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10/03/2014 12:25 EDT | Actualisé 09/05/2014 05:12 EDT

Le sel est-il vraiment un «tueur silencieux»?

Selon la croyance générale, un excès de sel serait très nocif pour nous. La malbouffe, qui déborde de cette substance, causerait l'hypertension, laquelle entraînerait les accidents vasculaires cérébraux et les maladies du cœur. Des producteurs d'aliments peu scrupuleux s'emploieraient à provoquer chez nous une dépendance au sel toujours plus grande.

Toutes les lignes directrices en matière d'alimentation nous préviennent des méfaits du sel.

Ces préoccupations sont fondées sur des arguments d'ordre biologique. L'équilibrage du sel et de l'eau, une importante fonction assurée par le corps, évolue dans une marge étroite. Lorsque nous consommons du sel, nous retenons automatiquement plus d'eau afin de diluer le sel. Par conséquent, le volume sanguin augmente et, par ce fait, notre tension artérielle. Le cœur doit aussi exercer une poussée supérieure, ce qui augmente davantage la tension artérielle, et une tension artérielle élevée peut causer des AVC et entraîner des maladies rénales. De plus, un cœur faible ne peut faire circuler le sang s'il y a de la résistance et peut cesser de pomper.

Selon cette argumentation, si vous éliminez le sel de votre alimentation, votre volume sanguin et votre tension artérielle diminueront et vous éviterez ainsi les AVC, les maladies rénales et l'insuffisance cardiaque.

Ces propos qui prônent la réduction de la consommation de sel sont très convaincants. Mais s'appuient-ils sur des données scientifiques? Vous serez surpris d'apprendre que la réponse est : non, pas vraiment.

Le Cochrane Collaboration, un groupe d'évaluation de données probantes qui jouit d'une renommée internationale, a réalisé les deux meilleures méta-analyses sur le sujet et a fait le constat suivant : Des études de longue durée ont révélé qu'un régime alimentaire extrêmement faible en sel ne réduit que très peu la tension artérielle, la réduction correspondant approximativement à la marge d'erreur que comportent les appareils de mesure de tension artérielle. Le groupe Cochrane a aussi constaté qu'une réduction de sel n'était pas indiquée chez les femmes enceintes et que la réduction du sel dans un régime alimentaire n'avait aucun effet chez les patients atteints d'asthme.

Deux épidémiologistes œuvrant au Royaume-Uni ont également mené une vaste méta-analyse portant sur des études de qualité moyenne. Celles-ci établissent une corrélation entre la diminution de la consommation de sel et certains changements quant aux facteurs de risques pouvant entraîner des troubles du cœur. Notamment, les mesures de tension artérielle diminuent de cinq à six pour cent alors que les mesures de certains lipides augmentent. Tout comme les évaluations réalisées par le groupe Cochrane, cette méta-analyse n'a rien trouvé qui permet de conclure que la consommation de sel influe directement et de façon significative sur les taux de maladies cardiaques. En d'autres termes, la diminution de la consommation de sel ne semble pas sauver des vies.

Cette méta-analyse s'est penchée entre autres sur une étude qui établit un lien entre la réduction de la consommation de sel et le taux de maladies cardiaques. L'étude suggère que l'on peut prévenir un seul « événement » cardiovasculaire, soit un AVC, une crise cardiaque ou simplement des douleurs thoraciques, pour une diminution de sel s'étendant sur 1 000 années-personnes. Qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie (en supposant que chaque maillon de la chaîne logique ait été vérifié et que cette étude soit exacte et que toutes les autres qui la contredisent soient inexactes) que si vous consommez des aliments fades de la naissance à la mort, vous aurez environ une possibilité sur 16 d'éviter un épisode de trouble cardiaque.

Ceci dit, le contraire s'appliquerait-il? Un régime faible en sel serait-il nocif?

Dans un article qui remet en question le bien-fondé d'une alimentation faible en sel, Michael Alderman, un épidémiologiste américain, note qu'une diminution de la consommation de sel peut entraîner des effets négatifs qui peuvent passer inaperçus s'il n'y a que prise de tension artérielle et qui ne sont pas mesurés. Bref, le portrait n'est pas complet.

En fait, dans une deuxième analyse, le Cochrane Collaboration s'est penché sur des études de haute qualité portant sur l'alimentation faible en sel et n'a trouvé aucune preuve confirmant l'existence d'effets bénéfiques découlant d'une telle alimentation, en lien avec les maladies cardiovasculaires, dont les AVC. De plus, l'une de ces études démontre que la diminution de la consommation de sel chez les personnes atteintes d'insuffisance cardiaque congestive augmente le risque de mortalité de près de trois fois. Une autre étude semble confirmer que même dans les cas d'insuffisance cardiaque congestive aiguë, l'imposition d'une restriction de sel n'est peut-être pas la voie à suivre.

Malgré cela, les médias entonnent quotidiennement et de mille façons le refrain familier issu de la sagesse populaire : « Coupez le sel! » Les autorités nous disent de ne pas consommer plus de 1 500 à 2 500 milligrammes de sodium par jour (environ la moitié de ce que contient le sel de table). Pourtant, une seule cuillère à thé de sel de table contient presque la moitié de la quantité de sel recommandée quotidiennement pour un adulte en bonne santé.

La conclusion est claire sur le plan scientifique. Il n'existe aucune preuve à l'effet que la diminution de la consommation de sel a de réels effets quant aux résultats sur la santé. Le temps serait-il venu de remettre la salière sur la table?

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