Images
L’amitié entre neurotypiques et neuroatypiques se peut. Si on oublie un instant tous ces mots qui nous déterminent et si on embrasse l’autre sans jugement et globalement.

L'amitié. On aura beau dire, on aura beau faire... elle occupe une place importante dans nos vies. Souvent, pour les mauvaises raisons puisque les amitiés conflictuelles sont légion. Mais, au détour de certaines rencontres, il nous arrive de tomber sur des gens vraiment intéressants, décidément très gentils et charmants. On tombe souvent alors en amitié et pour longtemps, voire tout le temps!

Pour la neuroatypique que je suis, l'amitié, souvent, m'est très pénible à vivre. Ou devrais-je dire qu'elle m'a été pénible à vivre pendant longtemps. En fait, cela a été très difficile et exigeant pour moi jusqu'à mes 47 ans.

Étant Asperger, j'ai toujours eu beaucoup de mal à entretenir mes amitiés. Il y avait toujours une des deux personnes qui s'investissait plus que l'autre dans la relation. Et c'était souvent moi.

Sachant que pour les neurotypiques, les relations amicales sont parfois de véritables contrats (rires), je téléphonais, je rendais visite, je m'informais et je partageais ce que je pouvais pour aider l'autre. C'était des efforts constants de ma part et l'autre, justement, ne semblait pas en faire autant.

Un jour, essoufflée d'aimer à ce rythme et face au peu d'investissement en temps de la part de certains amis, je mettais un terme à la relation. Ou pire, on la coupait (c'est moi qu'on coupait) faute d'avoir trop essayé.

Bref, je n'y comprenais absolument rien. Alors quand j'ai su que j'étais Asperger, plus tôt cette année, j'ai fait un lien direct entre mon autisme et ce qui semblait être mon incapacité à entretenir des amitiés avec les neurotypiques.

Mais, à bien y penser, malgré le fait que je croyais désormais être incapable d'avoir de telles relations, un prénom me revenait sans cesse en tête comme le refrain d'une chanson favorite.

Karine

J'ai fait la connaissance de mon amie Karine il y a deux ans. J'essayais de mettre sur pied un magazine web et elle m'avait gentiment offert sa participation à ce projet. Dès que nous avons échangé ensemble, j'ai été soufflée par la sensibilité de cette fille-là qui était d'une douceur incomparable. Et de la douceur, je n'en ai pas eu souvent dans ma vie!

Elle habite Trois-Rivières et moi Longueuil. En deux ans, nous nous sommes rencontrées deux fois seulement. Mais pourtant, j'ai cette absolue conviction qu'elle sera toujours là. Cette amie me rend la vie plus belle et je l'en remercie pour ça.

À l'annonce de mon diagnostic d'Asperger, Karine n'en a pas fait de cas. Pour elle, c'était comme si je lui annonçais que j'avais les yeux bleus. J'ai su que si j'acceptais Karine dans ma vie, je devais ne pas brandir d'étiquettes devant ses yeux.

Elle n'a pas changé d'attitude avec moi non plus. C'est la même Karine depuis mon diagnostic qu'avant celui-ci. Et plus j'y pense, plus je crois que nous sommes toutes deux à un moment de notre vie où nous avions besoin l'une de l'autre.

Neurotypique ou neuroatypique... ce ne sont que des mots

L'amitié, la vraie, exige qu'on soit humble, patient, admiratif, heureux pour l'autre et avec l'autre, empathique, compréhensif, doux, gentil, aimant aussi. L'amitié nous permet d'avoir une épaule sur laquelle se déposer et pleurer ou d'avoir un sourire franc aux heures de grands événements.

Ce n'est pas aussi compliqué que je le croyais auparavant. Avec Karine, je n'ai pas l'impression de faire des efforts pour être son amie et je ne crois pas qu'elle en fasse non plus. Elle, même si elle n'aime pas les étiquettes, est neurotypique et moi, neuroatypique et nous nous entendons à merveille!

C'est une amitié forte, puisque rien ne viendra l'ébranler. L'amour pur existe et c'est ce que nous ressentons l'une pour l'autre.

C'est drôle, il m'arrive quelques fois de penser à nous deux... à Karine, à moi et à ce lien spécial qui nous unit. Elle, dans sa ville de Trois-Rivières et moi, dans ma ville de Longueuil, nous nous verrions demain matin que nous serions toutes les deux des plus à l'aise, chose que je ne peux pas prétendre avec tout le monde, sachez-le.

C'est peut-être Karine qui a raison après tout: neurotypique ou neuroatypique... ce ne sont que des mots.

Car, dans ma relation avec elle, mes différences sont tellement acceptées que nous n'en faisons pas de cas. Elles font partie de mon unicité, tout simplement. Comme sa tignasse rousse tout emmêlée les jours de vents ou comme son sourire d'enfant dans une tempête de neige.

L'amitié entre neurotypiques et neuroatypiques se peut. Si on oublie un instant tous ces mots qui nous déterminent et si on embrasse l'autre sans jugement et globalement.

Ce texte a d'abord été publié sur le site À Coup de Plume.

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