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09/03/2018 09:00 EST | Actualisé 09/03/2018 09:00 EST

Et si Martine Ouellet avait raison?

Martine Ouellet force présentement tous nos nationaleux à se regarder dans le miroir pour faire leur examen de conscience.

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Conclusion: C'est peut-être Martine Ouellet qui est la moins mêlée parmi toute la nébuleuse des adeptes du nationalo-souverainisme-indépendantisme qui grouillent et grenouillent au Québec.

Ceci étant, de base, au commencement, elle est ingénieure mécanique (McGill). C'est une bonne tête éduquée à la rigueur de la logique mathématique des sciences pures et appliquées; le tout coiffé d'une Maîtrise en administration des affaires (MBA) des HEC Montréal. Ce n'est pas rien.

Elle a été cadre chez Hydro-Québec, une entreprise de classe mondiale où l'esprit d'équipe est une valeur fondamentale. Madame Ouellet a-t-elle été promue parce qu'elle est une femme? Peut-être, qui sait. Mais dans une entreprise comme Hydro-Québec, de l'embauche définitive aux promotions, pensez à un rigoureux processus de sélection où l'assentiment des pairs est primordial. En ce sens, dans la balance des inconvénients, ce qui est toujours le cas en dotation, Martine Ouellet a passé « au travers » de plusieurs étapes dans son cheminement professionnel.

Son parcours est d'autant plus remarquable que son supposé « caractère » n'est pas arrivé subitement un matin, comme une opération du Saint-Esprit. Sa forte tête est connue depuis ses premiers gazouillis et avec l'âge, on s'améliore sans se refaire. Non, la députée de Vachon n'est pas la Martine des albums d'enfants ni la Cruella d'Enfer des 101 Dalmatiens.

Oui, elle est « rough » et « tough ». Mais vous qui chialez contre la langue de bois des politiciens, leurs louvoiements et le reste, là vous êtes en présence d'une femme « centrée sur la tâche » qui a des « couilles » avec un filtre parolier minimaliste pour vous dire les vraies affaires. Et il s'en trouve encore une majorité pour jouer aux vierges offensées à ne pas être content (évidemment, je parle de sa clientèle naturelle). Je ne comprends pas. Avant de donner une partie des clés du capharnaüm qu'est devenu le mouvement indépendantiste au Québec à cette passionaria de l'indépendance, me semble que les concernés auraient dû y réfléchir.

Une fois élue, nommée, couronnée ou ce que voudrez à la tête du Bloc québécois, Martine Ouellet a réagi en Martine Ouellet et assumée son rôle avec son intelligence opiniâtre, efficace comme une tête chercheuse. Première étape, côté ingénieur-rigueur et gestionnaire-décideuse, faire le ménage sur la base de la mission du Bloc c.-à-d. son article 1 : Le Bloc québécois est un parti indépendantiste qui est la seule option permettant à la nation québécoise de s'épanouir pleinement. Ça tombe bien, Martine Ouellet est une pure et dure de l'indépendance du Québec, genre Pierre Falardeau à talon haut sans cigarette.

Ça tombe bien, Martine Ouellet est une pure et dure de l'indépendance du Québec, genre Pierre Falardeau à talon haut sans cigarette.

On s'attend d'un chef, d'un PDG, surtout nouvellement nommé, qu'il recentre les actions de son organisation sur sa mission de base, en éliminant l'accessoire. En affaire, on appelle ça créer de la valeur; en politique, on veut générer des votes. En affaires, quand l'intendance n'est pas enlignée sur les objectifs, on lui fait quitter prestement le navire. Au Bloc, ça donne une autre des crises publiques, typiques du mouvement nationaliste québécois chicanier.

Martine Ouellet agit simplement en fonction de son système de valeurs et du mandat que lui a confié son « actionnariat ». C'est une femme de caractère, moderne, instruite et engagée qui est en mission pour l'indépendance du Québec, comme meilleur moyen pour défendre les intérêts de celui-ci. Si elle n'est plus légitime comme cheffe, qu'on l'expulse !

Avec Martine Ouellet, on comprend que les intérêts supérieurs du Québec sont entièrement subordonnés à son indépendance politique. On pourrait même rajouter que l'inverse existe difficilement, tant il peut s'accomplir dans le cadre actuel du régime fédéral canadien. Autrement dit, pour favoriser les intérêts du Québec, sommes-nous mieux servis par un député au gouvernement ou même dans l'opposition, que par un indépendant indépendantiste relégué dans un coin obscur des Communes? Pour Martine Ouellet, la réponse s'impose d'elle-même et pour le reste, c'est-à-dire le style de leadership, il fallait y penser avant.

Dans l'immédiat, la Margaret Thatcher québécoise vient de sonner la fin de la récréation en voulant briser le paradigme du confort dans lequel est installé depuis des décennies, le mouvement vieillissant nationalo-souverainiste-indépendantiste québécois à Ottawa.

Dans l'immédiat, la Margaret Thatcher québécoise vient de sonner la fin de la récréation en voulant briser le paradigme du confort dans lequel est installé depuis des décennies, le mouvement vieillissant nationalo-souverainiste-indépendantiste québécois à Ottawa. Elle vient de brasser le cocotier de ceux qui sont confortablement assis « dessus »; et dans certains cas, comme un droit acquis depuis 27 ans. Elle vient de ramener à l'ordre ceux qui pensent qu'Ottawa, c'est une sinécure pour jouer au bon député avec tous les copains et les copines de la capitale fédérale, en parlant d'indépendance une fois de temps en temps, pour donner le change. Il n'y a rien de mieux que Martine Ouellet pour vous guérir du syndrome de Stockholm.

L'indépendance d'une nation n'est pas autre chose qu'une révolution comme vient de le montrer la réaction épidermique de l'Espagne dans le cas de la Catalogne. Une révolution, c'est 2 choses : une promesse de changement et une autre de lendemains meilleurs. C'est le chemin proposé par Martine Ouellet et c'est devant cela que viennent s'insurger tous les concernés avec force et analyses politico-psychologiques de tout acabit. Probablement parce que les « lendemains meilleurs » ne sont pas si évidents en comparaison des acquis du « plusse beau » pays du monde au royaume du Roi du déguisement.

En ce sens, Martine Ouellet force présentement tous nos nationaleux à se regarder dans le miroir pour faire leur examen de conscience en leur disant : « La recette actuelle ne fonctionne pas. On va se recentrer sur notre mission historique et ensuite, on va mettre les moyens pour y arriver. Êtes-vous prêt pour un grand changement, au risque de devoir abandonner vos habitudes et votre confort? Je ne suis pas rassembleuse – Who care! – c'est la Cause et le Grand soir qui compte, oui ou non? »

À voir les réactions quasi unanimes, il semble que non. Comme le disait mon ex-beau-frère : « Ventre plein ne se révolte pas ». Tel est le cercle vicieux où est enfermé depuis longtemps, la mouvance indépendantiste vieillissante, que Martine Ouellet veut briser. Sur le fond des choses, elle a raison. Suicidaire? L'Histoire jugera.

Doit-elle se soumettre à un vote de confiance? Non, elle vient d'arriver en poste. Qu'on la limoge ou qu'on la laisse travailler. La dernière rumeur veut même que l'on songe à fonder un Bloc 2.0 pour retrouver son confort pré-Martine; grand-guignolesque.

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