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20/07/2018 10:10 EDT | Actualisé 20/07/2018 10:10 EDT

Comment le concept de «fragilité» peut améliorer et même sauver notre système de santé fracturé

L’évolution démographique exerce des pressions sur nos systèmes de soutien en santé et services sociaux. De quelle manière le Canada peut-il relever ce défi?

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Les Canadiens âgés de 65 ans et plus sont maintenant plus nombreux que les enfants de 14 ans et moins, un signe que nos besoins, en tant que société, changent. Grâce à des mesures de prévention et à une meilleure santé publique, nous avons réussi à inverser la courbe du vieillissement, ce qui est une bonne nouvelle.

Cependant, l'évolution démographique exerce des pressions sur nos systèmes de soutien en santé et services sociaux. De quelle manière le Canada peut-il relever ce défi?

Une stratégie basée sur le concept de «fragilité»

Nombreux sont ceux qui réclament une stratégie nationale pour les aînés, ainsi que des stratégies pour les soins à domicile, les soins palliatifs, la démence et les options relatives à l'assurance médicaments, lesquelles auront une incidence sur les soins aux aînés. Toutefois, une stratégie axée sur les aînés ne peut pas être uniquement fondée sur l'âge. Il faut aussi établir une stratification selon le risque et la vulnérabilité, ou ce qu'on appelle la «fragilité».

Prendre en compte la fragilité peut à la fois améliorer et aider à sauver notre système de santé fracturé.

La fragilisation clinique peut se produire à n'importe quel âge chez des personnes qui ont un état de santé précaire, qui sont aux prises avec des déficiences multiples et importantes et dont le risque de mortalité est plus élevé. Ce qui distingue la fragilisation, c'est qu'un léger problème comme une infection ou une blessure mineure, qui incommoderait peu une personne non fragilisée, peut déclencher rapidement une grave détérioration de la santé chez la personne fragilisée.

Vieillir ne signifie pas nécessairement devenir fragilisé. Par contre, plus on vieillit, plus on est susceptible de devenir fragilisé. La fragilisation, plus que le facteur âge pris isolément, permet de déterminer avec plus d'exactitude les résultats sur la santé et l'utilisation des soins de santé.

Le segment de la population en plus forte croissance est celui des personnes de plus de 80 ans, et plus de 50% de ces personnes sont fragilisées.

Une partie importante et sans cesse croissante de nos dépenses en santé et en services sociaux est consacrée, et le sera de plus en plus, aux Canadiens âgés et fragilisés. D'un point de vue social, la fragilisation impose aussi un lourd fardeau aux proches aidants, notamment des coûts financiers et sociaux et des coûts liés à la productivité.

La fragilisation touche tout le monde

Pourtant, elle est mal comprise, peu reconnue de manière générale et sous-estimée par les professionnels de la santé et le public. Il n'y a pas assez de professionnels de la santé qui ont l'expertise nécessaire pour s'occuper des personnes âgées en état de fragilité et nous n'avons pas suffisamment de données probantes pour guider les soins à ces personnes.

Donc, à quoi ressemblerait notre système de santé et de services sociaux si la fragilisation était prise en compte?

Premièrement, tous les adultes âgés qui entrent en contact avec le système de santé seraient soumis à un dépistage proactif de l'état de fragilité ou de facteurs de risque pour son développement. Avec des outils accessibles et faciles à utiliser pour dépister la fragilité, on pourrait mettre en place des modèles proactifs de soins et d'interventions pour prévenir ou retarder son développement ou sa progression. La planification des soins commencerait de manière hâtive, au lieu d'attendre une crise.

Ensuite, les personnes âgées fragilisées et leur famille, les amis et les proches aidants participeraient à chaque étape du changement du système. Lorsque les citoyens participent à la prise de décision, cela améliore l'expérience du patient, contribue à des services plus rentables et améliore la qualité globale de nos systèmes de santé et de protection sociale.

Le Réseau canadien sur la fragilité a entrepris une étude visant à déterminer les secteurs prioritaires en fonction des commentaires des Canadiens touchés par les personnes âgées vivant avec la fragilité. Les deux priorités relevées portaient 1) sur une meilleure organisation des systèmes de santé et de soins sociaux pour fournir des soins intégrés et coordonnés, et 2) l'adaptation des soins, des services et des traitements pour répondre aux besoins des personnes âgées isolées, sans soutien familial ni personne qui se portent à leur défense.

Malheureusement, le Canada tarde à adopter ses propres innovations comparativement à d'autres pays.

Les qualifications de formation et de certification pour les soignants et les professionnels de la santé incluraient la reconnaissance et l'évaluation de la fragilité. Le Canada est un chef de file en ce qui concerne la mesure du degré de fragilité, les chercheurs canadiens ayant mis au point certains outils parmi les plus utilisés tels que l'échelle de fragilité clinique et l'échelle d'Edmonton. Malheureusement, le Canada tarde à adopter ses propres innovations comparativement à d'autres pays.

Les mesures de réadaptation et de soutien social visant à améliorer les soins et la qualité de vie comprendraient des interventions non médicales portant notamment sur la nutrition, l'exercice et la mobilité, la planification préalable des soins, l'hygiène buccale et l'isolement social. Grâce à des approches novatrices en matière de soins à domicile, les personnes âgées pourraient continuer à vivre de façon autonome et aussi longtemps que possible dans leur communauté, y compris celles qui sont fragilisées.

On a observé que lorsque de l'aide est accordée aux aidants des personnes âgées, les taux d'institutionnalisation, d'hospitalisation et de réadmission sont réduits.

Les aidants obtiendraient de l'aide pour alléger le fardeau économique et les autres charges liées aux soins à domicile. On a observé que lorsque de l'aide est accordée aux aidants des personnes âgées, les taux d'institutionnalisation, d'hospitalisation et de réadmission sont réduits.

Les données indiquent que la transformation du système de santé et de services sociaux pour y intégrer la fragilisation aurait des retombées sociales et économiques importantes. De tels avantages seraient réels et importants pour les Canadiens âgés, leurs familles et les intervenants de première ligne qui prodiguent des soins.

Ce texte a été coécrit avec Russell Williams, président du conseil d'administration du Réseau canadien des soins aux personnes fragilisées, vice-président, Relations gouvernementales et Politiques publiques, de l'Association canadienne du diabète et président sortant de Médicaments Novateurs Canada.

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