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01/07/2015 11:36 EDT | Actualisé 01/07/2016 05:12 EDT

Rentabiliser la pauvreté

Si le gouvernement tenait vraiment à régler le problème de pauvreté, il fournirait des services plutôt que de se laver les mains en distribuant des chèques d'aide sociale, favorisant ainsi leur mauvaise utilisation.

La pauvreté n'est pas un problème clair et simple à définir. Une personne ayant deux enfants à charge avec un revenu annuel de 24 000 $ peut-être qualifiée de pauvre par une autre déclarant un salaire annuel de 158 000 $. Une autre personne tirant un revenu de 11 000 $ peut aussi paraître riche pour une personne sans aucun revenu (même d'appoint). De plus, notre pauvreté peut sembler bien exagérée pour les habitants de pays complètement désorganisés ou en guerre.

La pauvreté détient un caractère relatif, surtout dans une société qui tend à se hiérarchiser grâce aux gains monétaires réalisés par ses membres. J'ai souvent l'impression qu'on utilise cette complexité pour éviter cette problématique.

L'échec du capitalisme d'après-guerre

Chose certaine, l'économie de marché qui a permis l'explosion du PIB en Amérique du Nord, suite à la Seconde Guerre mondiale n'a pas su régler ce si vieux problème, malgré ses promesses. En 2011, c'est 10,9% de la population âgée de 16 ans qui était incluse dans la catégorie des faibles revenus (c'est le mot gentil pour dire «pauvre»). Cette statistique est malheureusement constante depuis les 15 dernières années (11,1% en 1996) et augmente dangereusement chez les personnes âgées (hausse de 7,9% de 1996 à 2011). Au Québec, un peu plus de 1 personne sur 10 est pauvre, dans un des pays les plus riches du globe.

La rente des pauvres

Ce qui m'intéresse particulièrement pour ce billet, ce sont les assistés sociaux. Ceux à qui l'on donne un chèque pour s'en débarrasser en se croisant les doigts afin qu'ils utilisent un minimum de services fourni par l'État (souhait plutôt naïf). En février 2015, on chiffrait ces derniers à 215 391, soit près de la population totale d'une ville comme Longueuil, la cinquième ville en importance au Québec.

Le défi majeur de nos assistés sociaux est de subvenir à leurs besoins essentiels, ceux qui se retrouvent à la base de la pyramide de Maslow, c'est-à-dire se nourrir, se loger, se vêtir.

La difficulté de répondre à ces besoins dépend largement de l'endroit où le pauvre se trouve. À Montréal, son loyer lui coûtera presque tout son chèque, contrairement à Shawinigan. À Schefferville, c'est la nourriture qui coûte cher à cause du transport. Autrement dit, les chèques de BS ont une valeur différente d'une ville à l'autre.

Un toit, du pain, des vêtements chauds et non un chèque

C'est ainsi parce que l'État n'utilise pas sa capacité à générer des économies d'échelles (les prix de gros). La société entière paie pour que quelques-uns touchent des bénéfices sur les pauvres. Si le gouvernement tenait vraiment à régler le problème de pauvreté, il commencerait par fournir ces services (ce qui coûterait beaucoup moins cher) plutôt que de se laver les mains en distribuant des chèques et en favorisant ainsi leur mauvaise utilisation (achat autre qu'essentiel). L'économie réalisée pourrait être ensuite investie dans un meilleur encadrement pour les remettre sur pied plutôt que de lâchement les laisser à eux-mêmes. Si les pauvres étaient en mesure d'attirer plus de sympathie politique, il en serait autrement. Mais c'est eux qu'on blâme pour leurs coûts engendrés alors qu'il s'agit largement d'erreur de gestion de nos gouvernements.

Tendre la main vers quelqu'un qui nous rendra la pareil

Les pauvres sont des ressources mal utilisées que nous avons poussées sous le tapis, rendu coupable de paresse, de défectuosité, d'incapacité. La logique est simple: si le marché les rejette, ce sont inévitablement des parias.

Mais si nous étions capables de voir plus loin que ce qui nous est proposé, on pourrait y trouver une main-d'œuvre pour des projets sociaux. Des personnes pouvant mettre l'épaule à la roue pour des organismes de charité ou autre. Ce qui pourrait libérer un certain poids supporté par l'État, comme le faisait jadis l'Église. Ce qui pourrait permettre à des personnes de se refaire une confiance, d'obtenir des compétences et de l'expérience de travail pour retourner à la vie normale. Ce qui en ferait des membres à part entière de la société, des gens avec une utilité plutôt que des gens brisés et vides d'espoir. Puisque comme le disait Félix Leclerc «le meilleur moyen de tuer un homme, c'est de le payer à ne rien faire».

Article précédemment paru sur l'Anticønførmiste.

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