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13/08/2015 10:41 EDT | Actualisé 13/08/2016 05:12 EDT

Trudeau au féminin

Je n'avais pas tout à fait identifié ce qui m'agaçait chez Trudeau fils lors du débat Maclean's. Il m'avait paru trop... féminin. « On va jaser », « Finies les divisions », « On va s'entendre avec les provinces ». N'est-ce pas comme cela qu'on qualifie (probablement à tort) la façon dont les femmes exercent le pouvoir?

Oh, je ne me ferai pas aimer par certains groupes féministes aujourd'hui. Quoique, bien franchement, en y réfléchissant deux secondes, on ne sait plus trop comment on peut définir ou qualifier le féminisme de nos jours.

Bref, il y a quelque chose qui m'agace dans le discours politique depuis toujours et c'est cette manie d'en appeler au discours vertueux. Vous le savez, c'est quelque chose que j'ai dénoncé dans L'Illusion tranquille puis dans Pour en finir avec le Gouvernemaman.

Écoutez bien les politiciens. N'entendez-vous pas de façon quasi abusive leurs slogans de "solidarité", "d'équité", de "justice sociale"? Ne voyez-vous pas l'usage excessif de ces sentiments nobles dans leur publicité? Jusque dans le titre de leurs projets de loi? Surveillez, vous verrez bien. En êtes-vous rendus comme moi, à vous dire qu'un tel charabia reflète un manque de contenu et une piste d'atterrissage facile quand on perd pied ou qu'on n'a carrément rien de structuré à proposer? Quand on veut enrober la défense d'un groupe corporatiste (comme les taxis et les hôtels vs Uber et Airbnb) avec le noble discours d'équité?

Désolée. Je n'achète pas. C'est partout et ça m'exaspère. Je n'y suis aucunement sensible. Pour moi, ce qui compte, ce sont les résultats, peu importe l'emballage. Je ne dois pas être normale; après tout, je suis Québécoise. Les Québécois sont "emo", nous a-t-on appris. On vote avec le coeur.

Bref, pour en venir à Trudeau, je n'avais pas tout à fait identifié ce qui m'agaçait chez Trudeau fils lors du débat Maclean's. Il m'avait paru trop... féminin. "On va jaser", "Finies les divisions", "On va s'entendre avec les provinces". N'est-ce pas comme cela qu'on qualifie (probablement à tort) la façon dont les femmes exercent le pouvoir? La concertation? Le besoin d'atteindre un compromis? Dire qu'il y en a qui croient ça... Chez les femmes, veut-on nous faire voir, à quelque part, tout le monde a raison, personne n'a tort et à terme, tout le monde va payer pour contenter tout le monde. Avouez! On va rester des ami(es) et on va pouvoir continuer de travailler ensemble... dans l'harmonie, la paix et la solidarité. C'est-y pas joli ça?

Contrastez ça avec l'approche Harper qui ne voit aucune utilité à "s'asseoir avec les provinces" lorsqu'il connaît trop bien que sur certains sujets (la pertinence du Sénat, par exemple), il n'y a rien à faire et qu'aucun consensus n'est même possible. Ni à court terme, ni à long terme. Rien à faire. Pas de temps à perdre, semble être sa philosophie. Laissons le temps faire son oeuvre et les choses évoluer... Pas de slogan là. Pas de fausses prétentions. Pas de détours pour plaire à celui-ci ou à celle-là.

Il y a aussi un petit côté étonnamment paternaliste chez Trudeau. Je n'ai jamais aimé ce ton chez nos politiciens. Croit-il que ce ton plaît davantage aux femmes qu'aux hommes? Est-ce pour cette raison qu'il n'hésite aucunement à caresser le ventre d'une femme enceinte ou à poser avec une femme aux seins nus? Peut-être... Peut-être n'y a-t-il plus aucune zone d'intimité au-delà de laquelle le politicien ou même l'inconnu ne peut traverser.

Remarquez que la femme elle-même participe peut-être à cette désacralisation dont parle Denise Bombardier dans sa chronique (VIP) d'hier. Bien franchement, peut-on seulement exprimer l'opinion que des séances "d'allaitement collectif" dans les espaces publics ou la publication de mères allaitant des enfants de trois ou quatre ans ne sont pas exactement des images qui entretiennent l'idée qu'il y a quelque chose d'intime, de précieux et d'exclusif dans la relation mère-enfant.

Est-il seulement possible d'exprimer un malaise face à cet étalage de femmes qui semblent avoir besoin de donner une leçon à la société tout en donnant le sein? C'est ce qu'on verra...

Pour revenir encore une fois sur notre Trudeau, cette semaine, le chef du Parti libéral du Canada déclarait ce qui suit:

"We're proposing a strong and real plan, one that invests in the middle class so that we can grow the economy not from the top down the way Mr. Harper wants to, but from the heart outwards," Trudeau said. - Source

"From the heart outwards"... Quessé ça?

Autre pièce à conviction? Le commentaire que Justin Trudeau a livré aux Canadiens à la fin du débat de Maclean's (écoutez à partir de 1:57:07; ça vaut la peine!). Avez-vous déjà entendu pareille insignifiance sentimentale? "Le Canada qui coule dans ses veines?"

Enfin, une élection est une occasion, bien sûr, de choisir un gouvernement dont les politiques correspondent à notre vision du rôle de l'État et dont les priorités permettent une plus grande prospérité pour le pays et une plus grande liberté des individus à se réaliser.

Lâchez-moi les nobles sentiments, voulez-vous? Les histoires de coeur, la victimisation de grands pans de l'électorat et l'approche féminine, je n'achète pas. Ça, c'est bon pour le courrier du coeur et pour les magazines féminins.

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