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29/09/2015 10:20 EDT | Actualisé 29/09/2016 05:12 EDT

Le débat Munk: le meilleur débat jusqu'ici

Justin Trudeau a livré la marchandise pour ses partisans et à ceux qui veulent défaire Stephen Harper à tout prix. Stephen Harper a été lui-même. Thomas Mulcair n'a pas réussi à faire monter sa cote de crédibilité.

Les gens qui n'ont eu ni l'intérêt ni le temps d'écouter le débat portant sur les affaires étrangères ont raté quelque chose. Voilà un débat et un animateur qui pourraient faire la leçon à nos experts d'ici, du moins qui pourraient les inspirer.

D'abord une consigne aux leaders: respecter l'espace de parole de l'autre. Puis, la présence d'un public. L'auditeur a donc été respecté, signe de maturité des protagonistes (Mulcair avait complètement changé d'attitude) et lorsque Justin Trudeau a dérapé en voulant écraser Stephen Harper, il y a eu des huées dans la salle.

Enfin, peu de questions sur une période de deux heures, même pas une dizaine. Un temps raisonnable pour chacun des leaders d'expliquer sa position, suivi d'un échange entre deux leaders. Puis, introduction du troisième à la discussion par le modérateur qui a fait un sacré bon boulot au point de rappeler à certains d'entre eux de bien vouloir répondre à la question.

Le thème des affaires étrangères est normalement peu couvert par nos médias québécois. Comme l'économie, j'imagine que Influence Communication pourrait confirmer que ce n'est pas ce sur quoi nos médias québécois carburent. Plus complexe que de débattre sur le tarif des garderies ou de soulever des comptes de dépenses des officiers de nos sociétés d'État, le débat d'hier a tout de même été parfaitement accessible, du moins à ceux qui comprennent bien l'anglais (il y avait toutefois traduction simultanée).

Hormis la question du niqab qui risque de devenir la question de l'urne au Québec, il ne serait donc pas mauvais qu'on ait une petite idée d'où logerait le prochain premier ministre du Canada sur certaines questions, non?

  • Quel rôle devrait jouer le Canada dans sa lutte contre l'État islamique? Essentiellement de l'aide humanitaire? Former les troupes sur le terrain? Une participation au volet militaire? Tous à la fois?
  • Concernant l'accueil des réfugiés syriens et autres réfugiés en général, avec quelle approche êtes-vous le plus à l'aise?
  • Êtes-vous d'accord avec le projet anti-terroriste (C-51) adopté récemment par le gouvernement de Stephen Harper?
  • Êtes-vous d'accord avec Harper pour révoquer la citoyenneté d'un terroriste canadien (évidemment s'il a une double citoyenneté) ou voulez-vous que cette loi soit abolie?
  • En qui feriez-vous le plus confiance face à Poutine de la Russie?
  • Comment jugez-vous des relations entre le Canada et les États-Unis et avez-vous confiance qu'elles pourraient être meilleures? Avec qui et comment?
  • Quelle devrait être l'amplitude de l'aide humanitaire vers les pays ou via des programmes d'aide dans d'autres pays?
  • Trouvez-vous important de tenter de convaincre les États-Unis de la valeur ajoutée du pipeline Keystone?
  • Sur la question climatique, en qui faites-vous le plus confiance? (évidemment si vous croyez 1) aux changements climatiques et 2) si l'homme peut y changer quoi que ce soit).

La performance des leaders

  • Justin Trudeau a livré la marchandise pour ses partisans et à ceux qui veulent défaire Stephen Harper à tout prix. Je peine toutefois à l'imaginer devant un Poutine, à être authentiquement préoccupé des questions de sécurité entourant le terrorisme et à pouvoir se détacher, lorsqu'il le faut, de l'héritage de Trudeau père.
  • Stephen Harper a été lui-même. Il a dégagé assurance, expérience et conviction. Le fait qu'après une décennie au pouvoir, des opposants qui ont le couteau entre les dents ne réussissent pas à l'ébranler est un constat en soi. Sur les questions reliées à l'État islamique, l'accueil des réfugiés syriens et la loi C-51, est celui qui est le plus connecté aux souhaits de la population canadienne. Toutefois peu crédible sur la question des changements climatiques.
  • Thomas Mulcair n'a pas réussi à faire monter sa cote de crédibilité hier soir. Alors que les deux autres leaders se sont partagé à peu près à parts égales les applaudissements du public, Mulcair n'a pas semblé recevoir l'assentiment de la salle. Plus gros point faible à mon avis: cette idée que le Canada ne peut participer à des efforts militaires sans l'aval de l'ONU. Comme on dit sur Twitter: #PasFort. Si vous êtes contre les pipelines et contre toute intervention militaire, quelle qu'elle soit, Mulcair est toutefois votre homme.

Et non, il n'a pas été question du niqab hier...

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