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18/05/2016 08:52 EDT | Actualisé 19/05/2017 05:12 EDT

Histoire de mur et de «poète en bâtiment»

L'autre jour, j'ai eu la visite d'un ingénieur en bâtiment. Je raconte sa visite parce que j'ai été émerveillée. Il glissait sa main sur les murs, presque tendrement, comme on caresse un épiderme chéri.

Dernièrement, j'ai eu la visite d'un ingénieur en bâtiment. À plusieurs centaines de dollars, juste pour sonner à ma porte, vous vous doutez bien que je ne l'invitais pas pour prendre le thé. Il venait inspecter la conformité des travaux de rénovation effectués chez moi l'an dernier et plus particulièrement un mur, un maudit mur disparu, dont la disparition semblait poser problème. Mais ça n'est pas pour vous dire ça que je raconte. Je raconte sa visite parce que j'ai été émerveillée.

Cet homme avait double vision. Son regard était une sorte de laser qui passait au travers les murs. Il regardait les plafonds, les murs, le tour des fenêtres et devinait ce qu'il y avait à l'intérieur: «ici poutre transversale de telle taille qui doit s'accrocher à une autre ici; là des 2 par 10 ou des 2 par 12, joints par des étriers j'espère...» Et le rénovateur fautif, également présent, confirmait.

«Tiens, une légère dénivellation de votre plancher, tellement fine que vous ne la percevez pas ...» Il glissait sa main sur les murs, presque tendrement, comme on caresse un épiderme chéri.

J'ai toujours pensé qu'une maison, c'était un être vivant. Chaque fois que j'en ai quittée une dans ma vie, de gré ou presque de force, j'ai éprouvé ce sentiment de me séparer d'un être vivant, bien-aimé ou mal-aimé. On me disait que j'étais donc sentimentale, qu'un logement n'est qu'un tas de matériaux inertes.

Or, mon rigoureux inspecteur m'a confirmé que j'avais raison. Qu'une maison, ça vit pour vrai. Quand on dit «ma maison a beaucoup travaillé cet hiver» et bien, cela est pas mal vrai et un peu faux. Elle n'a pas forcément bossé, mais elle s'est adaptée, comme les êtres vivants s'adaptent.

En fonction de ce qu'on lui a fait subir - froid, verglas, chaleur, poids, humidité, vent, mouvement - elle s'est ajustée. Plus précisément, ses matériaux se sont ajustés entre eux. Les structures de bois qui composent son ossature répondent aux variations climatiques et environnementales. Elles se contractent ou se dilatent selon la température. J'aimerais bien que mes os en fassent autant!

La maison vit et respire avec ses occupants, à leur rythme. Si vous recevez 50 personnes dans une pièce prévue pour en supporter 12, immobiles ou en mouvement, elle réagit, s'adapte, ou pas. Par exemple, j'ai appris aussi qu'une poutre de bois transversale soutenante a cette «intelligence» de répartir vers ses extrémités, au besoin, le poids qu'on lui impose. C'est pas rien quand même!

Je l'écoutais, admirative. Je le regardais écrire mille petits chiffres, dessiner cent petites lignes comme un artiste fou du détail. En plus, mon ingénieur en bâtiment s'appelle Mousseau comme le peintre du refus global et il ressemble à Jacques Ferron, mon médecin d'enfance et écrivain favori. Il ne peut donc être que «poète en bâtiment».

Croyez-le ou non, j'ai hâte de lire son rapport. Et croyez-le ou non, je regarde maintenant le mur fantôme problématique avec une sorte de bienveillance éclairée.

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