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07/10/2018 06:00 EDT | Actualisé 07/10/2018 06:00 EDT

Agressions sexuelles: quand le jugement des autres est encore pire que le viol

Tous ces jugements et ces réactions ont fait disparaître le peu d’estime qu’il me restait et j’irais même jusqu’à dire que tout cela a été aussi violent que le viol lui-même.

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C’est honteux de penser qu’une victime court après son agression et les trolls peuvent bien se moucher avec cette affirmation.

Nous sommes en 2018 et il y a encore des gens, hommes et femmes, qui croient à tort que la plupart des victimes d'agressions sexuelles ne sont réellement victimes que dans leurs têtes, puisqu'elles auraient couru après.

Minute! Mettons les choses au clair. Une victime d'agression est une victime, point à la ligne. Personne ne court après le fait d'être agressé et je ne parle pas sans connaissance de cause quand je le dis.

J'ai moi-même été agressée en décembre 2015 et, honnêtement, c'est la pire chose qui puisse m'arriver. Je n'ai pas cessé de payer pour ce maudit statut de victime depuis. Même des gens que j'aimais le plus au monde ont cru que j'avais couru après... Le plus triste, c'est que je ne suis pas la seule à vivre cela. On n'a qu'à entendre les commentaires autour de nous lorsqu'il s'agit d'agressions, pour comprendre qu'on n'est pas si loin du Cro-Magnon comme nous le pensons...

Une victime, c'est une victime. Rien à ajouter. Récemment, je suis tombée par hasard sur un épisode de la nouvelle web-série éducative On parle de sexe et, bien que je sois heureuse qu'on fasse de l'éducation à ce sujet, ça me rend triste qu'on doive, encore aujourd'hui, consacrer tout un épisode pour faire de la sensibilisation à ce sujet. Cette web-série s'adresse d'abord aux jeunes. Je n'ai pas pu m'empêcher de me demander ce qu'ils penseraient, par eux-mêmes, s'ils n'avaient pas un entourage plein de préjugés pour les influencer négativement?

Certains pourraient croire que les préjugés émis par l'un des personnages de la série à propos des victimes d'agressions sexuelles sortent tout droit d'une mauvaise caricature, mais il n'en est rien, bien malheureusement.

Ça me fait réagir d'autant plus que j'en ai entendu des vertes et des pas mûres, après avoir vécu mon agression. Les gens sur qui j'aurais aimé compter, parce qu'ils sont importants pour moi, m'ont jugée, salie, et certains m'ont même laissé tomber.

Un prétendant, à l'époque, avait même viré son capot de bord en me disant qu'il ne pourrait jamais sortir avec une femme qui a été victime d'un viol, comme si je portais un «V» écarlate au beau milieu du front!

Tous ces jugements et ces réactions ont fait disparaître le peu d'estime qu'il me restait et j'irais même jusqu'à dire que tout cela a été aussi violent que le viol lui-même.

Tous ces jugements et ces réactions ont fait disparaître le peu d'estime qu'il me restait et j'irais même jusqu'à dire que tout cela a été aussi violent que le viol lui-même. Cela m'a pris au bas mot près de deux ans pour m'en sortir, sans penser à toutes ces réminiscences lorsque j'entends le même genre de commentaire être émis.

Ça vient me chercher, de savoir que des femmes et des hommes, qui n'ont rien fait d'autre qu'être à la mauvaise place et au mauvais moment, payent du peu de santé mentale qui leur reste parce que ceux qu'ils aiment les jugent.

Là, tout de suite, au moment d'écrire ces lignes, je me fous des trolls, je me fous des «bien-pensants» qui viendront tenter de dissiper ma réalité.

J'imagine déjà les trolls m'écrire ici, pour me dire que je suis comme ci ou comme ça, et m'insulter en faisant fi de mon histoire pour me discréditer. Là, tout de suite, au moment d'écrire ces lignes, je me fous des trolls, je me fous des «bien-pensants» qui viendront tenter de dissiper ma réalité. La vérité est si horrible que je vous épargne aussi mon expérience à la cour, devant un juge et des «scéneux» de palais de justice, ceux qui assistent aux procès dans le seul but de satisfaire leur curiosité mal placée en écoutant les misères des autres.

Mais pour être honnête, ce passage à la cour m'a permis de marcher à nouveau la tête haute parce que j'y ai témoigné de toute la souffrance que je vivais encore, bien longtemps après le crime qu'on a perpétré sur ma personne.

Et quand j'entends encore des commentaires sur les «affaires» de viols qui sont véhiculées par les médias, ce n'est pas la victime qui s'éveille en moi, c'est la guerrière. À ceux qui jugent, qui commentent ou qui rejettent les victimes d'agressions sexuelles, je ne leur souhaite qu'une chose: qu'ils visionnent cet épisode web et qu'ils s'éduquent une fois pour toutes.

C'est honteux de penser qu'une victime court après son agression et les trolls peuvent bien se moucher avec cette affirmation.

C'est bon pour les jeunes, mais on devrait voir ce message véhiculé plus souvent et à toutes les sauces, lire pour tous les âges puisque les préjugés, ça touche tout le monde. C'est honteux de penser qu'une victime court après son agression et les trolls peuvent bien se moucher avec cette affirmation.

Je crois sincèrement qu'une société qui éprouve encore le besoin d'éduquer sur la logique même de «venir en aide sans juger» doit être un peu débile. Mais ce faisant, elle donne néanmoins l'espoir de voir ses citoyens, jeunes ou plus âgés, faire fondre leurs préjugés envers les victimes d'agressions sexuelles.

À cet espoir, bien que je sois choquée, je m'accroche et je salue bien bas l'initiative web dont il est question, parce qu'elle répond à un besoin de sortir d'une ignorance ô combien honteuse et de donner un véritable coup de main aux gens qui souffrent.

À cela, je donne mon consentement!

Pour visionner l'épisode: