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18/10/2016 10:33 EDT | Actualisé 19/10/2016 10:04 EDT

Ma carrière radio grâce au bégaiement

Qui aurait pu prédire que le petit gars qui n'arrivait pas à enchaîner deux mots de suite gagnerait sa vie derrière un micro. Je te raconte comment ma plus grande faiblesse est devenue ma plus grande richesse.

Qui aurait pu prédire que le petit gars qui n'arrivait pas à enchaîner deux mots de suite gagnerait sa vie derrière un micro. Je te raconte comment ma plus grande faiblesse est devenue ma plus grande richesse.

Le cauchemar commence dès mon entrée au secondaire... Le stress d'un nouvel établissement et de rencontrer des nouvelles personnes me faisait parler vite... vite... vite, sans respirer. Conséquence : je m'enfargeais dans mes mots. Premier cours... On doit se nommer... «Salutmoic'estji... ji..ji... ji... ji.. MMY». La classe s'esclaffe de rire et on me surnomma «Ji...Ji...MMY». On se moquait de ma petite voix de fillette. J'ai perdu confiance en moi... Je m'enfargeais de plus en plus dans mes mots.

Dans ma classe de français, à tour de rôle, il fallait lire un paragraphe d'un texte... Je voyais mon tour s'en venir... Je blêmissais! Il y avait une consonne qui me causait beaucoup de fil à retordre: le «L». Je comptais les tours... Et mon paragraphe commencera par «Il». Pour éviter de trébucher, je trouvais un synonyme du mot en tête. Mais dans un texte de Molière, remplacer le «Il» par Tintin... Pas la meilleure idée. Mon tour arrive: «I...I...I....ILLLL». Fou rire dans la classe. Je réessaie... Je réessaie... Échec par-dessus échec. Pas capable de compléter le mot sans entendre la classe se moquer de moi.

Chaque cours de français, un massacre... Chaque lecture devant public était le pire où je pouvais être... Je pense que j'aurais aimé mieux être dans le couloir de la mort... Les criminels ont un privilège de plus que moi: choisir leur dernier repas. L'enseignant a convoqué une rencontre avec ma mère pour trouver une solution à mon bégaiement. Cet appel était pour moi le plus grand coup de poignard à mon estime personnel : on venait de me catégoriser comme un déficient, un bègue!

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Oui, j'y ai pensé... Nous venions de perdre un ami qui s'était suicidé et les paroles de mon père me rebondissent encore dans la tête : «Y'aura toujours une solution»! À ce moment-là, j'étais mince... sans force. Une mouche m'aurait mis K.O... Au lieu d'utiliser mes poings pour me défendre, j'avais une autre philosophie: prouver à mes intimidateurs lors de nos retrouvailles dans 10 ans que j'aurais réussi dans la vie.

Avant de me coucher, je répétais les mots suivants : «Je vais réussir... Je vais réussir... Je vais réussir...»

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J'ai pris mon courage à deux mains, et je me suis transformé en tank. J'ai sorti mon arme secrète: l'autothérapie. Chaque matin, je lisais le journal à voix haute, bouchon de liège en bouche. Le petit «Ji...Ji...Ji...MMY» se présentera à la présidence de l'école contre son meilleur ami et les deux filles les plus populaires du secondaire. Je me sentais à ma place, mon débit a augmenté considérablement et je parlais beaucoup plus fort. C'était ma façon de leur dire : «ARRÊTEZ». Chaque matin, les candidats à la présidence devaient «parler» à l'audiovox. Moi, je criais. Les enseignants devaient mettre des oreillers devant les haut-parleurs pour que ma voix sonne normale.

Les bègues diront que lorsqu'ils se sentent observés, les troubles d'élocution sont pires. En parlant à l'audiovox, j'étais seul derrière un téléphone et personne ne me voyait. Avant de me coucher, je répétais les mots suivants : «Je vais réussir... Je vais réussir... Je vais réussir...» Qu'est-ce que vous pensez qui est arrivé après? J'ai été élu président. Mon premier accomplissement: créer une charte contre l'intimidation. Chaque matin, je me plaisais à annoncer les activités parascolaires à l'audiovox. Je venais de découvrir ma plus grande passion: l'animation radio.

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Le bégaiement est réapparu quelques fois après, à chaque fois que je me sentais écouté. À mon arrivée à la radio communautaire de Kapuskasing, les deux autres animateurs avaient 40 ans, et plus de 10 ans d'expérience derrière un micro. Chaque fois que je faisais une faute, une mauvaise tournure de phrase, on rentrait en studio et on me lançait des insultes en pleine face. J'ai manqué de confiance. J'ai bloqué. Mon boss m'a rencontré dans son bureau : «Si tu ne trouves pas un moyen de surmonter ton bégaiement, tu retourneras chez vous au Québec.»

Je suis devenu Jimchab et je leur prouve chaque jour qu'ils ont eu tort de ne pas croire en mes rêves.

Lors de mon audition pour l'école la plus prestigieuse en animation radio, j'avais été refusé au premier tour en raison de faibles notes en français (j'ai toujours détesté les cours de français en raison des lectures devant public). Pour le deuxième tour, je devais faire une entrevue en personne. Je débarque devant les huit directeurs. Première question : «Ton nom c'est ?» «Ji...Ji...Ji....Ji...Ji»

Depuis ce jour, je suis devenu Jimchab et je leur prouve chaque jour qu'ils ont eu tort de ne pas croire en mes rêves.

  • Interviewer mes plus grandes idoles: Carmen Campagne, Mathieu Perreault, Claude Giroux
  • Devenir morning man dans une radio: Jimchab le matin sur Envol 91 FM
  • Devenir journaliste sportif: j'ai couvert la Coupe Grey et les Jets de Winnipeg
  • Avoir ma propre émission de télé: Jimchab sur la route (52 épisodes en 52 semaines)
  • Découvrir le Canada grâce à mon travail: je gagne ma vie dans l'une des 25 villes à voir en 2016 selon le National Geographic

Alors que je pensais mettre fin à mes jours, mon père m'a dit qu'il y aurait toujours une solution. Oui, il y en aura toujours... S'il n'y avait pas eu quelqu'un pour me remettre sur le droit chemin, je n'aurais jamais pu mettre un crochet sur chacun des points de ma «Bucket list».

Message à toi l'ami... Garde espoir! Tu es le meilleur, tu vas réussir. Trouve ta passion et transforme-la en ton gagne-pain.

Le suicide n'est pas une option

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