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04/07/2018 11:49 EDT | Actualisé 04/07/2018 12:10 EDT

Les Montréalais en situation de handicap ont besoin d'alliés

Il est un peu absurde de s'attendre à ce que des personnes marginalisées mènent elles-mêmes la lutte pour l'accessibilité universelle.

Getty Images/Tetra images RF

Se tenir debout pour celles et ceux qui ne peuvent pas

En cette ère de Black Lives Matter, du mouvement #moiaussi et des appels à la réparation et à la restitution lancés par les peuples autochtones, rappelons-nous que les personnes à mobilité réduite ou ayant d'autres handicaps subissent aussi quotidiennement des obstacles et des indignités qui continuent d'être largement ignorés par notre société.

Sans minimiser le traumatisme profond de la colonisation, du racisme et du harcèlement sexuel, n'oublions pas que le handicap touche des personnes de tout genre, de tout âge, de toute couleur de peau et de toutes les communautés culturelles.

La plupart des personnes handicapées sont donc non seulement confrontées aux difficultés causées par un corps qui ne fonctionne pas comme il le devrait ou qui n'a pas l'air «normal», mais sont aussi sujettes à de multiples formes de préjugés et de discrimination systémiques.

Il y a tellement de besoins urgents dans le monde du handicap (logements abordables adaptés, possibilités d'emploi, options en sports et loisirs, infrastructures, notamment commerces sur rues accessibles, revenu de base garanti, métro accessible par ascenseur, etc.) que, bien souvent, les groupes de défense des droits des personnes handicapées s'éparpillent et sont débordés.

Ils ne partagent pas tous les mêmes objectifs, les mêmes priorités, ni les mêmes ressources, de sorte que le progrès s'accomplit à pas de tortue. Il est un peu absurde de s'attendre à ce que des personnes marginalisées, qui sont déjà aux prises quotidiennement avec d'innombrables obstacles physiques, mènent elles-mêmes la lutte pour l'accessibilité universelle.

L'accessibilité universelle est un droit humain.

Après tout, nous attendons-nous à ce que les personnes sans-abri s'organisent pour revendiquer le manque de logements abordables et l'accès à un revenu de base décent?

La nouvelle mairesse de Montréal a-t-elle la volonté politique d'agir?

Nous ne pouvons pas parler d'une ville inclusive sans parler du fait que près de 20% de la population se sent de trop dans sa propre ville. Cela fait beaucoup de gens dont les besoins fonda­mentaux en matière d'accès sont systématiquement ignorés par la société.

Les municipalités ont le pouvoir d'imposer des normes plus strictes que les normes minimales d'accessibilité universelle définies par les organismes provinciaux.

L'accessibilité universelle est un droit humain. Or, l'exclusion est une habitude si profondément enracinée dans notre culture que nous ne nous rendons même pas compte de son existence.

Pourtant, les municipalités ont le pouvoir d'imposer des normes plus strictes que les normes minimales d'accessibilité universelle définies par les organismes provinciaux. Il incombe à l'administration municipale de s'assurer que tous les Montréalais ont un accès égal aux services et au territoire de la Ville.

Si le conseil municipal peut interdire les sacs en plastique, il peut refuser d'octroyer des permis d'exploitation aux entreprises et aux promoteurs qui ne garantissent pas l'accessibilité universelle.

Mme Plante, les Montréalaises et les Montréalais qui vivent avec des handicaps n'ont pas besoin d'autres études de faisabilité, politiques ou plans d'action. Nous avons besoin d'action immédiate: nous souhaitons que vous nommiez une ou un responsable de l'accessibilité universelle pour veiller à ce que notre ville soit en conformité avec les principes de l'accessibilité universelle à tous les égards.

Ensemble, nous pouvons montrer au gouvernement du Québec et à tout le Canada ce que la véritable inclusion veut dire.

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Appel à toutes les Montréalaises et à tous les Montréalais: devenez des alliés pour l'inclusion!

Si vous vous demandez ce que vous pouvez faire, voici quelques idées:

  • Soyez reconnaissant de vos privilèges: estimez-vous heureux ou heureuse de jouir de la liberté de bouger, de voir, d'entendre. Le handicap peut frapper n'importe qui à n'importe quel moment. Traitez tout le monde avec respect. Reconnaissez qu'une personne en perte d'autonomie ou ayant un autre handicap mène de multiples combats. À sa place, vous ne tiendriez peut-être pas le coup une journée.

  • Reconnaissez l'injustice vécue par tout un groupe de personnes qui n'ont pas accès aux services et aux lieux dont vous profitez et que vous tenez pour acquis. Si quelque chose d'aussi simple qu'une rampe peut rendre plus accessible le café du coin ou votre magasin préféré, envisagez d'en discuter avec le propriétaire. Des subventions existent pour aider les propriétaires d'entreprise à supporter les coûts que cela implique.

  • Faites-en un enjeu électoral: demandez à vos candidats locaux pourquoi il n'y a toujours pas de réglementation qui exige que toutes les nouvelles constructions, quelle que soit leur taille, soient universellement accessibles. Il n'y a vraiment aucune excuse acceptable pour ne pas construire en pensant à l'accessibilité universelle. D'autant plus qu'il est beaucoup plus coûteux d'adapter un bâtiment après coup. Si les choses sont bien faites dès le début, le résultat est bien plus attractif et naturel, et on évite les ajouts qui peuvent avoir pour effet de stigmatiser certaines personnes.

  • Exigez des lois et des règlements: quarante ans de politiques, de plans d'action et de stratégies n'ont finalement pas eu d'impact significatif sur la qualité de vie des personnes handicapées, car les contrevenants ne s'exposent à aucune sanction ni à aucune conséquence. Il ne faut accorder de nouveaux permis qu'aux constructeurs qui s'engagent à s'assurer que tout le monde est le bienvenu.

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