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15/09/2015 11:04 EDT | Actualisé 15/09/2016 05:12 EDT

TDAH: ils vont où, les 2,3 milliards pour les élèves en difficulté?

Se peut-il que du cash, il n'en manque pas, mais qu'on soit loin d'être certains qu'il aille dans les classes, là où sont les élèves?

Le socioéconomiste Jean-Claude St-Onge, militant dénonciateur de l'industrie pharmaceutique, a récidivé la semaine dernière en lançant son dernier ouvrage TDAH? Pour en finir avec le dopage des enfants.

Mettons de côté pour l'instant le fait que St-Onge qualifie le TDAH (trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité), de «maladie fictive» et qu'il conteste que le TDAH soit un trouble du cerveau ou encore une maladie génétique et héréditaire. Faisons abstraction également de son profond scepticisme envers les outils de diagnostic (qu'il qualifie de subjectifs et donc, non valables) et de son aversion envers une industrie pharmaceutique dont l'influence auprès des médecins, parents et enseignants, serait grandissante. Tout cela dit, il demeure que St-Onge soulève une interrogation importante: y a-t-il surdiagnostic du TDAH au Québec, maintenant champion canadien de la consommation de psychostimulants (ex.: Ritalin)?

Les données sont ahurissantes:

• En 10 ans, de 2000 à 2009, le nombre d'ordonnances de psychostimulants a pratiquement quadruplé;

• De 2010 à 2014 (en 5 ans), la quantité de comprimés vendus en pharmacie a augmenté de 56%;

• Québec bat le record de consommation des psychostimulants. En 2011, Québec compte 23% de la population mais consomme 35% des psychostimulants;

• Les EHDAA (élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage ou d'adaptation) représentent maintenant 20% de tous les élèves, contre 12% il y a 10 ans.

La question qui tue: y a-t-il surdiagnostic?

Oui, répond clairement le pédiatre Jean-François Chicoine (écoutez ici son commentaire). «Si on est rendus à 13%, c'est sûr qu'on en traite trop. St-Onge a raison pour ce qui est de la multiplication du diagnostic», conclut-il, ce 13% faisant référence au pourcentage d'élèves du secondaire qui ont reçu un diagnostic pour le TDAH. Plus encore, selon St-Onge,

«Le Centre du TDAH de l'hôpital de Rivière-des-Prairies à Montréal retire 60% de ces diagnostics aux enfants qui leur sont envoyés par des médecins soupçonnant l'existence d'un TDAH ou ayant posé un tel diagnostic. Le TDAH est surdiagnostiqué ou fait l'objet d'erreurs de diagnostic. Le ministre québécois de la Santé estime que les psychostimulants sont surprescrits et le Collège des médecins du Québec déclarait en février 2015: "On est conscient qu'il y a un problème de surdiagnostic", les généralistes sont "mal outillés" pour poser des diagnostics liés aux troubles de l,apprentissage et du comportement.» - TDAH? Pour en finir avec le dopage des enfants, p. 21.

Donnée tout à fait intéressante: 60% des enfants qui prennent des psychostimulants sont nés en juillet, août et septembre. Explication possible? Plusieurs cas s'expliquent par un simple manque de maturité. Les enfants sont juste trop jeunes et ont plus de difficulté à suivre le groupe. Rien à voir avec un trouble de neurotransmetteurs du cerveau... avis aux parents.

Écoutez ma chronique sur le sujet au FM 93,3 à l'émission Bouchard en parle.

Selon l'auteur, plusieurs autres causes de type social ou environnemental peuvent être à l'origine d'un trouble d'inattention: manque de sommeil, toxines, troubles à la maison, etc.

Et puis, il y a la question des incitatifs financiers...

Les commissions scolaires se livrent à une «course» pour obtenir des diagnostics d'élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) et ainsi toucher plus de subventions. C'est ce qui explique en partie l'explosion du nombre de diagnostics, estime Québec.

Pour chaque EHDAA qu'elle déclare, une commission scolaire reçoit une allocation de base qui varie de 10 000 $ à un peu plus de 18 000 $, selon le handicap identifié par un «code de difficulté». Cette allocation est de 5 000 $ pour un élève régulier. - La Presse, 19 février 2015.

La rue est-elle la meilleure amie des élèves en difficulté?

Alors qu'on annonce des grèves dans le milieu scolaire, qu'on y exerce des moyens de pression qui troublent la qualité de vie des jeunes et des parents (annonce de grèves), nous serions en droit de nous demander si les sommes versées aux commissions scolaires sont utilisées à bon escient, non?

Vérification faite auprès du cabinet du ministre de l'Éducation, c'est 7,3 milliards (budget 2015-16) qui sont versés spécifiquement aux commissions scolaires. De ces 7,3 milliards, tenez-vous bien, c'est 2,3 milliards qui sont destinés aux élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage (EHDAA). 2,3 milliards!!! 32% des 7,3 milliards!!!

32% de ce qui est versé aux commissions scolaires devrait, en principe, servir à offrir des services directs aux élèves en difficulté.

Est-ce le cas? Est-il possible qu'encore une fois, fidèle au modèle québécois, on répartisse trop et trop mal des sommes qui devraient être mieux ciblées? Ces 2,3 milliards, vont-ils vraiment à des services directs en assistance aux enseignants? On en doute. Selon le ministère, «il s'avère qu'environ 40% du temps de travail des spécialistes en adaptation scolaire servirait à des tâches administratives».

Les enseignants qui portent le macaron et des t-shirts au sigle de leur syndicat sont-ils bien certains qu'ils visent le véritable coupable? Se peut-il que du cash, il n'en manque pas, mais qu'on soit loin d'être certains qu'il aille dans les classes, là où sont les élèves?

Se peut-il également qu'on trippe pas mal trop diagnostic, mais qu'on néglige l'assistance et le soutien direct aux enseignants et aux élèves?

Une généreuse enseignante me faisait part que sa classe comptait 18 élèves. De ce nombre, 8 étaient TDAH! Quatre élèves dans son groupe requéraient des plans d'intervention individualisés. Lorsqu'un élève avait un résultat de 73%, on le considérait «à risque». Vraiment? À risque à 73%?

Lors de l'analyse des crédits du ministère de l'Éducation, on apprend que les EHDAA constituent 28,6% de la clientèle de la Commission scolaire de Montréal, ce qui est plus élevé que le réseau dont le taux s'élève à 25,8%. Un élève sur quatre dans tout le réseau...

Crime que j'ai d'la misère à gober ça.

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