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11/07/2015 08:20 EDT | Actualisé 11/07/2016 05:12 EDT

Mais que faites-vous là, Sam Hamad?

Le gouvernement Couillard, assisté de son ministre Sam Hamad, entend appuyer les deux plus grandes centrales syndicales du Québec dans leur lutte contre la transparence syndicale.

Attendez me-nute là? Le gouvernement Couillard, assisté de son ministre de l'Emploi et du Travail, Sam Hamad, entend appuyer les deux plus grandes centrales syndicales du Québec dans leur lutte contre la transparence syndicale?

Si ce gouvernement avait vraiment à cœur la défense des travailleurs et la création d'un environnement propice au développement, il serait, au contraire, tout à fait heureux que le gouvernement canadien ait adopté (enfin!) le projet de loi C-377 qui contraint les organisations syndicales à ouvrir leurs livres.

«Le rapport de force entre travailleurs et employeurs risque d'être déséquilibré», se plaint le trésorier de la CSN, Pierre Patry. J'ai des p'tites nouvelles pour vous, Monsieur Patry. Ce rapport de force, il l'est déjà, déséquilibré... à la faveur grossière d'organisations qui croient ne pas devoir rendre de comptes à personne.

Qu'y a-t-il de si menaçant à rendre publiques certaines informations des organisations syndicales, telles:

• Les noms de tous les salariés gagnant plus de 100 000 $;

• Toute dépense de 5000 $ et plus, et son bénéficiaire;

• Le temps consacré par les employés à des activités politiques et de lobbying non liées aux relations de travail.

Rien. Les travailleurs - que dis-je, la société ! - que vous prétendez défendre ont le droit de savoir ce que vous faites avec l'argent qu'ils vous confient.

Ne vous humiliez pas non plus à comparer les organisations syndicales aux entreprises privées. Ces dernières rendent des comptes à leurs actionnaires; vous avez à rendre des comptes à vos cotisants (forcés) et à l'ensemble des contribuables qui vous font vivre. Selon le Journal de Montréal, Daniel Boyer, le patron de la FTQ, est offusqué. «Ils veulent nous empêcher d'appuyer des causes avec lesquelles nous sommes solidaires. Ils veulent s'immiscer dans nos affaires», a-t-il martelé, au téléphone, furieux.

Euh... Oui. Vous n'avez pas à défendre des «causes avec lesquelles nous sommes solidaires» (ex.: les étudiants du printemps 2012). Votre mission: défendre les conditions de travail de vos cotisants. Pour le reste, c'est pratiquement du détournement de fonds (sans compter les épisodes de corruption, d'abus de pouvoir, de tordage de bras d'entreprises concurrentes, etc.)

En ce moment, les syndicats ne sont pas tenus de révéler au grand public ce qu'ils font avec les cotisations de leurs membres. Des informations sont fournies, mais de manière ponctuelle, à la discrétion des syndicats.

«Si quelqu'un m'appelle pour me demander une information financière, je vais la lui donner. Il n'y a pas de cachette», assure M. Boyer.

Ben oui, quin. On croit ça dur comme fer.

Mais le paragraphe le plus choquant de l'article est le suivant:

Le ministre du Travail, Sam Hamad, entend appuyer les syndicats du Québec dans cette bataille. Son attachée de presse, Maria Henriquez, a dit que Québec «n'était pas favorable au projet de loi». «On est en train d'étudier comment articuler notre action», a-t-elle dit.

Quessé ça? Ai-je besoin de rappeler au premier ministre Couillard et au ministre Sam Hamad que les cotisations syndicales sont déductibles d'impôt? Que JE paie, bien malgré moi, les organisations syndicales pour qu'elles me siphonnent davantage le fruit de mon travail? Ai-je besoin de vous rappeler que je dois participer à ces organisations désuètes, immobilisantes, qui contaminent les environnements de travail, même si je ne suis pas syndiquée? Que si on faisait un sondage, ici là, aujourd'hui, qu'il y a bien des chances que de nombreux travailleurs décideraient de se dé-syndicaliser?

Et quelle belle coïncidence. Forum Research nous apprend cette semaine que les deux tiers des Canadiens appuient le projet de loi C-377 sur la transparence syndicale. Plus encore,

French-speaking Canadians support the bill more strongly than Anglophones: 69 per cent of French-speakers said they agreed with it compared to 60 per cent of English speakers.

EN FRANÇAIS SVP? Les Canadiens francophones appuient le projet de loi dans une proportion supérieure à celle des Canadiens anglophones: 69% vs 60%.

Voilà, Messieurs Couillard et Hamad. Alors, une question simple pour vous: vous défendez qui au juste en vous alliant aux syndicats de cette façon? Vous imaginez-vous vraiment qu'ils seront vos alliés lorsque viendra le temps des négociations de l'automne? Si c'est le cas, ce serait faire preuve d'une grande naïveté.

Et puis, est-ce un hasard que le gouvernement Couillard choisisse ce moment, cette période pré-électorale, pour contester le projet de loi fédéral du gouvernement conservateur? Est-ce la façon du gouverment de Philippe Couillard de s'introduire dans l'élection fédérale de l'automne? Pas une bonne idée, les amis. Pas une bonne idée du tout...

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